La pratique musicale, un remède au stress et à l’isolement

Pascaline David
Collaboration spéciale
Le saxophoniste Irvin Griffith
Photo: Harmonie nouveaux horizons de Montréal Le saxophoniste Irvin Griffith

Ce texte fait partie du cahier spécial Santé mentale

Amélioration de la concentration, stimulation de la mémoire, réduction du stress… Le pouvoir de l’écoute musicale n’est plus à prouver. Mais qu’en est-il de la pratique active d’un instrument ? Audrey-Kristel Barbeau, professeure de musique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), s’intéresse aux effets de la pratique musicale individuelle et collective sur le stress et le système immunitaire de musiciens amateurs de 50 ans et plus.

Vous avez peut-être vu passer sur les réseaux sociaux cette émouvante vidéo d’une ancienne danseuse étoile, désormais atteinte de la maladie d’Alzheimer, qui recouvrait soudainement la mémoire de ses années de gloire en écoutant Le lac des cygnes. Il n’est pas si rare que la musique déclenche ce genre de miracle.

Des études réalisées auprès de chanteurs professionnels ont également démontré que chanter pouvait largement améliorer la qualité de vie. Une diminution du nombre de médicaments et des visites chez le médecin a été observée, de même qu’une augmentation des temps de réaction visuelle et auditive.

Lors de sa thèse de doctorat, en 2017, Audrey-Kristel Barbeau s’est intéressée plus particulièrement aux effets de la pratique musicale chez les personnes âgées. Elle s’est demandé si jouer de la musique était plus apaisant ou stressant, en tenant compte de l’anxiété liée à la performance chez les musiciens. La chanteuse a elle-même souffert de trac avant de monter sur scène. « Les bienfaits surpassent largement le reste, indique-t-elle. J’ai aussi remarqué qu’on pouvait bénéficier des effets positifs de la musique même en n’étant pas un musicien professionnel. »

Pour aller plus loin, Mme Barbeau a donc mis sur pied une étude exploratoire au cours de l’été 2019 avec un groupe de huit musiciens amateurs de plus de 50 ans, qui s’est prêté à deux expériences : le visionnement d’un documentaire sur la musique classique ainsi que la pratique collective d’un instrument. Elle a analysé les variations de niveaux de cortisol, l’hormone du stress, et celles de l’immunoglobuline A, qui permet de vérifier la réponse immunitaire. Le visionnement du film a entraîné une baisse du stress et une hausse de la réponse immunitaire.

Quant à la pratique musicale, cinq personnes sur huit ont connu une baisse du niveau de stress. Cela est encourageant, selon la professeure, mais l’échantillon est trop restreint pour en dégager des résultats significatifs. Elle rappelle toutefois que d’autres effets bénéfiques de la pratique collective sont déjà connus. Celle-ci permet de développer un sentiment d’appartenance à une communauté, et ainsi de briser l’isolement. En outre, la pratique en amateur peut grandement aider lors des périodes de transitions identitaires, comme le passage à la retraite, où les personnes qui s’identifiaient à leur métier se retrouvent parfois démunies.

Nouvelle étude

Audrey-Kristel Barbeau prépare une nouvelle étude, cette fois-ci avec un échantillon plus large et une nouvelle méthode appropriée au contexte pandémique. Son équipe recrutera bientôt des personnes de 50 ans et plus qui se prêteront à trois activités différentes lors desquelles leurs niveaux de cortisol et leur réponse immunitaire seront mesurés. Elles devront d’abord regarder un documentaire sur un autre sujet que la musique, puis elles joueront d’un instrument individuellement, au même moment de la journée. Enfin, elles se joindront à une répétition musicale virtuelle d’une heure avec leur groupe.

« On pourra observer les différences entre la période de repos, la pratique individuelle et l’aspect collectif virtuel dans la diminution du stress »,explique Mme Barbeau. Elle émet l’hypothèse que même la pratique virtuelle entraînera des baisses de niveau de cortisol et une augmentation de la réponse immunitaire. Toutefois, elle s’attend à ce qu’une pratique en présentiel ait davantage d’effet, puisque l’aspect social est probablement amoindri en visioconférence.

Apprendre en temps de pandémie

Dans le cadre de sa thèse de doctorat, Audrey-Kristel Barbeau a fondé l’Harmonie nouveaux horizons de Montréal (HNHM), un ensemble intergénérationnel pour instruments à vent et percussions. « Je voulais que des gens qui souffrent d’isolement puissent avoir cette possibilité, de même que ceux qui ont peu de ressources financières », explique-t-elle. Un programme d’harmonie virtuelle avec des répétitions hebdomadaires menées par un chef d’orchestre est offert depuis cet hiver.

Cette association musicale est la première branche francophone du réseau Association internationale de musique New Horizons (NHIMA), qui regroupe 10 000 membres et plus de 200 groupes aux États-Unis et au Canada. Le réseau est un lieu d’échange et d’exploration des meilleures pratiques musicales virtuelles.

Pour partir de zéro, avec un professeur privé, il est aussi possible d’apprendre un instrument à l’école de musique préparatoire de l’UQAM, entre autres.

Et les jeunes ?

La musique joue un rôle important dans le développement cognitif de l’enfant. Plusieurs études en neuroscience démontrent que la musique aide à développer l’intelligence émotionnelle, favorise l’apprentissage du langage et renforce les capacités de concentration. Une récente étude prouve que les cerveaux de personnes qui ont appris tôt la musique ont des connexions neuronales structurelles et fonctionnelles plus solides que celles des non-musiciens.


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