Festival - La fête aux guitares... débranchées

Les Charbonniers de l'enfer chanteront, Michel Faubert contera, La Volée d'castors volera, on dansera trois nuits durant, mais le dixième festival des arts traditionnels de la scène ameutera surtout à Saint-Charles-Borromée une belle bande de finger-pickers venus de partout en Amérique du Nord. Sans amplis.

«Chanter pas de micro, pas de pied de micro, pas de fil de micro, pas d'amplis, on aime ben ça», a résumé Michel Faubert. L'instant d'avant, avec les autres Charbonniers de l'enfer, nommément André Marchand, Jean-Claude Mirandette, Normand Miron et Michel Bordeleau, il y avait eu démonstration. Les voix, parfois en harmonie, parfois à l'unisson, avaient rempli tout l'espace du loft à l'est du Plateau où les organisateurs du festival Mémoire et racines avaient convié les médias pour dévoiler la programmation de leur 10e édition. C'était simple comme bonjour et plus impressionnant qu'un mégamachin multimédia devant 100 000 personnes au Festival de jazz: cinq gars qui se lèvent et se mettent à chanter,

à deux mètres devant soi. Puissance conjuguée des voix, qualité d'attention maximale, c'était parfait. Le poil m'en

dressait.

Cela se passait il y a un mois. Et c'est exactement ce qui se passera les après-midi des 23, 24 et 25 juillet au parc Bosco de Saint-Charles-Borromée, à cinq minutes du centre-ville de Joliette, site bucolique du festival Mémoire et racines. Sous une demi-douzaine de petites tentes, à bonne distance les unes des autres, des dizaines de chanteurs, musiciens et autres tapeux d'pieds se produiront totalement «unplugged» dans le cadre d'ateliers ou de spectacles. Et des centaines de spectateurs prêteront l'oreille. Seule interférence possible: le bzzz des moustiques. «Quand tu peux pas monter le son, a continué Faubert, les gens n'ont pas le choix, ils écoutent.»

Cette année, thème anniversaire, ce sont surtout les cordes des guitares qui résonneront entre les mains d'as manieurs d'ici et d'ailleurs. Mentionnons Harry Manx, pointure du «lap steel» et du «mohan veena» (instrument à 20 cordes) alliant blues et ragas; Dave MacIsaac, champion du «celtic flatpicking» à la manière du Cap-Breton; le virtuose ontarien Don Ross, double vainqueur du U.S. National Finger Style Guitar Championship (je n'invente rien); le fidèle David Surette, de retour pour la quatrième fois au festival, encore et toujours en duo avec la chanteuse Suzie Burke. La liste est longue. Tous autant qu'ils sont se retrouveront le dimanche 25 juillet sur la Grande Scène du festival, amplifiée celle-là, histoire de croiser les manches.

L'appellation Mémoire et racines n'étant pas un emblème creux gossé dans la résine de synthèse, le festival en profitera également pour célébrer dix ans d'enracinement: les têtes d'affiche — Faubert avec et sans les Charbonniers, La Volée d'castors, le Trio à quatre, le duo Surette-Burke — sont pour la plupart des habitués de l'événement, quand ils ne sont pas carrément fils et filles de Lanaudière, berceau du mouvement trad au Québec. Fils adoptif, le Montréalais Faubert créera pour l'occasion un tout nouveau spectacle, baptisé Contes de Bellechasse, excroissance naturelle du recueil qu'il collige ces mois-ci à partir de l'inépuisable corpus d'Ernest Fradette. Et comme les autres Charbonniers, il passera la fin de semaine sur le site: c'est ce que feront majoritairement les quelque 5000 festivaliers attendus.

Fin de semaine? Parlons plutôt d'une journée de 72 heures, avec jams à rallonge et soirées de danse traditionnelle s'ébrouant jusqu'au petit matin. Qui plus est, les retrouvailles du groupe Manigance — après 11 ans d'hiatus — s'éterniseraient que personne ne serait surpris. Tout le monde était hier d'accord là-dessus: le séjour à Saint-Charles-Borromée fait un bien fou, mais «on ne dort pas beaucoup». Même sans amplis, des guitares et des voix, ça finit par mener du train. Tous

les détails sur le site www.memoireracines.qc.ca.