M pour Montréal prépare la reprise

Le fondateur de M pour Montréal, Sébastien Nasra, fait le pari que les vitrines musicales demeurent nécessaires et que les professionnels seront au rendez-vous, même sur le Web.
Valérian Mazataud Le Devoir Le fondateur de M pour Montréal, Sébastien Nasra, fait le pari que les vitrines musicales demeurent nécessaires et que les professionnels seront au rendez-vous, même sur le Web.

Les organisateurs de M pour Montréal ont baptisé cette 15e édition débutant mercredi « l’édition réinventée ». « Se réinventer, un mot galvaudé ! », souligne le fondateur de la vitrine musicale, Sébastien Nasra, qui s’est questionné sur la pertinence d’organiser un tel événement en temps de pandémie. Car sa mission, c’est de « mettre en lien des acteurs locaux avec le reste du monde pour créer des occasions d’exportation pour les artistes et de développement de carrières à l’international ». Mais est-il possible de transposer dans le numérique un événement reposant sur l’idée d’inviter à Montréal des centaines d’acteurs de l’industrie ?

Pour le grand public, M pour Montréal, c’est quatre jours de spectacles d’artistes essentiellement locaux, organisés au M Telus ou encore au Club Soda — moins nombreux, ils seront cetteannée diffusés à lepointdevente.com à partir du Ministère, avec entre autres Flore Laurentienne, Population II et Maude Audet le 18 novembre, Shay Lia, Janette King et Paul Jacobs le lendemain.

Or, le cœur du festival-vitrine bat véritablement derrière la scène, en coulisses, dans les salles de réception de l’hôtel où l’organisation élit domicile pendant quelques jours, ou encore quand les participants sont accoudés au bar une fois les amplis débranchés : M pour Montréal est l’un des nombreux rendez-vous de choix sur le circuit des acteurs de l’industrie d’Amérique et d’Europe.

Normalement, l’automne est une saison fertile pour ces événements dits « prescripteurs » où le milieu des affaires musicales se retrouve pour créer de nouveaux contacts et développer de nouveaux projets. Or, la COVID-19 a jeté une douche froide sur ces rendez-vous : le puissant MaMA de Paris se tenant depuis dix ans à la mi-octobre a dû déclarer forfait à la dernière minute. « Avec l’interdiction de la tenue des salons professionnels, la fermeture des bars, dont certains accueillaient nos concerts, et l’accélération de la propagation du virus, ces contraintes se sont transformées en impasses, qui ne permettent plus la réalisation de MaMA », annonçaient les organisateurs du congrèsparisien. Plus au nord, les Transmusicales de Rennes s’étaient taillé une place de choix dans l’agenda des professionnels de la musique ; elles aussi ont dû faire une croix sur leurs 42es rencontres, qui devaient se tenir du 2 au 6 décembre.

Sébastien Nasra et son équipe font plutôt le pari que les vitrines musicales demeurent nécessaires et que les professionnels seront au rendez-vous, même sur le Web : « En temps de pandémie, ce n’est pas simple pour tout le monde, mais ce l’est encore moins pour la musique, estime-t-il. Par exemple, une des retombées très concrètes de M pour Montréal et de [son cousin consacré aux musiques métissées] Mundial Montréal, c’est de voir les artistes programmés chez nous se faire inviter ailleurs, dans des festivals ou d’autres vitrines, dans les mois suivants. […] Le fait que les tournées soient en veilleuse pour encore on ne sait combien de temps, c’est sûr que ça aura un impact sur les retombées de M pour Montréal à court terme. Mais est-ce qu’on devrait ne rien faire ? Il faut plutôt essayer de continuer à travailler pour que les artistes obtiennent des contrats à l’étranger. »

Recréer l’esprit des concerts

Directrice générale de RADARTS, le regroupement de diffuseurs des arts de la scène d’expression française de l’est du Canada, Jacinthe Comeau est aujourd’hui à l’heure des bilans de la 24édition, réinventée sur le Web elle aussi, de la FrancoFête en Acadie, la grande vitrine des artistes acadiens qui s’est conclue le 8 novembre dernier. Le plus important rendez-vous de la scène acadienne, qui compte sur ces rencontres professionnelles pour développer des projets de tournée en Europe. « Simplement d’avoir pu présenter les vitrines en ligne, on a rempli notre mission », estime-t-elle, ajoutant que c’était à la demande des membres du regroupement que la 24e édition a eu lieu, virtuellement. « Plusieurs tournées ont été reportées à cause de la pandémie, mais les diffuseurs ont quand même besoin de planifier la saison 2021-2022. »

Comme la FrancoFête, M pour Montréal a mis en place une structure de captation vidéo, mais surtout une plateforme Web conviviale et dynamique permettant aux professionnels de l’industrie d’échanger entre eux, endirect, pendant les performances des artistes, pour recréer l’esprit de ces concerts destinés aux professionnels. Les horaires des concerts-vitrines tiendront compte du décalage horaire entre l’Amérique et l’Europe, pour les délégués internationaux. Certes, il n’y aura pas de grand banquet cette année à M pour Montréal, mais les activités de réseautage ont été repensées pour Internet. « Ce sera plus difficile de créer le contact humain en virtuel, mais on ne ménage aucun effort pour que ces rencontres aient lieu », souligne Sébastien Nasra, qui reconnaît toutefois que la dimension « informelle »de ces relations d’affaires — les rencontres spontanées au bout du bar à la fin du concert, par exemple — sera impossible à recréer.

« Je conviens que [l’édition en ligne] n’a pas du tout la même dynamique, dit Jacinthe Comeau. Il y a des affaires qui se brassent en fin de soirée, dans le hall de l’hôtel ou dans les bars pendant les concerts, et c’est sûr que cette partie nous a manqué. ». La directrice de RADARTS pense qu’il est encore trop tôt pour mesurer les retombées de la FrancoFête en ligne, mais estime déjà l’intérêt des professionnels pour cette solution de fortune : presque 900 personnes ont participé à la FrancoFête, qui a même attiré presque deux fois plus de délégués d’outre-mer qu’à la normale. « Et je peux vous confirmer qu’on a pris l’apéro en après-midi pendant les vitrines, en clavardant ! dit la directrice en riant. À ce moment-là, j’ai senti qu’on avait encore cette proximité avec nos délégués. »

La scène musicale a beau être grevée par la pandémie, « il faut tout de même préparer la relance, et on ne peut pas la préparer le jour où le vaccin sera distribué et où les vannes seront rouvertes, croit Sébastien Nasra. Il y a du terrain à occuper en ce moment, surtout sur le plan de la découvrabilité des artistes, un aspect encore plus important alors que se surmultiplient les contenus sur le Web, les concerts virtuels, etc. Au moins, si on peut continuer à faire profiter les créateurs québécois et canadiens de notre réseau de contacts en ces temps difficiles, ça en vaudra la peine. »

M pour Montréal aura lieu du 18 au 21 novembre, suivi de Mundial Montréal, les 23 et 24 novembre. 

 

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