Humaniser les webdiffusions musicales

L’Arion Orchestre Baroque photographié en janvier 2020
Photo: Bibliothèque personnelle d'Arion Orchestre Baroque L’Arion Orchestre Baroque photographié en janvier 2020

L’ambiance réfrigérante d’une salle de concert totalement déserte n’est plus une fatalité des webdiffusions musicales. Il est possible pour une poignée de gens liés à l’institution de tenir lieu d’auditoire lors des tournages.

Mathieu Lussier, directeur musical d’Arion Orchestre baroque, cherche presque ses mots pour décrire « l’immense bonheur, le sens soudainement retrouvé de pouvoir jouer pour des gens, de vraies personnes, une douzaine, qui ont renoué le fil qui s’était coupé. »

« L’émotion était forte des deux côtés. Littéralement, cela a tout changé, rien de moins », ajoute-t-il. Mathieu Lussier confirme ainsi ce que Le Devoir avait appris : un concert d’Arion enregistré en fin de semaine dernière au Gésu se tournait devant quelques travailleurs de l’institution. La captation de La musique pour les soupers du Roy sera proposée en webdiffusion à partir du vendredi 15 janvier jusqu’au 5 février.

Communication et partage

« Ce n’est pas une nouvelle mesure, mais une précision, à savoir que les travailleurs (y compris les travailleurs bénévoles reconnus par l’employeur) ne sont pas considérés comme des membres du public. Les mesures du guide de la CNESST pour les travailleurs s’appliquent », précise la Dre Marie-France Raynault, cheffe du département de santé publique et médecine préventive du CHUM, qui fait le pont entre la Direction générale de la santé publique et le ministère de la Culture et des Communications pour ce qui est des mesures de santé publique des arts de la scène, des productions audiovisuelles, des musées et des bibliothèques.

L’émotion était forte des deux côtés. Littéralement, cela a tout changé, rien de moins.

La présence de personnel administratif des organismes, ou de travailleurs bénévoles rattachés à ceux-ci (pour autant qu’ils soient dûment reconnus par l’employeur et donc couverts par la Loi sur la santé et la sécurité du travail), licite pendant les tournages, a incité la Santé publique à donner un feu vert qui soulagera bien des musiciens qui trouvaient difficile de ne jouer devant personne.

C’est la Dre Raynault qui a été sollicitée par Mathieu Lussier en décembre dernier. Le musicien était soucieux, dès novembre, de la motivation de ses troupes devant des salles vides. Il considérait alors que la présence dans la salle, même de quelques personnes, se révélerait « indispensable à la qualité d’une prestation musicale », qui perdrait en pertinence « sans la sensibilité et l’émotion » générée par cette présence.

Parce que tout se passe dans l’instant, « au-delà des simples applaudissements », il s’agissait surtout de s’assurer que « la communication, le partage puissent se faire entre des musiciens et artistes et des personnes qui leur seraient visibles, même en très petit nombre ».

Un exemple européen

Arion a choisi de miser sur cette présence, dûment masquée et distanciée, sans prétendre en faire un « faux public ». « Il n’y aura pas de personnes applaudissant à l’image », nous dit Mathieu Lussier. « Douze personnes qui applaudissent en temps normal on trouverait ça triste, mais là ça faisait un bien fou. »

Même si la requête était hardie, l’exemple existait, avec les diffusions de l’Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam au printemps dernier. La présence encourageante du personnel administratif au balcon, qui saluait bruyamment l’orchestre à la fin du concert donnait à ces diffusions une chaleur humaine que d’autres vidéos n’avaient pas.

Les concerts « dans le vide » ont frappé l’imaginaire, notamment pendant le Festival Bach qui retransmettait tout sur sa plateforme quebecbaroque.com. Le Devoir avait  ainsi décrit les Sonates et Partitas du violoniste Kerson Leong : « La solitude absolue d’un tel artiste livrant une telle prestation avec sa petite sacoche oubliée sur scène a quelque chose de presque effrayant dans son aspect post-apocalyptique. »

La disposition, accessible aux organismes qui en font la requête, devrait humaniser non seulement l’expérience pour les musiciens, mais aussi les captations qui en résultent et diffusent à l’étranger l’image du talent d’ici.

 

La musique pour les soupers du Roy

Rameau : Suites tirées des Indes galantes et de Dardanus, arrangées à 5 parties. Mondonville : Sonata sesta, op. 3 (version orchestrale). Antoine Dauvergne : Quatrième Concert de simphonies, op. 4 n° 2 (extraits). Le 15 janvier, en ligne à arionbaroque.com et pendant trois semaines.

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