L'OSM sans queue-de-pie

L'Association des musiciens de l'Orchestre symphonique de Montréal (OSM) entreprend des moyens de pression pour faire avancer la négociation du renouvellement de son entente collective. Dès cette semaine, les musiciens délaisseront le code vestimentaire traditionnel afin de «manifester leur exaspération devant la présente situation», explique un communiqué émis hier soir par l'Association.

En 2002-03, les musiciens ont accepté de reconduire, aux mêmes conditions salariales, l'entente alors échue. Ce geste avait été présenté comme une aide accordée à l'OSM dans sa recherche d'un nouveau directeur artistique, après le départ fracassant de Charles Dutoit. Les musiciens sont sans contrat de travail depuis le 31 août 2003. Kent Nagano a été engagé comme directeur artistique de l'OSM.

«L'administration veut balayer l'entente actuelle, dit encore le communiqué du syndicat. Le 30 mai dernier, l'administration a rompu les négociations prématurément durant le processus de médiation, avant même la fin de nos échanges sur les conditions normatives. Le volet monétaire n'a jamais encore été abordé. L'Association des musiciens de l'OSM croit que les demandes déraisonnables de l'administration de l'OSM mettent en péril la qualité artistique de l'orchestre et, du même coup, l'avenir de l'institution telle qu'on la connaît.»

Il a été impossible hier d'obtenir davantage de commentaires de la part des dirigeants syndicaux. L'Association organise un point de presse ce midi, après la répétition de l'orchestre, à la Basilique Notre-Dame, à Montréal.

Les musiciens rappellent que, si l'OSM forme l'un des 10 meilleurs orchestres symphoniques au monde selon plusieurs observateurs, ses premiers employés occupent présentement le 33e rang de l'échelle salariale des orchestres nord-américains. L'écart ne cesserait d'ailleurs de se creuser, les musiciens ayant subi pas moins de sept gels de salaire depuis 1991.

En fait, plusieurs orchestres du continent croulent maintenant sous de graves difficultés financières. Pendant la seule saison 2002-03, une des pires de mémoire de musicologue, six orchestres américains importants ont cessé leurs activités, au moins temporairement, dont l'Orchestre symphonique de Colorado Springs, l'Orchestre philharmonique de la Floride et l'Orchestre symphonique de San Antonio. Plus de 400 musiciens ont alors perdu leur emploi. Certains des orchestres en faillite ont cependant repris du service depuis, souvent sous une nouvelle appellation.

Les problèmes s'accumulent à l'échelle continentale. Les ventes de billets diminuent, les mécènes donnent moins, les commanditaires fuient, tandis que les gouvernements compriment les budgets culturels, quand ils ne mettent pas carrément la hache dans les conseils des arts. Plusieurs orchestres ont donc forcé les musiciens à accepter des réductions de salaire, comme ce fut le cas à l'OSM au cours de la dernière décennie. En septembre 2003, les musiciens de l'Orchestre symphonique de Pittsburgh ont signé une entente de travail de trois ans imposant une compression des salaires de 7,8 % pour les deux premières années, suivie d'une hausse pour la troisième année, en 2005-06. Selon cette entente collective, le salaire annuel moyen d'un musicien de Pittsburgh passera de 90 000 $ à 83 000 $ pour monter à 103 000 $ à la fin du processus.