Les prix Opus, échos d’un temps révolu

L’émouvante prestation de Karina Gauvin  et de Marie- Nicole Lemieux,  accompagnées d’Olivier Godin au piano,  a marqué  la cérémonie.
Prix Opus L’émouvante prestation de Karina Gauvin et de Marie- Nicole Lemieux, accompagnées d’Olivier Godin au piano, a marqué la cérémonie.

Le Conseil québécois de la musique (CQM) a remis dimanche ses prix Opus lors d’un gala numérique accessible au grand public sur la page Facebook de la Fabrique culturelle de Télé-Québec. Tourné à la salle Bourgie, le 24e gala, couronnant 26 lauréats et rythmé par Marc Hervieux et des entrevues de Catherine Perrin, a été marqué par un hommage appuyé à Kent Nagano et une émouvante prestation de Marie-Nicole Lemieux et de Karina Gauvin.

« Le milieu musical témoigne sa grande reconnaissance au maestro Kent Nagano », a annoncé Marc Hervieux pour lancer l’hommage au cœur du gala virtuel, Samy Moussa saluant la « foi en la dignité humaine » du chef. Kent Nagano, qui a mentionné « le privilège d’avoir travaillé avec tellement d’artistes du Québec », s’est dit impatient de nous revoir.

Créés en 1996, les prix Opus visent à souligner « l’excellence et la diversité des musiques de concert au Québec, dans différents répertoires musicaux ». Ils couronnent à la fois des concerts, des disques, des institutions et des personnalités.

L’autre temps

La période visée par ce 24e gala était la saison 2019-2020, stoppée net le 12 mars 2020 et qui ne put reprendre, virtuellement, qu’en juin, la présence de public ayant été autorisée (50 personnes, puis 250) entre le 22 juin et le 30 septembre.

Les concerts couronnés en ce mois de février 2021 nous apparaissent donc d’un autre temps. Telemann à Paris, avec Mathieu Lussier et Vincent Lauzer(octobre 2019), pour la musique ancienne et baroque ; Joyce DiDonato & Yannick Nézet-Séguin, en prélude de la tournée américaine du Métropolitain, pour la musique romantique ; Hommage collectif III à Gilles Tremblay, de l’ECM +, en musique contemporaine ; Rémi Bolduc en jazz ; Pastorale, de Benjamin Morency et Hugues Cloutier,en « répertoires multiples ». Le nombrede catégories a été simplifié, puisqu’on ne retrouve pas de segmentations géographiques.

Onze super (petits) totems, de Jean Derome, est la création de l’année, alors que James O’Callaghan, compositeurde l’année, empoche un chèque de 10 000 $. La ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy elle-même, a remis 5000 $ au nom de son ministère à l’organisme Les p’tits mélomanes du dimanche, au titre de « production de l’année – jeune public » pour Jean-Sébastien et la marche à pied.

Rééquilibrer les choses

Le niveau relevé des catégories disques aurait peut-être mérité quelques ex aequo cette année. Les lauréats sont l’album Marin Marais de Mélisande Corriveau et Eric Milnes (Atma), les Ballades de Chopin de Charles Richard-Hamelin (Analekta) et les Quatuors de Gorecki par les Molinari (Atma).Stéphane Roy (empreintes DIGITALes)est couronné en musiques électroacoustiques, Yannick Rieu en jazz et Levantine Rhapsody de Didem Başar en musiques du monde.

Les prix spéciaux étaient l’occasion où jamais de redresser le portrait en adaptant les prix Opus à la réalité de 2020 à coup de meilleures initiatives numériques ou autres meilleures initiatives solidaires. Sans aller aussi loin dans une telle reconsidération des prix et des catégories, on peut penser qu’il y a un peu de cela dans la désignation de Yannick Nézet-Séguin comme directeur artistique de l’année et dans celle du Festival des arts de Saint-Sauveur, qui a fait preuve de la programmation de création la plus inventive, au titre de « diffuseur spécialisé de l’année ».

À travers les entrevues de Catherine Perrin, le gala a heureusement bien replacé dans la réalité du moment ce qui pouvait l’être et le choix des « Mini-concerts santé » de l’Ensemble Capriceet de l’Ensemble vocal Arts-Québec, des « concerts surprise gratuits » tenus de juin à septembre 2020, comme « événement musical de l’année » est sans doute étonnant, mais assurément pas innocent. La découverte de l’année,la flûtiste Ariane Brisson, et l’interprètede l’année, la gambiste Elinor Frey, sont des lauréates de pure logique autant que Quasar, qui a effectué une tournée et a donc rayonné à l’étranger.

Ville d’Alma spectacles, le Palais Montcalm et l’Orchestre symphonique de l’Estuaire ont également été distingués par le CMQ en collaboration avec la Fabrique culturelle, alors que Djely Tapa est la lauréate du prix « Inclusion et diversité Montréal », remis conjointement avec le Conseil des arts de Montréal.

Le gala, achevé sur les rythmes endiablés de Vent du Nord, est accessible durant tout le mois de février sur la page Facebook du CQM.

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