«L’histoire du soldat» et «Le cor enchanté de l’enfant»: contes en musique par l’OSM et l’Orchestre de l’Agora

Le concert Mahler de l’Orchestre de l’Agora fait intervenir cinq solistes liés à l’Atelier d’opéra, dont la mezzo Florence Bourget.
Photo: Kevin Calixte Le concert Mahler de l’Orchestre de l’Agora fait intervenir cinq solistes liés à l’Atelier d’opéra, dont la mezzo Florence Bourget.

L’histoire du soldat, de Stravinski, Le cor enchanté de l’enfant, de Mahler : l’OSM et l’Orchestre de l’Agora ont décidé de nous raconter des histoires en musique dans leurs nouvelles webdiffusions.

Nicolas Ellis et l’Orchestre de l’Agora ont eu une excellente idée, peut-être dérivée de l’expérience positive des concerts d’I Musici à l’église St Jax. Puisqu’une salle de concert vide a une réverbération d’église, pourquoi ne pas filmer dans une église ?

Notre Dame-de-Bonsecours propose un très beau cadre pour Des Knaben Wunderhorn, de Mahler et la captation sonore de Jonathan Kaspy réussit à y balancer les voix et orchestre et à y définir les instruments avec naturel. En d’autres termes : l’église ajoute au cadre visuel sans rien retirer à la musique.

La mise en forme visuelle

Même si un indiscret time code s’est faufilé à la fin du Lied Revelge, l’Orchestre de l’Agora a aussi soigné la mise en forme visuelle : chaque mélodie est annoncée par son titre et une phrase résumant le sens.

La partition choisie est celle pour 17 instrumentistes de Klaus Simon, sorte de héros de l’année COVID, tant ses intelligentes réductions mahlériennes ont gagné en popularité. Simon était surtout connu pour sa synthèse de la 4e Symphonie. La 7e et Des Knaben Wunderhorn se sont affirmées. Des partitions des 1re, 5e, 6e et 9e existent aussi.

Le concert Mahler de l’Orchestre de l’Agora fait intervenir cinq solistes liés à l’Atelier d’opéra : les sopranos Vanessa Croome et Kirsten LeBlanc, la mezzo Florence Bourget et les barytons Geoffrey Schellenberg et Jean-Philippe Mc Clish.

S’ils sont tous très investis, c’est Florence Bourget qui remporte la palme. Pas seulement parce que la voix de mezzo était chère à Mahler, mais aussi parce qu’elle conjugue au mieux narration (prononciation) et placement vocal, comme le montre « Urlicht » en fin de programme.

Programme double

L’OSM présente L’histoire du soldat de Stravinski et Ramuz sous la direction de Thomas Le Duc-Moreau. Il y a, là aussi, un très beau travail sur les éclairages avec une contextualisation scénique de Michel-Maxime Legault, les comédiens Daniel Brière, Mani Soleymanlou et Marie-Thérèse Fortin occupant le plateau, puisque les musiciens sont placés en bord de scène, à l’envers de leur positionnement habituel.

La webdiffusion vendue, double, comprend une production en anglais en collaboration avec le Black Theater Workshop. Cette juxtaposition est le sel de l’affaire.

La mise en scène de Maria Inger ne diffère pas seulement parce que le narrateur (rythmicien plus laborieux que Marie-Thérèse Fortin) est un homme et que le diable prend les atours d’une femme.

À la version française narrative et allusive, très classique et « ramuzienne » (façon mimodrame), s’oppose, en anglais, une vision théâtralisée plus littérale, aux éclairages nocturnes.

Pour ceux qui veulent creuser le sujet, il existe sur le site « Équipe musique en France » un texte fouillé du musicologue Danick Trottier et sur YouTube un film avec Pierre Boulez, ainsi qu’une discussion avec Michel Van Zele, réalisateur des Aventures de Histoire du soldat, remarquable documentaire présenté au FIFA 2020.

Rappelons aussi le programme « Ça grouille à l’Orchestre : Génial ! » de l’Orchestre Métropolitain, Martin Carli et Nicolas Ellis présenté lundi et disponible encore jusqu’au dimanche 7 mars en fin de soirée.

À partir de ce vendredi soir sera diffusé sur le site de la salle Bourgie le dernier volet de l’intégrale des Sonates pour violon et piano de Beethoven avec Charles Richard-Hamelin et Andrew Wan. Au programme, les Sonates nos 4, 9 et 10. Les artistes démontrent un niveau constant dans ce cycle débuté en 2017 : entente musicale parfaite, beaucoup de classe et de finesse.

Par contre, la vidéo est assez décevante : les artistes sont tournés vers la salle, ce qui semble servir la prise de son, mais pas l’aspect visuel, car l’éclairage ne compense pas le contre-jour comme si le sujet du film était la rosace du fond. Par ailleurs, la température des couleurs est froide.