Musique classique - Prophète en son pays

C'est une belle saison qu'a préparée le jeune chef Jean-Philippe Tremblay pour son Orchestre de la Francophonie canadienne: un opéra, une dizaine de dates de concert, dont un gratuit à la basilique Notre-Dame de Montréal, lundi 26 juillet, et, surtout, une fin de semaine au Domaine Forget, les 31 juillet et 1er août, consacrée à la découverte de la musique canadienne.

C'est la quatrième saison d'existence pour cet orchestre fondé à l'occasion des Jeux de la Francophonie en 2001. L'aventure, qui ne devait durer qu'un été, s'est poursuivie: «Nous avons eu un coup de pouce pour relancer l'orchestre l'été suivant, j'ai travaillé bénévolement, la direction aussi pendant cette deuxième année, puis une structure s'est mise en place», souligne Jean-Philippe Tremblay. La subvention vient de Patrimoine Canada mais, depuis cette année, l'orchestre attire également des commanditaires privés, au premier rang desquels Hydro-Québec.

Une belle occasion

L'Orchestre de la Francophonie canadienne (OFC) propose aux jeunes instrumentistes une expérience musicale estivale. «J'ai participé à beaucoup de festivals d'été; Tanglewood par exemple», nous confie le jeune chef. «J'ai donc des modèles en tête. Cette année est la plus complète: nous avons eu un gros stage de formation avant de commencer, une semaine de classes de maître, des auditions simulées, des classes de traits d'orchestre et des répétitions.» En plus du Barbier de Séville, présenté ce samedi dans les Cantons-de-l'Est dans le cadre du concert bénéfice des Jeunesses musicales, et du programme annuel de concert, Jean-Philippe Tremblay est très heureux d'avoir pu organiser la fin de semaine de musique canadienne au Domaine Forget, un vieux rêve de ce jeune artiste, qu'il voit comme une belle occasion pour les jeunes musiciens de jouer la musique de chez eux: «Même s'ils s'en iront ailleurs après, il faut qu'ils connaissent ça. C'est notre pays, c'est notre culture!» Les activités de l'orchestre comportent également un volet de «concerts pop» (du classique en première partie, un chanteur accompagné en seconde) destinés à attirer un plus vaste public. Ces concerts auront lieu cette année dans les Maritimes avec Lina Boudreau.

Chaque saison le programme de l'orchestre débute avec la création d'une oeuvre d'un compositeur canadien. Mais 2004 semble être un millésime tout particulier aux yeux de Jean-Philippe Tremblay, avec la composition de Julien Bilodeau, Myriades (Quasi concerto pour orchestre à l'occasion du 400e anniversaire de l'Acadie). «J'avais assisté à la création d'une oeuvre de Julien Bilodeau l'an passé au Conservatoire. Cela s'appelait La Célébration des meurtriers. On entendait tout de suite un talent extraordinaire avec un langage particulier. Julien est allé à Paris cette année, pour étudier avec Stockhausen, mais on s'est reparlé fréquemment. Quand l'oeuvre est arrivée j'ai eu une surprise: on s'attendait à 9 ou 10 minutes de musique et on s'est retrouvé avec une pièce imposante de 17 à 18 minutes, presque un concerto pour orchestre.»

Jean-Philippe Tremblay parle avec enthousiasme de la virtuosité, de la difficulté extrême et de la beauté de la section centrale de Myriades, dont la préparation a amené la suppression d'une oeuvre du Danois Poul Ruders du programme prévu: «On s'est engagé à présenter l'oeuvre de Julien Bilodeau, on l'a montée le mieux possible et, pour ce faire, je lui ai alloué le temps de répétition prévu pour Ruders.» Car le temps de répétition n'est pas infini: «À l'OFC, on fait le double de services d'un orchestre professionnel, c'est tout, car on ne veut pas que les jeunes aient le sentiment, acquis à l'université, qu'on a trois mois pour monter un programme!»

Myriades de Bilodeau figurera évidemment au programme du Domaine Forget, dans le concert du samedi, mais aussi, le dimanche, lors des deux lectures publiques gratuites (dimanche à 11h et 16h30). Plusieurs partitions seront travaillées par l'OFC et analysées pour le public en présence des compositeurs. Jean-Philippe Tremblay s'est assuré de la participation de R. Murray Schafer dont il présentera Adieu, Robert Schumann. L'oeuvre de Denis Bouliane initialement prévue sera remplacée par une composition de Pierre Mercure. Julien Bilodeau et Olivier Larue seront présents. Le public pourra prendre place au-dessus de la scène de la salle Françoys-Bernier lors des répétitions et voir la partition projetée sur un grand écran situé derrière le podium du chef d'orchestre.

La diversité des courants de la musique canadienne sera par ailleurs illustrée par des conférences, et notamment celle de la musicologue Sarah Ouellet, une Histoire abrégée de la musique canadienne. Cette partie didactique a été organisée en étroite collaboration avec le Centre de la musique canadienne et des postes d'écoute permettront aux visiteurs d'entendre divers exemples de compositions: «Cela pourrait durer deux semaines!», s'exclame l'enthousiaste Jean-Philippe Tremblay.

En marge des découvertes que le chef nous promet, le mélomane sera sans doute aussi curieux d'entendre en concert Jean-Philippe Tremblay diriger la 7e Symphonie de Dvorák, sa préférée dans le répertoire du compositeur dont on célèbre cette année le centième anniversaire de la disparition. Si le résultat est au niveau de la 5e Symphonie de Tchaïkovski l'an passé, cela promet!