25e Francouvertes, les premiers rounds

Les Francouvertes, le « concours-vitrine de toutes les musiques » qui a révélé Damien Robitaille, Karkwa, Les Cowboys Fringants, Les Sœurs Boulay, Émile Bilodeau et tant d’autres indispensables de notre scène musicale, connaîtra un 25e anniversaire hors de l’ordinaire, c’est le cas de le dire. À défaut de pouvoir nous retrouver au Lion d’Or, du moins pendant la ronde préliminaire dont les premières rondes ont été retransmises en direct ces deux derniers jours, rendons compte des performances des six premiers concurrents, loin des yeux mais près des oreilles et du cœur.

Forcée d’interrompre la 24e édition par le premier confinement au printemps dernier, édition reprise en webdiffusion l’automne suivant, l’organisation des Francouvertes avait déjà pris la température de l’eau brouillée par les règles sanitaires avant de conclure que cette 25e édition aura lieu, coûte que coûte. Aujourd’hui cependant, le jury professionnel assiste aux concerts dans la salle du Lion d’Or, offrant aux musiciens quelque chose comme un auditoire, un semblant de normalité. Le public s’étant procuré un billet sur la plate-forme lepointdevente.com donne à nouveau ses notes via un bulletin en ligne. À la lumière des dernières annonces gouvernementales, les demi-finales (26, 27 et 28 avril) et la grande finale (17 mai, au Club Soda) devraient être présentées en formule hybride — en ligne et devant public restreint.

Bermuda, Lampion, Super Plage : jour 1

De la pop et de la joie pour lancer ces Francouvertes, c’est bien ce dont nous avions besoin, condamnés que nous étions à découvrir ces trois formations calés dans notre sofa plutôt qu’entassés au Lion d’Or. Ainsi va, dans la bonne humeur, l’autrice-compositrice-interprète Dominique Gagnon, alias Bermuda, qui a brisé la glace en ce petit lundi soir frisquet. Au programme, une légère chanson pop-rock-funk à synthés, celle de son premier EP paru l’an dernier, appuyée par trois accompagnatrices — dont les deux-tiers du groupe Les Shirley ! — et un bassiste. On la sentait nerveuse, pendant et entre les chansons, mais sa forte personnalité et son jovialisme ont aidé les compositions à percer l’écran.

Photo: Frédérique Ménard-Aubin Lampion, jeune orchestre de la rive-sud montréalaise, propose un son fusionnant art rock et rap.

Lampion et Super Plage nous ont cependant fait plus forte impression. Le premier, jeune orchestre de la rive-sud montréalaise, propose un son fusionnant art rock et rap se comparant sans blêmir à ceux des Belges Glauque et des Français de Fauve ou Odezenne — mais en plus cool et moins intense. Superbe exécution, dense, concise et articulée, venant de ce beau quintette (à la guitare électrique, Johan Maestro épate !), auquel s’ajoute un saxophoniste sur deux ou trois titres, pour le plus bel effet. Lampion aura cependant peut-être perdu quelques points en raison de l’usage de l’anglais dans ses textes, ce couplet quasi-complet sur Exile, par exemple.

 
Photo: Frédérique Ménard-Aubin Avec ses chansons dance-pop psychédéliques, Super Plage a terminé la soirée en nous faisant rêver à l’été.

Avec ses chansons dance-pop psychédéliques, Super Plage, projet du compositeur et réalisateur Jules Henry, a terminé la soirée en nous faisant rêver à l’été. Le plus beau, c’est d’avoir su transposer sur scène, avec quatre efficaces accompagnateurs, ce qui est essentiellement un projet studio électronique, sans dénaturer les enlevants grooves house de son album Super Plage II paru en novembre dernier. De plus, en enchaînant les chansons entre elles, Super Plage évitait le silence d’une fin de performance livrée dans une salle sans public. Les thèmes de ses chansons sont festifs et immatures, mais le projet, lui, paraît déjà abouti, réglé au quart de tour. Croisons-nous les doigts que les concerts extérieurs soient permis cet été pour y voir Super Plage.

Mada Mada, Douance, Phil Bourg : jour 2

Deuxième préliminaire, toute autre atmosphère, nettement plus rock celle-là. Les trois concurrents ont testé les limites de la performance en direct webdiffusée — ce fut le genre de soirée où nous regrettions de ne pas avoir été sur place, histoire de mesurer avec plus de justesse la qualité des performances. La chanson prog-rock à peine jazzée de Mada Mada aurait-elle eu plus de relief qu’à la télé ? Les larcins extirpés des guitares de Douance auraient-ils mieux percé les tympans si nous étions avions été plantés à deux mètres d’elle ? La colère de Phil Bourg aurait-elle parumoins brouillonne si nous l’avions reçue en pleine poire ?

 
Photo: Frédérique Ménard-Aubin Toute autre atmosphère avec la chanson prog-rock à peine jazzée de Mada Mada

Mada Mada aurait dû commencer sa performance par l’énergique dernière chanson qu’il a offerte, ç’aurait déjà donné le ton. Ou simplement un ton : il y avait beaucoup trop de retenue de la part de l’orchestre (cinq musiciens, plus le flegmatique auteur-compositeur-interprète Alexis LP, au demeurant tous bons et articulés) tout au long de cette performance linéaire. Sa chanson aux mélodies complexes traversait difficilement les ondes jusqu’à nous, laissant l’impression d’une performance plus contemplative que viscérale.

 
Photo: Frédérique Ménard-Aubin Douance (Alexandrine Rodrigue) nous  fait vivre des émotions plus brutes, mais lourdes, dans tous les sens du terme.

Avec sa chanson grunge / slowcore, Douance (Alexandrine Rodrigue) nous a fait vivre des émotions plus brutes, mais lourdes, dans tous les sens du terme. Le ton, éploré, de la Saguenéenne d’origine nous avait happé grâce à son EP, réalisé par Dany Placard et paru le mois dernier ; les traces de chanson country de l’enregistrement s’étaient dissoutes dans le son des pédales d’effets des guitares qui, plus la performance passait, paraissaient de plus en plus bruyantes, jusqu’à la puissante finale.

Photo: Frédérique Ménard-Aubin Phil Bourg

Phil Bourg s’est pointé en finale masqué, d’un genre de masque de lutteur à faire peur aux virus, avec l’intention d’en découdre. Acolyte de la famille du label Poulet Neige, il a amené ses Brutes (comprenant deux membres de FUUDGE) pour l’aider à faire la révolution, dans ses textes engagés comme dans sa musique à rebrousse-poil. Prog-rock lourd et psychédélique, toutes ses chansons paraissaient vouloir réactualiser la Maudite Machine d’Octobre. C’était senti, rythmiquement frénétique, à la limite confus, surtout pour la voix de Bourg qui se perdait dans le tonnerre rock. Le musicien a rivé le clou à cette soirée éclectique. Rendez-vous mercredi prochain pour le compte-rendu des 3e et 4e rondes préliminaires des Francouvertes.

Le palmarès préliminaire

1- Douance

 

2- Super Plage

 

3- Bermuda

 

4- Mada Mada

 

5- Phil Bourg

 

6- Lampion