Concours cherchent concurrents

Laurence et les Polygones au Festival de la chanson de Granby en 2019
Photo: Festival de la chanson de Granby Laurence et les Polygones au Festival de la chanson de Granby en 2019

Depuis le début de la pandémie, les concours de la relève musicale du Québec ont revu leurs plans, parfois en cours de route. Ils ont annulé des préliminaires, des quarts de finale, des demi-finales, ont travaillé pour les remettre à plus tard en s’adaptant aux moindres changements de consignes des autorités publiques.

Certains concours se sont conclus sans gagnants, les plus chanceux sont parvenus à en couronner un après maintes contorsions. Ils affrontent aujourd’hui un nouveau problème, existentiel celui-là : une baisse marquée des inscriptions qui menace de freiner l’essor de la scène musicale québécoise misant sur le sang neuf pour se renouveler.

Sitôt la 24e édition des Francouvertes terminée le 2 novembre dernier, l’équipe embrayait déjà sur la 25e . Les organisateurs souhaitent la tenir comme prévu, du 1er mars au 17 mai 2021, devant public ou non, selon ce qu’en jugera alors la Santé publique. Comme pour le concours du Festival de la chanson de Granby, la crise sanitaire a eu au moins cela de bien : la mise en place accélérée d’un plan « hybride » de performances devant public, relayées sur le Web pour le public de l’extérieur de Montréal, et d’un système de scrutin sur le Web pour le public. L’opération, mise à l’épreuve cet automne, fut concluante, et l’organisation des Francouvertes espère investir davantage de moyens pour améliorer l’expérience en ligne.

Baisse des inscriptions

Ces dernières semaines cependant, Sylvie Courtemanche, directrice générale, a considéré devoir carrément annuler la tenue de l’édition 2021 des Francouvertes. Raison ? Une baisse très importante des inscriptions. Pas de concurrents… pas de concours.

Lorsque la période d’inscription s’est refermée le 15 novembre dernier, près de 140 dossiers avaient finalement été soumis à l’organisation, ce qui ne représente qu’environ les deux tiers de ceux qu’elle reçoit normalement. Il y a dix jours, elle se désespérait de n’en avoir reçu qu’une soixantaine et se rassure aujourd’hui : « On a au moins un bassin potentiel de choix [de candidats] nous permettant d’assurer la qualité et la diversité » musicale de la programmation du concours, qui a récemment récompensé l’auteur-compositeur-interprète pop rock Valence.

Photo: Frédérique Ménard Aubin Le trio CE7TE LIFE en demi-finale des Francouvertes 2019 

Or, les Francouvertes ne sont pas la seule vitrine de la relève à souffrir des effets apparemment dissuasifs de la pandémie sur la relève musicale au Québec. Les futurs interprètes et auteurs-compositeurs-interprètes avaient jusqu’au 1er novembre dernier pour soumettre leur candidature en vue de la 27e édition du concours Ma Première Place des Arts. « On constate une diminution des inscriptions de l’ordre de 40 % », regrette Jocelyn Ménard, directeur général et artistique du concours qui, en raison des normes de distanciation sociale, a même dû suspendre la catégorie « groupes » pour ne pas avoir à rassembler trop de musiciens sur une même petite scène de la salle Claude-Léveillée, où se dérouleront les quarts de finale dès le 3 mars 2021. « Mais, même si on a reçu moins d’inscriptions, nous sommes très contents de constater que le talent est au rendez-vous, se rassure Jocelyn Ménard. La qualité est là, nous aurons une belle édition. »

Même défi du côté du Réseau intercollégial des activités socioculturelles du Québec (RIASQ), qui organise Cégep en Spectacle : « C’est clair que nous nous attendons à connaître une baisse d’inscriptions dans nos collèges », estime déjà le directeur général Maxime Burgoyne-Chartrand, ce qui sera confirmé fin janvier lorsque chaque établissement aura organisé ses finales locales. « Mais dans les circonstances, je dirais quand même que [les inscriptions vont] plutôt bien » pour ce concours qui, depuis plus de 40 ans, révèle des talents à venir en leur offrant une première expérience de scène professionnelle dans une multitude de disciplines (chant, cirque, humour, danse, etc.).

Si la pandémie qui sévit est pointée du doigt par les organisateurs des concours, il est plus difficile d’établir avec certitude les motivations précises des artistes de la relève. « Ce que je perçois en ce moment, et c’est ce que perçoivent également les artistes qui commencent dans le milieu, c’est qu’il y a de moins en moins d’opportunités dans ce contexte de se faire voir et entendre et aller à la rencontre du public », évalue Jocelyn Ménard. S’adresser au public, « c’est la raison pour laquelle les artistes amorcent une telle démarche ; en ce moment, c’est comme si tout était mis sur pause. »

Projets ralentis

Sylvie Courtemanche explique d’abord la baisse d’inscriptions par l’incertitude provoquée par la pandémie : le public sera-t-il admis en salle, même avec des règles sanitaires strictes, lorsque les préliminaires auront lieu en mars prochain ? Est-ce que les nombreux professionnels de l’industrie seront comme d’habitude présents pour évaluer le travail des musiciens de la relève ? « Ce n’est pas encore documenté, mais on peut aussi supposer que les artistes, qui ne pouvaient pendant un certain temps se retrouver en studio pour répéter pour toutes les raisons que l’on sait, ont ralenti le développement de leurs projets. On imagine aussi que certains autres avaient un projet déjà bien développé, mais se sont dit : Attendons l’année prochaine [avant de le soumettre], ce sera moins compliqué… Je pense qu’il y a plusieurs facteurs qui expliquent la situation ».

L’été dernier, le Festival de la chanson de Granby a pu organiser ses demi-finales, mais a abandonné l’idée de tenir une finale en bonne et due forme. « L’an prochain, on envisage aussi la formule hybride, avec un public restreint en salle et une diffusion sur le Web », dit son directeur général Jean-François Lippé. « On offre une vitrine, un rayonnement, aux artistes, on espère qu’ils seront nombreux à s’inscrire. On réfléchit à une stratégie [de communication] pour ratisser plus large, qu’on soit plus visibles de sorte que les musiciens entendent mieux parler de notre période d’inscription. »

 
 

Une version précédente de cet article, qui affirmait erronément que Sylvie Courtemanche avait fondé les Francouvertes, a été modifiée.