Pomme sans compromis

«La plus québécoise des chanteuses françaises», comme la présentait Monique Giroux lors d’un récent spectacle virtuel, a profité du premier confinement pour offrir une poignée de nouvelles chansons en anglais, réunies sur le mini-album «Quarantine Phone Songs».
Photo: Adil Boukind Le Devoir «La plus québécoise des chanteuses françaises», comme la présentait Monique Giroux lors d’un récent spectacle virtuel, a profité du premier confinement pour offrir une poignée de nouvelles chansons en anglais, réunies sur le mini-album «Quarantine Phone Songs».

Les failles, second disque de Pomme, est l’un des beaux cadeaux de la chanson francophone des derniers mois. Paru fin 2019, il a cependant trop peu vécu sur scène, pour les raisons que l’on sait.

La musicienne française a bien eu le temps de le promouvoir l’hiver dernier et d’offrir quelques spectacles en Europe lors du relâchement en septembre et en octobre, « mais je sens qu’il n’est pas arrivé au bout de sa vie. Je suis encore accrochée à cet album », qui lui a permis de remporter le prix Victoire de l’Album révélation 2020, et qui vaut à Claire Pommet la chance de remporter, vendredi, celui de l’Artiste féminine 2021, lors de la 36e édition du gala, présenté ici sur TV5.

À pareille date l’année dernière, Pomme faisait la deuxième apparition télévisuelle de sa carrière. « Je me sentais presque illégitime » d’être invitée aux Victoires, se rappelle la musicienne, jointe à Montréal quelques jours après sa participation au concert « virtuel » Carte blanche colorée par Beyries, diffusé sur le site de la Place des Arts. « J’ai été beaucoup ignorée par les médias parce que ma musique n’est pas du tout dans les codes radiophoniques en France. Pour moi, c’était la première fois que j’étais exposée au grand public, à la télé. J’étais hyperstressée ; tout d’un coup, j’atterrissais dans un monde que je ne connaissais pas du tout. »

Prendre une place

Avec son trémolo fin, sa plume intime et tendre et ses airs de chanson folk, Claire Pommet se distingue de ses deux consœurs nommées dans la catégorie Artiste féminine, l’electro-pop Suzane (Victoire de la Révélation scène en 2020) et la superstar afro-R&B-pop Aya Nakamura. « J’ai l’impression d’occuper une place [sur la scène musicale] en France qui n’est pas commune — et qui l’est peut-être plus chez vous parce qu’il y a beaucoup plus d’artistes folk très authentiques, très proches de leur public », dit la musicienne, qui a profité du premier confinement pour offrir une poignée de nouvelles chansons en anglais, réunies sur le mini-album Quarantine Phone Songs.

Pomme, qui chante aussi bien qu’elle manie la guitare, le piano ou l’autoharp, est tombée dans la chanson adolescente, donnant ses premiers concerts à 16 ans. « J’allais encore à l’école, mais je savais que c’était le métier que je voulais faire », raconte-t-elle. À peu près, son premier album, paru en 2017, a été aussi riche en déceptions qu’en leçons « sur comment je voulais travailler, et comment je ne voulais pas travailler, surtout. [L’expérience] m'a confirmé que, moi, dans ma vie, je ne peux faire des choses qui ne me ressemblent pas, même à moitié », comme accepter les compromis proposés par sa maison de disques.

Les failles est l’album qu’elle voulait faire, à sa manière, avec le concours du coréalisateur Albin de la Simone. « Mon premier album m’a montré que je ne pouvais pas fonctionner en faisant des compromis ». En misant sur l’honnêteté et sur sa vision artistique, Pomme a fait un petit bijou d’album, réédité en février 2020 avec cinq nouvelles chansons, dont Sorcières, un duo avec Klô Pelgag. « Le succès de l’album était super inattendu ; ça a été incroyable et j’ai aussi eu un peu de mal au début à l’apprécier », raconte la musicienne, qui a tissé des liens avec la scène musicale québécoise depuis trois ans — elle serait « la plus québécoise des chanteuses françaises », comme la présentait Monique Giroux lors du récent spectacle virtuel de Beyries.

« Ma musique, mon identité »

Les 36es Victoires de la musique seront présentées sur France2 vendredi, et rediffusées à 19 h, chez nous, sur TV5. En dépit de la pandémie, le gala sera transmis en direct depuis la Seine musicale, mais sans public. Les catégories relatives au spectacle vivant ont été annulées, si bien que sept prix seulement seront remis. Avec trois nominations, Benjamin Biolay est le grand favori de la soirée (Artiste masculin, Album pour Grand Prix, Chanson originale pour Comment est ta peine ?).

On mise sur Pomme ? « J’avoue que, l’année dernière, je ne m’attendais pas du tout à remporter une Victoire et j’étais très heureuse, commente-t-elle. Cette année, je ne sais pas trop… mais je me dis que si je ne le reçois pas, ça ne me dérangera pas de perdre face à Aya Nakamura ! »

L’important pour elle, de toute manière, « est de réussir à faire partie de ce monde avec ma musique, mon identité. Déjà, en comparaison avec l’année dernière, je ne me sens plus comme un imposteur. J’ai travaillé énormément pour y arriver, je sais que j’ai ma place. Ensuite, concernant la valeur que j’accorde à ces prix, je me dis que c’est une récompense des gens de l’industrie, qui n’a rien à voir avec le vrai public. Pour moi, ça représente surtout la chance de passer à la télé nationale, à heure de grande écoute, pour chanter ma chanson ».