Spectacle - Simon et Garfunkel, nostalgie et magie à Bercy

Le duo n'a plus livré de disque depuis 1970 et n'était pas monté sur scène depuis vingt-deux ans. Les Everly Brothers ont aidé le charme à opérer.

On les avait quittés, il y a vingt-deux ans, sur la pelouse de l'hippodrome d'Auteuil pour leur première tournée de retrouvailles. Ils avaient juré qu'on ne les y reprendrait plus. Simon et Garfunkel étaient à nouveau réunis à Paris, dans un Palais omnisports de Bercy plein à craquer un 19 juillet.

Le duo sexagénaire de chanteurs new-yorkais est rare, il est aussi cher, avec des places s'échelonnant de 60 à 150 euros (96 à 240 $CAN). Le souvenir de la bohème, qu'il soit de Greenwich Village ou du Quartier latin, se monnaie au prix fort. Fait rarissime, la fosse de Bercy est recouverte de sièges pour un public qui a souvent troqué, au fil des décennies, le jeans-T-shirt contre le costume-cravate ou le tailleur, sortie du bureau oblige.

Simon et Garfunkel ont baptisé leur nouvelle tournée Old Friends (ce sont des amis de cinquante ans), un titre antique avec lequel ils ouvrent leur concert. On ne sait si ce choix est ironique: sur scène, les deux compères échangent à peine un regard, semblent éloignés l'un de l'autre en chantant pourtant côte à côte, seuls ou accompagnés par un groupe de sept musiciens. Mais l'appât du gain fournirait une explication un peu courte à ces retrouvailles. Leur numéro de vieux couple caractériel, régulièrement brouillé, fait finalement partie du spectacle et tous deux prennent isolément plaisir à faire vivre un répertoire en or massif. Des chansons cultivant la mélancolie d'une innocence perdue, dues à la seule plume de Paul Simon.

Le duo, sans projet discographique en vue, n'a rien produit de neuf depuis l'album Bridge Over Troubled Water, en 1970 — ils ont pourtant enregistré ensemble le disque Hearts & Bones, mais Simon, estimant cette oeuvre trop personnelle, a effacé les pistes de son camarade. Les voilà donc condamnés à feuilleter en public l'album de photos des années 1960, ce supposé âge d'or du rock. Les écrans diffusent des images d'archives: de Paul et Art, les enfants de Queens, jusqu'au fameux concert à Central Park.

Les Everly à la rescousse

Il faudra pourtant attendre une demi-heure pour que l'illusion opère. Garfunkel, le blond angelot aux bouclettes aujourd'hui clairsemées, semble d'abord un Pierrot grimé un peu perdu et son acolyte est crispé. I Am a Rock est alourdi par un tempo alangui, America défiguré par un solo de guitare digne du pire heavy metal. L'intervention des Everly Brothers va débloquer la situation. Simon et Garfunkel ont eu l'élégance d'intégrer à leur tour de chant leurs principaux inspirateurs et non de les envoyer au casse-pipe de la première partie. Avant que les Beatles n'arrivent, Don et Phil Everly vendirent des disques par millions en mêlant à la vigueur juvénile du rock'n'roll les harmonies vocales des Appalaches. Pour cet art d'entremêler les timbres, Simon et Garfunkel, mais aussi Lennon et McCartney, leur doivent tout. Habitués à contenter les retraités de Las Vegas, les Everly sont enfin à Bercy, septuagénaires toujours verts.