Des clés pour les grands concerts en temps de pandémie

Selon les chercheurs, à une ventilation adéquate, un plan de salle tenant compte de la distanciation physique et un public assis s’ajoute une recommandation qui se démarque: «le masque doit être porté à tout moment en position assise».
Photo: Armando Franca Associated Press Selon les chercheurs, à une ventilation adéquate, un plan de salle tenant compte de la distanciation physique et un public assis s’ajoute une recommandation qui se démarque: «le masque doit être porté à tout moment en position assise».

Les résultats de l’étude sur la tenue de concerts de grande ampleur, menée en août en Allemagne, ont été rendus publics. Encourageants, ils amènent aussi une réflexion sur les protocoles en usage jusqu’ici.

En pleine deuxième vague, l’équipe du professeur Stefan Moritz du Département des maladies infectieuses de l’Université de Halle a publié les résultats plutôt encourageants de son étude « Restart-19 », réalisée en août 2020. Celle-ci visait à jauger la manière dont on pourrait organiser des concerts pop. « Oui, il pourrait y avoir des événements majeurs pendant une pandémie », dit le professeur Moritz.

L’expérience « Restart-19 », qui avait eu une résonance internationale cet été, avait été présentée dans Le Devoir du 24 août dernier : 1700 volontaires avaient permis à l’équipe de chercheurs de déterminer quelle pourrait être la meilleure organisation possible d’un concert en vue d’éviter des contaminations. Le chanteur pop Tim Bendzko avait accepté de donner trois mini-concerts à Leipzig sous différents formats, avec plus ou moins de spectateurs et de distance entre eux, ainsi que des mesures d’hygiène variables.

N’étaient admis que les participants jeunes et en bonne santé, afin de limiter les risques de contamination. Le but était de « poser les jalons d’un redémarrage dans toute l’Allemagne du secteur du divertissement », résumait alors Armin Willigmann, ministre de la Recherche de la région Saxe-Anhalt, subventionneur du projet à hauteur de 1,5 million de dollars canadiens.

Déclarés négatifs à un test de dépistage de la COVID-19 et portant un masque, les participants avaient sur eux un appareil suivant leurs déplacements et contacts. Des produits fluorescents permettaient d’observer les surfaces touchées et l’université avait développé une méthode pour mesurer les trajectoires des aérosols exhalés par les spectateurs.

Ventilation et masques

L’étude, publiée le 28 octobre, n’a pour l’instant pas été révisée par des pairs. C’est donc une pierre de plus à l’édifice de la connaissance et non une source de protocoles applicables. Le professeur Stefan Moritz met en avant le concept de ventilation. « La ventilation de l’endroit détermine si un événement peut avoir lieu ou non », dit-il dans une vidéo résumant les conclusions de l’étude. Cette conclusion émane d’une simulation informatique des trajectoires d’aérosols démontrant qu’une ventilation incorrecte peut engendrer un risque infectieux, quelles que soient les autres mesures.

Le second point à ses yeux est le plan de salle, garant du respect de la nécessaire distanciation. « Avec une distanciation modérée, on peut développer des protocoles qui rendent ces manifestations très sécuritaires », déclare-t-il.

En clair : « les paramètres de ventilation déterminent le plan de salle, la distanciation des spectateurs » et donc la jauge. Lors de l’expérience, 1700 spectateurs remplissaient un hall pouvant en accueillir jusqu’à 8600. Mais les auditeurs étaient assis (condition sine qua non) de façon à laisser une place de libre entre personnes ne provenant pas du même foyer. Recommandation des chercheurs qui se démarque notablement des protocoles en usage ici : « Le masque doit être porté à tout moment en position assise. Cela réduit considérablement le risque. »

Le professeur Moritz consent que les points problématiques restent l’accès au lieu de l’événement et les éventuelles pauses, qu’il faut raccourcir au maximum : « Notre étude montre qu’il y a de nombreux contacts, mais de très courte durée. S’il y a embouteillage, les durées de contact s’allongent. Il faut donc multiplier les points d’entrée. » Au Canada, le facteur d’exposition à risque est de 15 minutes à moins de 2 mètres.

Limites de l’étude

Les chercheurs recommandent aux pouvoirs publics d’investir massivement dans des systèmes performants de ventilation pour les arénas et les salles recevant concerts et événements sportifs, « car la pandémie va nous accompagner un certain temps », croient-ils.

Impliqué dans l’étude, le professeur Rafael Mikolajczyk, de l’Institut d’épidémiologie médicale, de biométrie et d’informatique de la Faculté de médecine de l’Université de Halle, a mis au point un modèle de simulation épidémiologique en prenant pour exemple Leipzig. Selon lui, en cas de faible incidence de COVID-19 (10 cas pour 100 000 habitants), un événement majeur aurait peu d’effet sur le développement de l’épidémie. Si l’incidence est élevée (plus de 100 cas pour 100 000 habitants), les grands événements pourraient causer jusqu’à 20 % des infections.

Les chercheurs assurent que si toutes les règles sont respectées, un événement majeur lors d’une pandémie pourrait être plus sûr que la vie quotidienne.

La lecture détaillée de l’étude soulève cependant une question majeure. On découvre ainsi qu’elle a été réalisée avec des masques N95, auxquels le public n’a pas accès  dans la vraie vie. Ce n’est pas forcément une erreur de méthodologie, selon la Dre Marie-France Raynault, cheffe du Département de santé publique et de médecine préventive du CHUM : « Si cela se passait ici et que j’étais le chercheur principal, j’aurais de grosses discussions avec le comité d’éthique de mon hôpital qui me poserait des questions sur la protection réelle des couvre-visages. Ce sont peut-être des considérations de ce type qui ont amené l’utilisation de N95. »

La Dre Raynault considère que « c’est une limite de l’étude », qui a probablement des conséquences sur un possible excès d’optimisme sur la tenue de manifestations de masse en temps de pandémie, mais pas forcément, à terme, une limite fondamentale aux études en général. « Nous sommes en train de développer des standards pour les couvre-visages et, potentiellement, plus tard, une norme. À ce moment-là, des études pourront être réalisées dans des conditions plus proches de la vie réelle. »

L’excès d’optimisme ne dévalorise aucunement les autres conclusions fort pertinentes qui ressortent de cette étude : distanciation et rapport entre ventilation et plan des salles, aucune manifestation avec public debout et réflexion sur la pertinence de garder le masque en tout temps.

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