OSM: les musiciens s'expliquent

Les musiciens de l’Orchestre symphonique de Montréal, dont font partie Edouard Wingell et Scott Feitham, ont entrepris hier des moyens de pression contre l’administration de l’orchestre dans le cadre des négociations visant le renouvellement de l
Photo: Jacques Nadeau Les musiciens de l’Orchestre symphonique de Montréal, dont font partie Edouard Wingell et Scott Feitham, ont entrepris hier des moyens de pression contre l’administration de l’orchestre dans le cadre des négociations visant le renouvellement de l

Comme Le Devoir le révélait dans son édition d'hier, les musiciens de l'Orchestre symphonique de Montréal (OSM) ont entrepris des moyens de pression contre l'administration de l'orchestre dans le cadre des négociations pour le renouvellement de leur entente collective. Pour l'instant, ils délaissent leur code vestimentaire, mais ils n'hésiteront pas, à en croire Jean-Marc Leclerc, président du comité des négociations, à envisager la grève à la rentrée si la situation n'évolue pas favorablement. Les représentants des musiciens ont expliqué leur position sur le parvis de la Basilique Notre-Dame, hier, à l'issue de la répétition en vue du concert de la série Mozart Plus.

L'entente collective existante date de 1998. Elle est échue depuis le 31 août 2003. Les négociations sur la nouvelle entente ont pris un tour très actif à partir d'octobre 2003. Un projet de la direction a été présenté fin janvier 2004. Selon M. Leclerc, ce projet comporterait une centaine de modifications par rapport à l'entente antérieure. Ces derniers mois, le climat semble s'être nettement détérioré: l'administration a fait appel à un médiateur, mais elle aurait, selon l'Association des musiciens, quitté la table des négociations en pleine médiation, le 30 mai dernier, avant même l'examen de tous les points.

Les musiciens semblent très préoccupés par la question des conditions de travail en tournée, ce qui peut paraître étonnant quand on songe que l'OSM n'a pas effectué de tournée depuis belle lurette et n'en a pas à son programme. Cette problématique n'est pas nouvelle et avait déjà été à l'origine de frictions entre Charles Dutoit et l'orchestre. Mais la question est cruciale quand on songe que la direction souhaiterait signer une entente pour une période de cinq ans et que, dès 2007, les yeux du milieu musical seront braqués sur le tandem OSM-Nagano, avec nombre d'invitations à la clé. S'agissant donc des tournées, les musiciens récusent notamment l'hypothèse de pouvoir voyager un nombre d'heures substantiel, répéter et donner un concert le même jour.

Car, pour l'heure, il n'est pas encore question des salaires. Le point n'a pas encore été abordé, même si l'Association des musiciens souligne que les instrumentistes de l'OSM n'occupent que le 33e rang de l'échelle salariale en Amérique du Nord et que la période à venir suit le septième gel des salaires intervenu depuis 1991. M. Leclerc se refuse à «dire avant la négociation» les trois points financiers prioritaires sur lesquels il souhaiterait insister, même si l'on sent que le fait d'être payé sur 46 semaines et non sur 52 est l'un des points d'achoppement potentiels. Les soucis clairement exprimés par les musiciens portent donc prioritairement sur les conditions de travail, même au quotidien, et notamment sur deux points: la possibilité que soit augmenté de 11 à 13 le nombre de services (périodes de travail de 2,5 à 3 heures) hebdomadaires et le désir de l'administration de faire passer de sept à huit le nombre potentiel maximum de jours consécutifs de travail. L'administration ne souhaite pour l'heure pas s'exprimer sur des points précis du processus et du débat.

Le degré de flexibilité est donc la pierre d'achoppement actuelle des négociations. L'Association des musiciens souligne que la «flexibilité au niveau des horaires et des tournées dépasse celle de l'ensemble de l'industrie des orchestres comparables en Amérique du Nord». L'administration de l'OSM a, pour sa part, publié hier un communiqué rappelant que «les objectifs poursuivis par l'OSM dans le cadre de la présente négociation visent à maintenir le niveau d'excellence et à se donner la souplesse nécessaire afin de faire face à la nouvelle réalité des orchestres symphoniques». «On ne veut pas balayer l'entente présente, mais y apporter des aménagements», souligne Marie-Josée Desrochers, directrice des communications. Elle insiste également sur le fait que «la partie patronale a consacré beaucoup d'efforts à faire avancer le dossier». Sur l'aspect financier des choses, la direction explique que «cette question n'a pas été abordée à la table, la partie syndicale et la partie patronale n'ayant formulé ni demande ni offre à cet effet. Le dossier reste donc à être discuté.» Elle rappelle que «le salaire de base pour un musicien de l'OSM, dont le statut est celui d'un travailleur autonome, est de 60 996 $ annuellement pour 46 semaines par année à raison de 20 heures par semaine, avec quatre semaines de vacances».

Les deux parties, qui ne se sont pas rencontrées comme prévu en début de semaine, doivent se retrouver le 29 juillet autour d'une table. Marc Béliveau, président de l'Association des musiciens de l'OSM, espère que «l'administration ouvrira la porte aux négociations afin d'aboutir à une entente à l'automne». Serait-il prêt à hypothéquer ses vacances qui commencent deux jours plus tard? Pas de doute là-dessus: «Je sacrifierai mes vacances, s'il le faut; je veux une entente!»