Claudio Monteverdi, Emiliano Gonzalez Toro (Orfeo et direction), I Gemelli

L’interprétation comme engagement total. L’interprétation comme acte viscéral, qui saute à la face de l’auditeur. Il fallait que cet Orfeo sorte des tripes d’Emiliano Gonzalez Toro. Il en est le héros, le ténor, le titulaire du rôle-titre, le chef, le concepteur, le démiurge. Comment dire autrement qu’il se passe ici quelque chose de rare, quelque chose de profondément subjectif, aussi ? Gonzalez Toro explique sa démarche dans le livret. Tous les tempos, toutes les respirations, découlent de son grand air « Possente spirto » de l’acte III, et celui-ci débute deux fois plus lentement qu’à l’accoutumée. La lenteur n’est-elle pas aussi virtuosité, demande-t-il ? Tout ici est pensé, repensé, mais avec sincérité pour faire vibrer l’auditeur dans une atmosphère de théâtre exalté proche de nos oreilles. Alors, même si on a connu Messagères (Natalie Pérez) plus amples et tragédiennes, on a rarement vécu opéra baroque plus incendiaire et incarnation d’Orfeo plus tétanisante. En sortons-nous indemnes ? Évidemment non !

 

Monteverdi

★★★★ 1/2
​Classique

Emiliano Gonzalez Toro (Orfeo et direction), I Gemelli, Naïve, deux CD, V 7176