«Histoires sans paroles. Harmonium symphonique», ou la réalisation du rêve de Serge Fiori

Transformer les chansons du groupe folk rock Harmonium en une symphonie, tel est le défi que se sont lancé le président de GSI Musique, Nicolas Lemieux, et l’orchestrateur, arrangeur, chef d’orchestre et compositeur Simon Leclerc, qui ont enregistré ce nouvel album avec l’OSM.
Albert Zablit Gsi musique Transformer les chansons du groupe folk rock Harmonium en une symphonie, tel est le défi que se sont lancé le président de GSI Musique, Nicolas Lemieux, et l’orchestrateur, arrangeur, chef d’orchestre et compositeur Simon Leclerc, qui ont enregistré ce nouvel album avec l’OSM.

Pour Histoires sans paroles. Harmonium symphonique, le chef Simon Leclerc a considéré le corpus du groupe comme une oeuvre en soi, et réalisé ce faisant le plus grand rêve de Serge Fiori. Entrevue commune.

« Encore, vous êtes pas sérieux ? » s’est exclamé Serge Fiori, qui se cite lui-même au bout du fil. Sa première réaction à la proposition de Nicolas Lemieux, président de GSI Musique, a d’abord été dubitative. Sinon rébarbative. Avait-on besoin de refaire tout le corpus d’Harmonium en symphonique ? « Ça fait cinq ans qu’on joue là-dedans, je commençais à trouver que c’était assez. On a remixé L’Heptade, on a sorti un gros coffret pour célébrer le premier album, Louis-Jean Cormier a refait des tracks avec Alex McMahon, Guillaume Chartrain et leur gangautour de mes vieilles tracks de voix [pour le projet Seul ensemble du Cirque Éloize], ça fait pas mal le tour, non ? » Moment de silence sur le fil. Puis Simon Leclerc et Serge Fiori pouffent d’un grand rire, simultanément. Petite euphorie symphonique à l’unisson. « Ça a l’air que non », constate Fiori, presque en falsetto.

Il a quand même été rapidement séduit par l’idée, le cher Serge. Toute simple idée : une œuvre, une symphonie. Cent quarante minutes de musique. L’intégrale des trois albums, repensés, recomposés, à la fois librement détournés et fondamentalement respectés. Sans la voix de Fiori, sans choristes ni chorale , une création presque nouvelle, avec appellation idoine : Histoires sans paroles. « Quand j’ai entendu le premier démo que m’a envoyé Simon, ça m’a jeté à terre : je le savais pas, mais c’était ça que je désirais avec Harmonium. Une cohérence, une progression. Un tout. »

Émotions, intentions, décisions

Orchestrateur, arrangeur, chef d’orchestre, compositeur, Simon Leclerc s’est plongé dans les albums jusqu’à s’en imbiber. « Je voulais entrer dans la tête de Serge. Comprendre où il voulait en venir, pour chaque pièce, comprendre ce que chacune avait à m’offrir. Après ça, et seulement après ça, j’ai pensé symphonie. Et tenté de résoudre tous les défis que la nouvelle création posait. » Imaginez… Où laisser un picking acoustique, ou rebâtir avec l’OSM à la place des cent mille douze-cordes ? Que faire des arrangements pour cordes et cuivres de Neil Chotem, si familiers dans la version définitive de L’Heptade ?

Je voulais entrer dans la tête de Serge. Comprendre où il voulait en venir, pour chaque pièce, comprendre ce que chacune avait à m’offrir. Après ça, et seulement après ça, j’ai pensé symphonie.

 

Cent mille raisons de réfléchir avant d’en arriver aux décisions. Du cas par cas, précise Simon Leclerc. « Pour la voix de Serge, il y avait des limites à la transposition. Parfois, les mélodies s’y prêtaient, parfois c’était si intime, si personnel, que j’allais carrément ailleurs. Oui, il fallait que l’auditeur se retrouve dans l’œuvre dont il connaît tellement les éléments. Mais pas au point d’aller là où lui seul pouvait aller. C’était beaucoup ça, mon travail. Cerner l’émotion, trouver le moyen de la rendre. Mais honnêtement, c’était balisé. La précision des arrangements chez Harmonium, c’est comme s’il y avait déjà des indications qui m’attendaient. » Grand compliment pour le groupe, velours pour Fiori : « Je pense que c’est vrai, on pensait orchestral, tout le temps. D’album en album, ça prenait de l’ampleur. Ça allait vers le symphonique. »

Retour à l’origine

« Neil Chotem, continue Leclerc, je l’ai admiré, j’ai eu la chance de le rencontrer. Son apport à L’Heptade est évident, essentiel même. Il avait sa signature. J’ai essayé de donner mon souffle à ses idées, c’est tout. J’avais à ma disposition une plus grande instrumentation, mais ça ne voulait pas dire grossir pour grossir : ça voulait dire, encore une fois, comprendre ses intentions et repartir de là. » L’une des décisions les plus notables et fascinantes est certainement de démarrer la symphonie avec l’Épilogue de L’Heptade, et finir avec le Prologue. On est un peu déconcertés à la première écoute, mais la sensation d’étrangeté se dissipe vite : on jurerait que ça a été voulu comme ça. « C’est, pour les gens, espère Leclerc, le signal qu’on va vivre une autre aventure. Ça crée une sorte de loop dans le temps. »

On pense 2001, odyssée de l’espace : le voyage au bout de l’univers aboutit à la naissance. « C’est exactement ça, dit Leclerc, quelque chose comme un nouveau point de départ. » Et c’est ce qui pourrait bien se passer : Histoires sans paroles. Harmonium symphonique a tout pour accomplir le destin promis et refusé dans les années 1970. « Le fait qu’il n’y ait pas de paroles, ça change tout », acquiesce Fiori, qui n’a pas oublié les fins de non-recevoir. « Même en France, ils voulaient pas de L’Heptade parce qu’ils trouvaient que j’avais trop l’accent québécois… Là, ça peut s’écouter même si l’auditeur parle danois ! » Les vocalises de Luce Dufault, exception dans la version symphonique, ne porte pas de mots. « Les gens qui connaissent les paroles vont probablement les chanter dans leur tête, anyway… », souligne l’homme-musicien, qui se retrouve cette fois littéralement parmi tant d’autres.

Histoires sans paroles. Harmonium symphonique

L’OSM, dirigé par Simon Leclerc, adaptation de Simon Leclerc, avec la participation de Serge Fiori, GSI Musique