Beaucoup de musique dans un étrange silence

L’Orchestre baroque Arion a choisi l’option prudente: un enregistrement quelque temps avant diffusion permettant de livrer un produit ficelé.
Photo: Capture d’écran L’Orchestre baroque Arion a choisi l’option prudente: un enregistrement quelque temps avant diffusion permettant de livrer un produit ficelé.

I Musici, Arion et le Quatuor Bozzini mettaient en ligne jeudi leurs concerts sans public : deux directs et deux programmes enregistrés il y a un peu moins d’une semaine.

L’Orchestre baroque Arion a choisi l’option prudente, le schéma éprouvé par l’OSM pour son programme de cette semaine : un enregistrement quelque temps avant diffusion permettant de livrer un produit ficelé.

Deux concerts ont été enregistrés dans les conditions d’une vraie prestation les 6 et 7 novembre à la salle Bourgie. Pourquoi deux ? Parce qu’avec la distanciation, la scène de Bourgie ne peut contenir que 13 musiciens. Arion a donc été scindé en deux. « François Couperin : Les Nations » est mené par Tanya LaPerrière à la tête de 8 instrumentistes. « Corelli, Muffat et Händel : conversations intimes » en mobilise 11 sous la houlette de Noémy Gagnon-Lafrenais. Plus vivant, varié et accompli, c’est ce dernier concert qu’il faut choisir en priorité.

Après les Beethoven de l’Orchestre Métropolitain, les deux concerts confirment que l’enregistrement dans une salle Bourgie vide est un défi. La réverbération diffuse le son et menace la cohésion. S’ajoute, on le sait, l’espacement qui peut créer des pertes de repères. L’équipe du concert Couperin ne s’est pas facilité la tâche en adoptant une disposition en arc de cercle qui confère le rôle de meneur à la violoniste alors que viole, clavecin et guitare baroque auraient pu constituer un pôle sonore à l’avant-centre à partir duquel le reste de l’arborescence sonore aurait pu être organisée. On peut voir cet exemple de disposition (non distanciée) dans une vidéo de Christophe Rousset sur YouTube. Le hautbois est ici très dominant et le confort auditif n’est pas toujours total. Le liant musical est meilleur dans le programme d’une heure associant Muffat, Corelli, et Händel. L’Opus 6 n°11 de Händel manque parfois un peu de matière sonore et d’un chef pour tout unifier, mais Arion a raison de s’investir dans les webdiffusions puisque l’offre baroque n’est pas pléthorique. Par contre, puisque les concerts n’ont pas lieu, pourquoi se plier aux contraintes de la scène de la salle Bourgie plutôt que de déménager et pouvoir loger ailleurs l’orchestre complet sans compromis ?

Le géant vert

C’est ce qu’a fait I Musici en déménageant à l’église St Jax. Le concert étant en direct à 14 h, Arion avait eu l’élégance de repousser ses diffusions à 16 h. Direct ou pas, I Musici se doit de considérer que dans une webdiffusion le petit laïus de la directrice les yeux fixés sur son téléphone portable pour un texte banal ça ne passe pas du tout.

Techniquement, des réglages aussi basiques que l’équilibrage des blancs ne devraient pas poser un problème si insurmontable. Jean Marie Zeitouni et Julie Triquet avaient souvent le teint de Hulk. Heureusement la prise de son était excellente.

Il faudra aussi attendre les remontées de divers spectateurs, mais en ce qui nous concerne le concert a été brièvement interrompu deux fois (une fois pendant Kelly-Marie Murphy, une fois au début de Pergolèse), pour une reconnexion. C’est le genre de pépins à éviter. Musicalement, nous n’avons pas saisi le sens du concerto pour contrebasse de Missy Mazzoli interprété par Yannick Chênevert. Par contre, In our time of disbelieving de Kelly-Marie Murphy est une œuvre forte. Le Stabat Mater de Pergolèse serait vraiment à juger en salle. Telles qu’entendues, les voix de Myriam Leblanc et Maude Brunet paraissaient très centrées, manquant de déploiement et de résonance. Ce concert est disponible jusqu’à vendredi soir, alors que les prestations d’Arion le sont pendant 3 semaines.

La fin du Stabat Mater à 15 h 10 nous a amenés à manquer la première œuvre du Quatuor Bozzini qui lors du concert « Trip » fêtait ses 20 ans en interprétant en direct Michael Oesterle, Cassandra Miller, Christopher Butterfield, Thomas Stigler et Jennifer Walshe. Le concert n’était accessible qu’en direct à 15 h et à 20 h. La séance de 15 h permettait à l’Europe de se brancher. Malgré les nombreux couvre-feux là-bas et les simulacres de sons de sirène des Jardins sans nom de Stiegler, « Trip » n’avait rameuté que 47 personnes. Par contre, pour ce qui est des éclairages, des cadrages, du focus sonore, bref de la participation du spectateur à l’action, il y avait là des leçons à retenir pour les concurrents. Le répertoire ? Destiné (Walsche !, Stiegler !) à tous ceux inconsolables de n’être pas encore assez déprimés par les temps qui courent.

La grande campagne de webdiffusions se poursuit. Ce vendredi soir à 20 h, l’Orchestre symphonique de Québec diffuse sur ses médias sociaux un « Concert réconfort » virtuel dédié aux victimes des événements tragiques du 31 octobre dernier. Nicolas Ellis y dirigera entre autres l’Adagio de Barber, l’Adagietto de la 5e Symphonie de Mahler et le Pie Jesu du Requiem de Fauré.

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