L’Orchestre d’hommes-orchestres perd un de ses membres

Simon Drouin et Julie Delorme dans une scène d’«Entrez, nous sommes ouverts» du Bureau de l’APA, présentée au festival TransAmériques en 2017
Photo: Marion Gotti Simon Drouin et Julie Delorme dans une scène d’«Entrez, nous sommes ouverts» du Bureau de l’APA, présentée au festival TransAmériques en 2017

L’Orchestre d’hommes-orchestres a perdu l’un de ses hommes-orchestres. Simon Drouin, l’un des membres fondateurs du groupe, est décédé à 43 ans, début janvier, des suites d’un cancer du cerveau.

Il laisse derrière une foison de projets, autant avec l’Orchestre d’hommes-orchestres qu’avec le Bureau de l’APA, « cet atelier de bricolage indiscipliné d’arts vivants » qu’il a fondé avec Laurence Brunelle-Côté.

Alors que l’Orchestre d’hommes-orchestres faisait voir des spectacles sur des airs de Tom Waits (Joue à Tom Waits) ou de Kurt Weill (Cabaret Brise-jour), ou même, plus récemment, sur de la musique classique, avec l’opéra Tomates, le Bureau de l’APA recréait des œuvres sur le thème de La jeune fille et la mort, par exemple, ou déchiquetait la Neuvième symphonie de Beethoven dans Les oiseaux mécaniques.

L’indiscipline artistique, c’est aussi l’art de faire se rencontrer les genres, de mêler la musique au théâtre à la littérature au pamphlet politique, de créer une multitude d’instruments les plus improbables.

Liberté de créer, cela semble être le maître-mot de l’Orchestre d’hommes-orchestres. Bruno Bouchard, dit Bruno Bruno, aussi un des membres fondateurs de l’orchestre, parle en ces termes de son ami et cocréateur, dont il a partagé les projets durant 20 ans.

« Il y avait le désir de tisser des liens entre nous. On a aussi joué à tisser des liens fortuits et grinçants et souvent hyperprofonds entre des choses qui ne vont pas ensemble, à faire de la poésie pas juste avec des mots. Il y avait un grand humour chez Simon, et un humour qui très souvent ouvre la porte des sens. On s’est alliés au hasard, au plaisir de la découverte. On a vécu une aventure, un voyage de 20 ans dans l’inconnu, à inventer des formes, faites d’amalgames, d’assemblages, de petites réalités qu’on trouvait, qu’on aimait. On a été notre propre école », dit-il.

Dayna A. Ortmann, qui est également membre de l’orchestre, parle de quelqu’un qui avait un grand sens de l’intuition. « Il avait une excellente intuition et n’avait pas peur d’y aller, même sans pouvoir la défendre. C’était une grande locomotive dans un projet. Il travaillait, il n’arrêtait jamais de travailler. Il menait toujours trois projets de front. »

Ne pas se mettre de limites, avoir le droit de faire ce qu’on veut, ne pas être là où on nous attend, et déjouer ses propres attentes, ce sont les principes défendus par Simon Drouin et l’Orchestre des hommes-orchestres, résume Dayna Ortmann.

En 2008, le collectif entreprend de projeter des spectacles à bord d’une camionnette datant de 1963. L’idée fait des petits et le collectif fera de différents véhicules des lieux d’exposition.

Simon Drouin était d’ailleurs un homme d’équipe et de collectif.

D. Kimm, directrice artistique du festival Phénomena, se souvient avec enthousiasme de la participation de Simon Drouin au Festival TransAmériques, à travers différents projets.

« Avec le Bureau de l’APA, ils faisaient des choses extraordinaires, dit-elle. Ils apportaient des choses très éclatées, des projections superbes. J’adore leur travail. C’était très poétique, très dérangeant et intransigeant. »

Simon Drouin travaillait notamment avec Julie Delorme, qui était sa conjointe dans la vie.

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