Fluctuations visuelles en attendant l’embellie

Le chef émérite de l’Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano
Photo: Félix Broede Le chef émérite de l’Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano

Période d’intense activité pour les webdiffusions avec, par ailleurs, une nouvelle phase qui s’amorce mercredi soir avec la reprise des concerts avec public à Québec… en attendant Montréal. Depuis mardi soir, l’OSM a mis en ligne le second concert dirigé par Kent Nagano alors que l’OM et Yannick Nézet-Séguin proposent depuis vendredi le premier volet de leur cycle Brahms.

Chaud et froid

Il est étonnant qu’en mars 2021 on en soit encore à parler de calibrage colorimétrique des produits vidéo mis en ligne. Ce fut le cas récemment à la salle Bourgie avec l’environnement visuel glacial du concert Andrew Wan et Charles Richard-Hamelin. La comparaison des webdiffusions de l’OSM et de l’OM nous montre que l’OM a calibré son film conformément aux couleurs de la Maison symphonique, à laquelle les techniciens de l’OSM donnent, sous l’influence de projecteurs d’ambiance bleus, d’étranges teintes fluctuantes plus froides et éteintes.

Musicalement, Kent Nagano a invité Marc-André Hamelin pour le Concerto pour piano et vents de Stravinski et dirige la version Mahler de La jeune fille et la mort, de Schubert. Grosso modo, le Schubert est plutôt servi par la distanciation des musiciens qui lui donne une aération, alors que Stravinski est desservi par le dispositif, car l’œuvre perd en impact et en réactivité, par exemple dans les passages les plus mordants du presto final.

Ce programme respectable n’entrera pas dans l’histoire des webdiffusions : les 2e et 3e mouvements du quatuor élargi sont comme une marche de funambule veillant à ce que tout s’aligne impeccablement et le concerto est amené à bon port dans ces circonstances peu idéales.

Il y a davantage de flamme dans le concert Mozart-Brahms de l’OM, introduit par une courte partition de l’Afro-Américain Carlos Simon. Blake Pouliot interprète le 5e Concerto de Mozart avec verve, finesse et esprit. L’idée de tourner le soliste vers les musiciens s’avère décidément excellente. Mais le clou du spectacle est indéniablement la 1re Symphonie de Brahms, prise à bras le corps par le chef. Le point fondamental est le socle de graves sur lequel repose l’édifice sonore.

À l’opposé, la distanciation fait, hélas, qu’il manque un pupitre pour augmenter le corps et la densité des violons. L’autre bonheur est la fièvre brahmsienne si bien traduite dans les relances rythmiques du Finale (1 h 30 min 55 et 1 h 32 min 45). On rappellera que dans cette symphonie, Brahms s’affranchit de la tutelle de Beethoven.

En attendant le public

Arion revient à la salle Bourgie dans un programme Haendel avec en soliste Magali Simard-Galdès. Alternant Airs et extraits de Concertos grossos, ce concert est un produit soigné, facile d’accès pour toutes les oreilles. La pandémie n’a pas atteint la pureté vocale de la soprano et la réalisation visuelle et sonore est excellente.

La question de la pertinence des interventions parlées semble se poser davantage que dans le concert précédent, car le son proche et mat du micro coupe trop l’ambiance sonore générale, très aérée.

Le concert « De Yerevan à Montréal » de l’Orchestre classique de Montréal avec Aline Kutan, sous la direction de Boris Brott, n’a pas une exécution aussi raffinée que tout ce qui précède, mais permet de découvrir des musiques, notamment deux œuvres d’Alexander Brott, l’hymnique Rituels et quatre Chants de contemplation. Lament et Revival de Kevork Ardonian poursuivent sur une veine plutôt intense ou morose. L’aspect plus folklorique et coloré est amené par un arrangement de Masquerade de Khatchatourian et des extraits de l’opéra Anoush d’Armen Tigranian.

Notons qu’on trouve en ligne également un concert du Trio Fibonacci consacré aux minimalistes et que plusieurs rendez-vous sont à venir : jeudi Pallade Musica à Bourgie et Quasar à l’Espace Orange de l’Édifice Wilder ; vendredi à 16 h Piazzolla avec I Musici et dimanche à 14 h 30 Tapeo de Cameron Crozman et Philip Chiu à Bourgie.

Ce mercredi à 19 h, l’Orchestre symphonique de Québec retransmettra en direct son premier concert devant public, avec André Laplante et Jordan de Souza, qui dirigera la Symphonie pathétique.

Un ultime mot pour souligner la qualité de l’hommage rendu par la France au centenaire d’Astor Piazzolla. Deux programmes remarquables sont accessibles gratuitement sur le site d’Arte Concerts : l’opéra-tango Maria de Buenos Aires monté à Strasbourg en 2016 et le concert du centenaire donné jeudi dernier à Paris sous la direction de Leonardo García Alarcón.

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