Webdiffusions dignes de mention et miraculeux «Chemin de Noël»

Le «Chemin de Noël», capté le 23 décembre à Québec, pourra être visionné jusqu’au 31 décembre.
Photo: Capture d'écran Radio-Canada Le «Chemin de Noël», capté le 23 décembre à Québec, pourra être visionné jusqu’au 31 décembre.

Avec leur Chemin de Noël, Bernard Labadie et la Chapelle de Québec ont instauré à Québec, le 23 décembre, une nouvelle tradition des Fêtes. Cette année, le public était absent, mais, par bonheur, les caméras de Radio-Canada étaient là pour capter un moment spirituel rare.

Pour l’instant, le Chemin de Noël est encore cantonné à une webdiffusion sur le site de Radio-Canada, mais comment ne pas voir qu’un tel moment a de toute évidence sa place, et une place d’honneur, à la télévision au moment de Noël ?

Les racines du Chemin de Noël sont ancrées dans une tradition d’alternance de chants de Noël et de lecture de textes (ici rendue par Yves Jacques) née au King’s College de Cambridge pour la veillée de Noël 1918.

Le sens du partage

La cinquième édition québécoise avait été « préparée avec encore plus de ferveur », selon les termes de Bernard Labadie. Comme dans la Messe en si de Yannick Nézet-Séguin, le chef et ses choristes montrent qu’il est possible, dans une webdiffusion, de transmettre cette ferveur en une gigantesque communion qui unit protagonistes et spectateurs.

On n’a, alors, plus affaire à un « produit visuel », fait pour occuper les salariés d’une institution ou rassurer les subventionneurs, mais à un véritable don artistique conçu et créé avec en ligne de mire exclusive le public qui le reçoit. Devant ces caméras (dommage que nous n’ayons plus accès à la version en haute définition diffusée en direct), il se passe quelque chose de sincère et de profond.

Cette sincérité, captée le 23 décembre à Québec et « qui fait du bien à l’âme », est visible jusqu’au 31. Si vous voulez faire connaissance avec la « version originale », les Nine Lessons de Cambridge sont offertes en webdiffusion payante sur le site du King’s College.

Opéra gratuit

L’Opéra de Montréal propose gratuitement jusqu’au 17 janvier Hänsel und Gretel de Humperdinck, opéra présenté à Noël dans les pays germaniques. Ce spectacle de l’Atelier d’opéra donné en 2014 dans le vaste vaisseau de la salle Wilfrid-Pelletier sollicitait les élèves de l’École du cirque pour habiller notamment de poésie visuelle le rêve des enfants perdus dans la forêt et la scène dans la maison de pain d’épices.

La scénographie de Hugo Bélanger, dans des décors d’Odile Gamache, se déploie à partir d’une niche creusée dans un livre géant de contes des frères Grimm : c’est habile et poétique (on retrouve ce type d’idée dans le Barbier de Séville de Laurent Pelly, à Paris, recommandé récemment en DVD).

L’orchestration réduite à 30 instrumentistes ne laisse pas grand-chose de la pâte wagnérienne de Humperdinck, malgré le talent d’Alain Trudel. La bande sonore est hélas gonflée dans l’extrême grave, ce qui nous vaut des bruits sourds récurrents. Vocalement, le couple Emma Char et Frédérique Drolet est excellent. Les internautes qui auront aimé cet opéra pourront aller visionner en complément une version enregistrée à Dresde, offerte par EuroArts sur YouTube. On ira comparer la scène du rêve autour de 50 minutes : c’est l’un des temps forts de l’opéra.

L’Orchestre de l’Agora fait de son concert des Fêtes, en ligne jusqu’au 31 décembre, son événement-bénéfice virtuel. Le chef Nicolas Ellis, exceptionnellement au piano, est entouré d’un quatuor à cordes et de la soprano Karina Gauvin dans l’agréable décor d’un vaste salon. Le concert d’une quarantaine de minutes, bien filmé et enregistré, ne souffre heureusement pas du déséquilibre colorimétrique qui affuble le préambule.

Ce petit moment intimiste, qui culmine avec un émouvant « Dank sei dir, Herr » de Händel, est très étrangement entamé par deux Noëls en anglais avec bille en tête, une déclinaison de l’adaptation chorale post-victorienne de Healey Willan du « Noël huron » d’après Jean de Brébeuf. Or Iesous Ahatonnia a des paroles en langue wendate en bonne et due forme. Pour de jeunes musiciens francophones à la conscience sociale aussi aiguisée, 2020 était l’année tout indiquée pour ranger Willan aux oubliettes et revenir aux origines. Pour une fois, le bon exemple nous vient de France, avec, en 2016, le CD Noël baroque de François Lazarevitch (Alpha).

À l’étranger, les blocages géographiques empêchent l’accès à beaucoup de vidéos. En matière de concerts gratuits sur Arte Concerts, on peut voir l’Orchestre baroque de Fribourg et l’Orchestre de Radio France. Quant aux concerts payants, le festival vocal de la Fondation Voces8, Live from London — Christmas, bat son plein.

Enfin, n’oublions pas que, le 30 décembre, Radio-Canada rediffusera un spectacle de Noël de Fred Pellerin et de Kent Nagano, suivi d’un documentaire sur le chef d’orchestre.