L’inébranlable foi en la musique malgré la COVID-19

Phillip Addis (à gauche) et Sarah Bissonnette (à droite) ont chanté l’opéra «As One», accompagnés par l’Orchestre classique de Montréal. Le concert virtuel est disponible en ligne jusqu’au 4 décembre.
Photo: Annette B. Woloshen Phillip Addis (à gauche) et Sarah Bissonnette (à droite) ont chanté l’opéra «As One», accompagnés par l’Orchestre classique de Montréal. Le concert virtuel est disponible en ligne jusqu’au 4 décembre.

Les webdiffusions de concerts sans public captés au Québec s’enchaînent. L’Orchestre Métropolitain, l’Orchestre classique de Montréal, le Festival Bach et l’Orchestre symphonique de Laval ont notamment tenté d’attirer notre attention ces derniers jours.

Plusieurs réflexions sur la musique en numérique s’entrechoquent cet automne. La première est qu’alors que la première vague de COVID-19 avait entraîné une mondialisation de la consommation de musique numérique en vidéo, la seconde vague nous ramène au bercail. Avec une production soutenue, l’offre locale suffit à la demande.

Inattendu, mais générique

Quelle est cette demande ? Cette question se pose lorsqu’on jauge les résultats de l’intense et constant battage réalisé depuis la fin juillet autour de la présentation d’As One, opéra américain (2014) de Laura Kaminsky sur un livret de Kimberly Reed et Mark Campbell présenté par l’Orchestre classique de Montréal (OCM) vendredi en direct, une production visible jusqu’au 4 décembre.

As One se distingue en abordant un sujet rare. L’opéra « met en scène une femme trans qui découvre son identité et apprend à s’aimer dans un monde où elle se sent exclue », nous annonçait l’OCM. Dans le cadre de ce projet, l’orchestre « collaborait pour la première fois avec la Chambre de commerce LGBT ».

Un nombre de 300 visionnements en date de dimanche après-midi répond-il aux attentes des protagonistes ? Car même si As One ne requiert que deux chanteurs (Hannah avant — Phillip Addis — et Hannah Après — Sarah Bissonnette, tous deux ressemblants et d’un engagement remarquable) accompagnés d’un quatuor sous la direction de Geneviève Leclair, moyens et soin ont été apportés à une production d’une exemplaire rigueur enrichie d’écrans relayant des projections accompagnant les quinze étapes ou tableaux. Le dispositif pose parfois quelques problèmes de mise au point aux caméras.

Sur la forme musicale, pas de surprises pour qui fréquente la production lyrique américaine contemporaine : on est dans le moule expressif habituel, habilement et professionnellement traité (scène de Noël, fin de l’œuvre). Mémoriser ce flot générique doit être extrêmement difficile pour les chanteurs. En tant que tel, avec cette finition et tant d’efforts déployés, n’y avait-il pas de quoi espérer une adhésion et un intérêt plus affirmés ?

Photo: Annette B. Woloshen Sarah Bissonnette

Violoncelle retourné

Samedi soir, le Festival Bach reprenait la diffusion de son concert d’ouverture de jeudi, qui avait fait surchauffer les serveurs en direct. Le concert était aussi proposé en rediffusion à partir de dimanche, 13 h. Le problème de serveur désormais réglé, on félicitera quebecbaroque.com pour la qualité de la réalisation de cette première. La prise de son de l’orgue de l’Oratoire y est excellente et le rendu sonore de haute tenue sur cette nouvelle plateforme. Par contre, un souffle important accompagne les interventions chorales, et les présentations pertinentes de Mario Paquet ne laissent pas assez de temps à la musique pour s’éteindre. On attend la suite du festival avec intérêt (Clavecin en concert dimanche soir, Orchestre de l’Agora lundi), d’autant que l’accessibilité facile en différé permet une consommation aisée en « vidéo à la demande ».

Depuis vendredi, on peut aussi voir le nouveau concert de l’Orchestre Métropolitain dirigé par Yannick Nézet-Séguin. Point commun de ces trois projets, malgré le vide qui les entoure, les musiciens réussissent à se mobiliser pour livrer des prestations inspirées animées par une vraie foi en la musique. On leur souhaiterait cependant de pouvoir compter sur quelque âme qui vive dans la salle afin qu’ils puissent s’adresser à quelqu’un.

En l’état, Stéphane Tétreault et Yannick Nézet-Séguin ont eu une idée aussi logique qu’inattendue : le soliste est tourné vers l’orchestre dans son Concerto pour violoncelle en do de Haydn. Ce concerto est encadré par la 2e Symphonie du Chevalier de Saint-Georges, fort pertinente découverte de ce compositeur mulâtre, ancien esclave affranchi, et par une interprétation dense et tendue de la 40e Symphonie de Mozart : un très beau concert qui prélude à un nouvel opus tout aussi attendu de l’OSM sous la direction d’Alexander Shelley, mis en ligne mardi.

Parallèlement à ces projets payants, l’Orchestre symphonique de Laval a mis en ligne samedi « Variations pour humoriste et orchestre », un nouveau « guide sonore » des instruments de l’orchestre composé par Anthony Rozankovic et entrecoupé des bons mots de Christopher Hall. Même si la prise de son n’a pas pu faire des miracles avec une acoustique sèche et sonore, essayez avec vos ados, ça les amusera peut-être, la musique étant très abordable, à défaut d’être impérissable. Il a plus de choses à glaner dans Rachmaninov 2 — Le Mythique mis sur YouTube par l’Orchestre symphonique de Québec le 18 novembre. Prise de son sèche ici aussi, mais superbe menu : Force du destin de Verdi, 2e Concerto de Rachmaninov avec Stewart Goodyear et 8e Symphonie de Dvorak, le tout dirigé par Jean-François Rivest.