«Trip» à trois (ou plus, si affinités)

Le trio composé d’Étienne Barry, d’Alexis Roberge et de Sébastien Paquin (de gauche à droite) lance un album qui transporte la musique pop québécoise du Brésil à l’Italie des années 1980.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le trio composé d’Étienne Barry, d’Alexis Roberge et de Sébastien Paquin (de gauche à droite) lance un album qui transporte la musique pop québécoise du Brésil à l’Italie des années 1980.

Jam band un jour, jam band toujours. Barry Paquin Roberge aura beau lancer vendredi prochain Exordium to Extasy, un premier album officiel de compositions originales, le groupe n’échappera jamais à sa destinée : servir de prétexte pour faire durer le party, à grand renfort de langoureux grooves disco-funk psychédéliques et de costumes kitsch. « C’est en effet pas mal ça ! » dit Sébastien Paquin, chanteur, guitariste et, accessoirement, patron de Costume Records, qui édite l’album.

« Je me souviens, explique Paquin, que, lors de notre première réunion sérieuse pour ce projet, on s’est demandé quel était notre principal objectif. Alexis [Roberge] a spontanément répondu : “Avoir du fun !” » Juste comme ça, Barry Paquin Roberge était né.

Les chances sont grandes que Barry Paquin Roberge soit le groupe préféré de votre groupe préféré. Car ce noyau dur de trois musiciens (« Mais on ne forme qu’un seul cerveau », souligne Paquin en riant) n’existerait pas sans la collaboration des collègues, et Exordium to Extasy en est le symbole : le trio est constitué de trois hommes, mais leur musique est inconcevable sans les voix féminines — à commencer par celle d’Anna Frances Meyer, la dynamo du duo rock garage Les Deuxluxes complété par Étienne Barry, chanteur et claviériste de Barry Paquin Roberge.

Près d’une dizaine d’amis musiciens sont venus prêter main-forte au groupe pendant l’enregistrement. « Cet album-là, c’est vraiment une œuvre collective, confirme Étienne Barry. C’était important pour nous d’avoir tous ceux avec qui on a travaillé ces dernières années — notre démarche est vraiment inclusive. »

Or sur scène, Barry Paquin Roberge gonfle ses rangs avec quiconque s’adonne à passer par là. Le trio devient alors un collectif générant une orgie de grooves — les gars ont toujours des costumes blancs en plus, qui, miraculeusement, conviennent à toutes les tailles —, et nous gardons en mémoire une fin de soirée au Festival de musique émergente de Rouyn-Noranda, avec Anna Frances, Joe des Breastfeeders à la basse, et Dany Placard, splendide dans son costume moulant, tapant furieusement sur une cloche à vache.

Cet album-là, c’est vraiment une oeuvre collective. C’était important pour nous d’avoir tous ceux avec qui on a travaillé ces dernières années — notre démarche est vraiment inclusive

« Dany a joué un deuxième concert avec nous, qu’on avait patenté l’an dernier, à la Saint-Valentin, dans un restaurant Ashton à Québec, se rappelle Barry. On l’avait habillé dans un costume d’Elvis qu’on avait acheté d’un costumier qui avait fait faillite, et il jouait encore du cowbell… Me semble que Dany fait des albums beaucoup plus psychédéliques depuis ces deux shows-là ! »
 

Vous aurez compris que la musique de Barry Paquin Roberge est un joyeux exutoire, et que ce premier album, Exordium to Extasy, tombe pile pour mettre un peu de couleur dans notre hiver. « On avait prévu le lancer en mai dernier », indique Paquin. « On s’est finalement dit qu’à un moment donné, il fallait que ce disque sorte, surtout qu’on est déjà en train de travailler sur le prochain album. En plus, on fait de la musique quand même positive, dansante, le fun, qui fait du bien alors qu’on baigne tous dans cet océan de m… » Étienne Barry renchérit : « Ça change le mal de place ! »
 

Voyager en musique

Plus diversifié encore que l’inaugural EP Voyage Massage paru en 2017, ce premier disque amalgame la foule d’influences qui ont façonné le disco spatial de Barry Paquin Roberge, à commencer par la discographie complète des Bee Gees, point de référence privilégié par le trio, suivie de l’œuvre d’ABBA et de Toulouse, « un son disco quand même un peu compliqué — je crois que la musique dansante est plus complexe à faire qu’une musique plus introspective, dit Sébastien. Les premiers extraits qu’on a lancés [BPR Strut et Eyes on You] sont très disco et dansants, destinés aux radios, mais ailleurs sur l’album, on est quand même très prog ».
 

« Grâce à ce projet, on a beaucoup voyagé, alors on s’inspire des trouvailles qu’on a faites chez les disquaires », spécialement ceux du Brésil. « On s’est rendu compte qu’au Brésil, ils vibraient comme au Québec ou en Italie au début des années 1980, côté disco et pop », poursuit Sébastien, citant aussi Gino Soccio, Diane Tell et les expériences disco futuristes de Jean-Pierre Massiera. Étienne insiste aussi sur l’œuvre disco de Rita Lee, ex-membre du mythique orchestre Os Mutantes, et sur le génie Marcos Valle.
 

« Quelque part, c’est très pop ce qu’on fait », précise Alexis, reconnaissable sur l’album pour son timbre de voix rappelant celui de Mick Jagger. C’est accrocheur, ça paraît très simple, mais en réalité, en studio comme sur scène, chacun de nous fait toujours deux ou trois trucs en même temps. »

Barry, Paquin et Roberge rongent aujourd’hui leur frein, en attendant la reprise des concerts et l’abolition des deux mètres de distance. « Notre groupe, c’est pas mal notre bulle ces temps-ci, confie Étienne. Nous, c’est depuis le mois de novembre qu’on a recommencé à répéter ensemble en studio pour bâtir notre concert, parce que, lorsque ça repartira, nous voudrons être prêts ! Jouer ensemble, ça garde le focus, ça ménage notre santé mentale. Et comme on est des optimistes, ça fait trois mois qu’on est sûrs que les spectacles vont reprendre demain matin ! »

À voir en vidéo

Exordium to Extasy

Barry Paquin Roberge, Costume Records, en vente dès le 26 février