Concerts classiques - La très grande classe

Concert populaire, mais non amplifié (dans cette veine-là Yannick Nézet-Séguin donnait un programme baroque au Centre Pierre-Charbonneau hier également) proposé dans le cadre de Mozart Plus par l'Orchestre symphonique de Québec (OSQ), placé sous la direction de son chef Yoav Talmi. Par «concert populaire» j'entends «concert dont les oeuvres sont facilement accessibles à un large public». C'était effectivement le cas de toutes les partitions présentées hier.

Mais, pour une oeuvre classique, «populaire» ne veut pas dire «exempt de scories interprétatives». On trouve ainsi dans la Symphonie n° 4, «Italienne», de Mendelssohn, outres les erreurs d'édition, trois gros pièges: la pulsation de l'Andante (2e mouvement), souvent joué trop lentement; le tempo et surtout le phrasé, très précisément noté par Mendelssohn, du Con moto moderato qui suit, ainsi que le Saltarello final, une indication d'esprit et d'élan, plus qu'un synonyme de course frénétique. L'immense majorité des chefs tombe dans au moins l'un de ces trois pièges et certains d'entre eux dans les trois. Yoav Talmi n'est pas de ce nombre et je dois avouer que l'exécution de l'Italienne par l'OSQ hier soir à été à mon sens l'un des grands moments de musique de la saison montréalaise, avec, par exemple, les prestations de Karina Gauvin dans Alcina avec Les Violons du Roy, Joshua Bell dans Saint-Saëns à l'OSM, Ilya Gringolts chez I Musici et la représentation d'Erwartung à l'OdM.

Lors de notre entrevue (voir Le Devoir du samedi 10 juillet), Yoav Talmi disait que l'effet de surprise quant à la qualité de l'OSQ était le sentiment le plus partagé par les observateurs lors de la tournée du centenaire de l'orchestre, en 2002/2003. Eh bien, j'ai été surpris à mon tour! L'OSQ dans l'Italienne c'est de la dentelle, de l'engagement, de l'exubérance. Bref, la très grande classe. Tant dans Mozart que dans Mendelssohn l'auditeur est frappé par la cohésion des cordes, l'écoute mutuelle des pupitres, la beauté des bois (clarinettes!) et le fait que les trompettes ponctuent clairement le discours, avec efficacité et tact, en ne se prenant pas pour les rois de la fête. Peut-être qu'une disposition mettant face à face les premiers et seconds violons aurait donné encore plus de saveur à ces dialogues. De même, j'aurais aimé écouter l'impact, dans cette acoustique très réverbérante, de timbales frappées avec des baguettes plus sèches.

Pour le reste, c'est le bonheur, et surtout l'admiration devant ces nuances forte-piano soutenues (Finale de la Haffner, dans un tempo qui ne presse jamais), le moelleux du trio du 3e volet de ce même Mozart, le socle rigoureux des violoncelles et contrebasses dans le 2e mouvement des deux symphonies, le son nourri et l'élan du volet initial de l'Italienne. Partout, dans cette symphonie, Talmi rend justice à l'accentuation et à la pulsation des phrases voulues par Mendelssohn. Apothéose de cette lecture magistrale, le fugato du Finale, précis, mordant, lumineux.

On n'étendra pas ce coup de chapeau à Lara St John qui a joué la Sérénade mélancolique de Tchaïkovski avec un son caverneux (qu'on était loin de Joshua Bell dans cette même oeuvre il y a quelques mois) et la Valse-Scherzo du même compositeur avec un sens de l'approximation tout à fait exemplaire.