Dissonance chez I Musici autour de la succession de Zeitouni

Dans le communiqué d’I Musici, il est stipulé que Jean-François Rivest «assurera la programmation des prochaines saisons et la direction de l’orchestre à titre de premier chef invité».
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Dans le communiqué d’I Musici, il est stipulé que Jean-François Rivest «assurera la programmation des prochaines saisons et la direction de l’orchestre à titre de premier chef invité».

L’orchestre de chambre I Musici a annoncé lundi la nomination de Jean-François Rivest à titre de « conseiller musical et premier chef invité ». Il prendra ses fonctions à partir du 1er janvier 2021, pour les « prochaines saisons ». Si une telle nomination s’inscrit d’ordinaire dans un esprit d’intérim pour un orchestre, le chef a lui-même exprimé son intention de s’y installer : des attentes différentes de celles d’I Musici, qui ne leur ferme toutefois pas la porte.

À notre demande, la présidente du conseil d’administration (C.A.) d’I Musici, Louise Vaillancourt, a confirmé, par la voix du responsable des communications, Alain Labonté, que Jean-François Rivest pourra bel et bien être lui-même candidat dans le cadre de processus de recrutement du directeur artistique.

Mais Le Devoir a également appris qu’il existe une shortlist en bonne et due forme de postulants qui seront testés durant son mandat, à l’issue duquel un comité décidera du futur d’I Musici. Avec ou sans Jean-François Rivest.

Le bon berger

La musique classique a des codes. Les titres portés par les uns et les autres ont beaucoup de poids. Lorsqu’un orchestre perd son directeur artistique ou musical, il entre en processus de sélection pour en trouver un autre. Afin de maintenir la maison en bon ordre musical, il est souvent de grand secours, pendant ce processus, de s’assurer les services d’une autorité respectée.

Ce fut le cas à Philadelphie, avec Charles Dutoit, après le départ de Christoph Eschenbach, dans la recherche menant à la nomination de Yannick Nézet-Séguin, où à Toronto, qui donna un contrat de deux ans au vétéran Andrew Davis avant de nommer Gustavo Gimeno. Dans ces cas de figure, on confère à ces chefs transitoires le titre de « conseiller musical » et, en général, de « chef principal ».

Dans les orchestres comme dans les partis politiques, le chef intérimaire n’est en général pas lui-même candidat au poste à pourvoir.

Dans le communiqué d’I Musici, il est stipulé que Jean-François Rivest « assurera la programmation des prochaines saisons et la direction de l’orchestre à titre de premier chef invité ». Ici, le nombre de saisons n’est pas défini, car il dépend de la durée du processus de recrutement, a confirmé Alain Labonté.

« Pendant ces saisons, un comité formé de membres du conseil d’administration et des musiciens vont veiller à recruter un directeur artistique », a-t-il précisé.

« Ce n’est pas du tout comme cela que ça m’a été présenté ! » a déclaré Jean-François Rivest par rapport à cette lecture de la situation. Il est très loin de s’imaginer en chef intérimaire, même s’il consent que l’orchestre « a un processus à faire » avant de nommer officiellement un nouveau directeur artistique, processus qui amènera les musiciens notamment à noter les divers chefs qui viendront le diriger.

J’y suis, j’y reste ?

Sur le flou du terme « prochaines saisons », Jean-François Rivest affirme qu’il mise sur « deux ou trois saisons ». Celui qui enseigne la direction d’orchestre à l’Université de Montréal depuis 1992, et retrouve à I Musici plusieurs amis et anciens élèves, compte bien prendre fermement les rênes de l’ensemble : il va décider des programmes et souhaite « retrouver le répertoire pour cordes » un peu délaissé dans les dix dernières années, soit le mandat de Jean-Marie Zeitouni sur lequel il ne tarit pas d’éloges par ailleurs.

Pendant ces saisons, un comité formé de membres du conseil d’administration et des musiciens vont veiller à recruter un directeur artistique

 

Par ailleurs, le chef et l’institution ne se sont pas encore entendus sur le choix des chefs invités et sur le nombre de concerts qui va leur être dévolu. « Il y a huit programmes principaux, je pense bien en diriger les trois quarts », affirme le conseiller musical, qui veut tenter d’« adapter I Musici aux nouvelles réalités » et qui fait sien le discours du C.A. sur l’éducation et le rapprochement envers les communautés.

« J’espère bien satisfaire leurs critères », conclut celui qui, une fois en place, considère que « le plus important » est ce qui va se passer entre les musiciens et lui.

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