Le Magneto Trio sait par où passer pour être libre

Le Magneto  Trio, composé  de Mario Légaré,  de Rick Haworth et de Sylvain  Clavette, était en répétition au  Théâtre des Deux Rives de Saint-Jean-sur-Richelieu, où il est actuellement  en résidence.
Valérian Mazataud Le Devoir Le Magneto Trio, composé de Mario Légaré, de Rick Haworth et de Sylvain Clavette, était en répétition au Théâtre des Deux Rives de Saint-Jean-sur-Richelieu, où il est actuellement en résidence.

Le troisième album du groupe Magneto Trio — les as musiciens Sylvain Clavette, Rick Haworth et Mario Légaré — est un véritable récit, l’histoire de passages vers la liberté. Pas besoin de mots pour tout dire.

Plan séquence : c’est le titre de la première pièce — et de la pièce titre — de cet album instrumental où tout un cinéma s’installe. L’autoroute n’est pas loin. On entend le gros ronron des camions. Plus près, des guitares, une basse, des percussions, la musique avance, à pas feutrés, pourrait-on dire. Patience, confiance. On va y arriver. Puis c’est le passage au Chemin Roxham. Marche rapide, haletante presque, dans la poussière de gravelle.

L'album «Plan séquence» de Magneto Trio

Chemin Roxham, c’est le titre de la deuxième pièce. La basse roule et roule, les pouls s’accélèrent. On dirait que le monde entier veut entrer au pays. Louma, la troisième pièce, est tout un monde. Puis c’est Grosse Île : bruits de métal, ambiance oppressante. Grosse Île, en référence au fameux lieu de quarantaine des arrivants. Irlande : on dirait du U2 chez Pink Floyd, sans Bono. Un reel irlandais puissant et inspirant : ça y est, les portes s’ouvrent. On est passés. Pour aller où ?

Ce troisième album de Magneto Trio raconte tout ça. Sur les écrans de la conversation Zoom, nos trois larrons écarquillent les yeux, sourient largement, donnent l’impression de découvrir finalement ce qu’ils ont voulu raconter. Ce qu’ils ont pressenti dans les musiques. Avec les titres pour indices. « On fonctionne toujours de la même façon, nous autres, explique Sylvain. Rick arrive en studio avec des lignes de départ, des sons qu’il a trouvés sur ses millions de pédales. On entend quelque chose, qui nous nourrit, et puis on part. »

Les bons ingrédients

Rick prend le relais : « Nous autres, on joue, on joue, on joue, et puis après, Sylvain retourne chez lui avec la tonne de tracks et met de l’ordre dedans. » Il a trouvé une bonne façon de le dire, ça se voit à sa binette réjouie. « On fournit la bouette et, lui, il fait surgir le jardin. Et tout est à la bonne place. » De l’aménagement paysager musical, en quelque sorte. « Tout est déjà pas mal là, faut juste que j’enlève ce qu’il y a de trop », relativise Sylvain. Il façonne le matériau, malaxe la boue. « C’est à la fois le troisième et le quatrième Magneto du trio », résume Rick. « C’est notre réalisateur. » Sylvain dit que non. « Je fais de la cuisine avec un surplus d’ingrédients, disons. »

Les trois compères jouent ensemble depuis quatre décennies, le plus souvent en tant que Flybin Band pour Michel Rivard, mais aussi avec plein d’autres musiciens et artistes, en tous genres, ensemble et séparément. Ils jouent tout le temps, et tout le monde veut jouer avec eux. « Le Magneto Trio, continue Mario, c’est notre air libre. On ne s’impose pas de limites, on y va à notre tempo et, oui, ça nous a pris 15 ans pour sortir trois albums, mais à travers toutes nos autres activités, je trouve que c’est pas pire d’avoir complété trois fois un projet à nous autres. On a tellement de plaisiiiiiir à mener ça jusqu’au bout. »

Se dessiner une salle pleine

Après Irlande, l’album s’envole. Alias Propofol, YUL sont des voyages dans l’espace des sons. Une fois la frontière traversée, tout est possible. « C’est à la fin que les titres arrivent ; avant, on a des titres de travail. En show, des fois, je ne me rappelle pas à quel morceau correspond tel titre. » On pourrait aussi dire qu’à partir de leurs rencontres de musique, les choses s’organisent d’elles-mêmes. Le premier album était un grand fatras formidable de sons, le deuxième une affaire de mélodies, plus délicat et dosé, et ce troisième disque est une sorte d’aboutissement de leur musique sous une forme… narrative. Comme s’il y avait des textes derrière. La traversée devient voyage, aventure.

Une aventure que l’on veut continuer à vivre en leur compagnie. « C’est tellement ça qu’on veut aussi », disent-ils en chœur. La diffusion numérique de leur lancement s’est vécue sans public, au début du mois, pandémie oblige. « Un show, c’est un loop, tu donnes et tu reçois », résume Rick. « Là, au moins on joue, mais c’est à sens unique. » Mario, d’un grand geste, dessine une salle pleine. « Se préparer pour le lancement, on a trouvé ça dur. Se retrouver, c’est bien, mais retrouver les gens, c’est la vraie raison d’être de l’affaire. »

Plan séquence

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