«Prélude à l’opéra»: un judicieux compromis

Dans un Monument national vide de tout, nous avons une lecture d’extraits de l’ouvrage: le Nouvel Ensemble Moderne (NEM), dirigé par Lorraine Vaillancourt est en fond de scène, les solistes en avant avec leur partition.
Photo: Chants libres Dans un Monument national vide de tout, nous avons une lecture d’extraits de l’ouvrage: le Nouvel Ensemble Moderne (NEM), dirigé par Lorraine Vaillancourt est en fond de scène, les solistes en avant avec leur partition.

Chants Libres diffuse en ligne jusqu’à dimanche Prélude à l’opéra, un film de 28 minutes autour de sa prochaine création : L’orangeraie de Zad Moultaka sur un livret de Larry Tremblay.

L’orangeraie, le nouveau spectacle de Chants Libres, qui fête ses 30 ans en année pandémique, devait être créé en décembre dernier. Ne voulant sacrifier le projet au complet à la réduction d’une captation vidéo et webdiffusion sans public, Pauline Vaillancourt, directrice de Chants Libres, aidée du réalisateur Manuel A. Codina, a imaginé un « Prélude » dans une « mise en scène du manque ».

Dans un Monument national vide de tout, nous avons une lecture d’extraits de l’ouvrage : le NEM, dirigé par Lorraine Vaillancourt est en fond de scène, les solistes en avant avec leur partition. De furtifs plans nous rappellent régulièrement cette réalité, habillée avec grand soin par une captation vidéo isolant un narrateur et les protagonistes principaux, en costumes. Il s’agit donc d’une mise en scène astucieuse d’un spectacle a priori non mis en scène !

Un projet prometteur

Le pari de Pauline Vaillancourt de voir dans la « sensation de manque » un « déclencheur créatif pour faire vivre au public la création malgré tout » est donc réussi, parfois avec humour quand le narrateur est aussi souffleur et donc partie intégrante du processus de préparation.

Par ailleurs les moyens techniques mis en œuvre sont à la hauteur avec un très beau travail de montage, des cadrages justes et des éclairages impeccables, sans « trous de pénombre » ou mauvais équilibrages des blancs, comme dans plusieurs webdiffusions vues jusqu’ici.

Quant à l’opéra de Zad Moultaka, nous aurons plaisir à le découvrir au complet dans des heures plus clémentes, en octobre 2021 si tout va bien. Contrairement à nombre de créations plus expérimentales de Chants Libres, l’écriture est réellement vocale (dans les parages de L’amour de loin de Saariaho) et l’orchestre, traité sans extravagances, colore efficacement l’état psychologique dans lequel les situations entraînent les protagonistes.

Ces états et situations sont intenses, puisque Larry Tremblay a lui même adapté son roman paru en 2013 dans lequel deux jumeaux vont faire face à la guerre, à la vengeance et au sacrifice. Sujet fort pertinent pour un opéra de notre temps sur lequel l’auteur, ce personnage qui entre dans ce théâtre vide, apporte un éclairage aux sens propre et figuré.

Prélude à l’opéra, film de 28 minutes, est proposé sur la plateforme Lepointdevente au tarif de 15 dollars, ou au « tarif solidaire » de 40 dollars.