Musique classique - Emmanuelle Bertrand se souviendra de Lanaudière

La violoncelliste française Emmanuelle Bertrand, remarquée par la presse internationale pour ses admirables enregistrements consacrés à Alkan, à Bloch et aux oeuvres pour violoncelle seul du XXe siècle parus chez Harmonia Mundi, sera, on l'espère, la reine du Festival de Lanaudière dans la semaine à venir. On pourra en effet l'entendre en formation de chambre dans les deux derniers concerts Dvorák sur le chemin du Roy, lundi et mardi, avant de découvrir son interprétation du Concerto pour violoncelle du compositeur tchèque, vendredi 23.

Emmanuelle Bertrand est l'un de ces jeunes fleurons du violoncelle français, qui n'en finit pas de fournir au monde musical des instrumentistes de très grand talent: Jean-Guihen Queyras, Xavier Phillips, Gauthier Capuçon, Anne Gastinel, Marc Coppey et j'en oublie. Comme les quatre derniers nommés, elle est élève de Philippe Muller, pédagogue d'exception, successeur d'André Navarra (dont il fut lui-même l'élève) au Conservatoire national supérieur de musique de Paris.

Une première

Âgée aujourd'hui de 30 ans, Emmanuelle Bertrand a émergé de l'anonymat il y a environ dix ans. Son premier disque, inabouti, fut consacré aux concertos de Lalo et de Saint-Saëns, mais le second, chez Harmonia Mundi, avec des oeuvres de Dutilleux, Ligeti, Bacri, Henze et Crumb, la lança définitivement. Depuis, Emmanuelle Bertrand reçoit fréquemment des partitions de la part de compositeurs en attente de son verdict: «Cela me désempare, je ne veux pas donner un avis à la simple lecture de la partition. Il faut un temps infini pour s'approprier la musique et se faire le passeur de ce qui est écrit.» Cela dit, Emmanuelle Bertrand apprécie le contact avec les compositeurs. Pour le choix de ses priorités en la matière, «la rencontre avec le compositeur et la discussion avec lui sont primordiales dans la démarche de l'interprète face à la musique d'aujourd'hui. Souvent un interprète rêve de poser des questions au compositeur: j'aimerais tant pouvoir avoir des explications de Beethoven sur telle ou telle différence d'écriture ou d'accentuation entre l'exposition et la réexposition dans ses oeuvres». La violoncelliste avoue que sa rencontre avec Nicolas Bacri, le premier compositeur qui a écrit une oeuvre à son intention, a été déterminante. Elle a, depuis, créé la dernière oeuvre écrite par Luciano Berio pour violoncelle seul et se dit attachée à l'univers de la compositrice Edith Canat de Chizy.

Emmanuelle Bertrand est passionnée de musique de chambre, une discipline à laquelle elle est rompue depuis son plus jeune âge, ayant un frère et une soeur aînés musiciens également. Mais l'expérience de Lanaudière sera particulière puisqu'elle ne connaît pour l'heure aucun de ses partenaires d'un jour. Quant aux compositions orchestrales, si on lui demande les trois oeuvres qu'elle désire jouer prioritairement, elle cite Schelomo de Bloch, Tout un monde lointain de Dutilleux et le Concerto pour violoncelle de Dvorák. «Pouvoir jouer le concerto de Dvorák est un cadeau rarement proposé à un instrumentiste.» On se doute que, pour un violoncelliste, la première rencontre avec le plus fameux concerto du répertoire est un moment fort d'une carrière, qui ne s'oublie pas. Mais celui qui cherche à savoir comment Emmanuelle Bertrand a vécu cette première expérience sera surpris de la réponse: «Ce sera à Lanaudière; je ne pourrai jamais l'oublier!»

Cette rencontre promet beaucoup, tant on attend d'un jeune interprète qu'il retourne aux sources de la partition au lieu d'enfoncer les portes ouvertes d'une tradition pesante. Le concerto de Dvorák est ainsi, avec le Requiem allemand de Brahms, l'une des partitions les plus défigurées par la tradition. Emmanuelle Bertrand en est consciente. «Parallèlement à l'étude de la partition, j'ai évidemment découvert ce concerto avec les grandes références discographiques. Le retour au texte est une quête permanente qu'on m'a transmise. Or, quand je me plonge dans l'original de Dvorák, il y a des choses que je n'ai jamais entendues, alors que beaucoup d'ajouts ont été faits au cours du temps.» Espérons que Yannick Nézet-Séguin, qui n'avait pour le moins pas retrouvé le chemin du Requiem de Brahms il y a quelques mois, sera le partenaire idéal de ce retour aux sources.

- Lundi 19 juillet: Quatuor avec piano op. 23 de Dvorák, avec Ekaterina Dershavina (piano), Karen Gomyo (violon) et Nicolo Eugelmi (alto). Autres oeuvres au programme: Chants d'amour de Dvorák et Quintette op. 8 de Suk. À l'église Saint-Joseph-Lanoraie, 20h.

- Mardi 20 juillet: Trio Dumky de Dvorák avec Ekaterina Derschavina (piano) et Karen Gomyo (violon). Autres oeuvres au programme: Duos moraves et Sonate pour violon et piano de Dvorák. À l'église Sainte-Geneviève de Berthier, 20h.

- Vendredi 23 juillet: Concertos pour violoncelle de Dvorák, avec l'Orchestre métropolitain du Grand Montréal, direction: Yannick Nézet-Séguin. Autres oeuvres au programme: Concerto pour violon (soliste: Karen Gomyo) et Symphonie n° 6 de Dvorák. À l'Amphithéâtre de Lanaudière, 20h.