Qu’attendre de l’hiver à l’Opéra de Montréal et à l’Orchestre Métropolitain?

L'opéra «L'hiver attend beaucoup de moi» raconte le «road trip» et la rencontre de deux femmes, l’une violentée et enceinte et l’autre ex-violentée révélant son passé, dans l’hiver québécois.
Photo: Yves Renaud L'opéra «L'hiver attend beaucoup de moi» raconte le «road trip» et la rencontre de deux femmes, l’une violentée et enceinte et l’autre ex-violentée révélant son passé, dans l’hiver québécois.

L’Opéra de Montréal (OdM) et l’Orchestre Métropolitain, chacun de leur côté, courtisent les mélomanes avec des webdiffusions payantes.

Minimaliste, mais très soigné. C’est ainsi que l’on peut décrire le diptyque La voix humaine/L’hiver attend beaucoup de moi,mis en ligne par l’OdM, jeudi soir, jusqu’au 19 novembre.

Ce spectacle de l’Atelier lyrique était programmé à l’origine dans le cadre de la saison 2019-2020, du 19 au 28 mars 2020, à l’Espace Go.

Le film diffusé a été tourné au Théâtre Maisonneuve en octobre. L’OdM précise que Florence Bourget et Vanessa Croome se sont astreintes à un isolement en commun pour respecter, dans L’hiver attend beaucoup de moi, la mise en scène exempte de distanciation conçue à l’origine.

Minimaliste, car le projet monopolise en tout et pour tout trois chanteuses (une pour Poulenc et deux pour la création musicale de Laurence Jobidon) et, surtout, n’implique qu’un accompagnement au piano, assuré par Esther Gonthier dans Poulenc et Jennifer Szeto dans Jobidon.

Piano et voix

La frustration engendrée par la réduction de la partition de Poulenc n’est pas totalement imputable à l’OdM. Il est évident que la version pour voix seule et grand orchestre ne répond plus aux moyens limités de nombreuses institutions et il serait grand temps que les ayants droit de Poulenc consentent à une réduction pour petit ensemble. Le choix entre grand orchestre et piano est intenable et contre-productif, car il y a des alliances entre des couleurs instrumentales et des états psychologiques de cette héroïne à la dérive, au téléphone, pendant une rupture amoureuse, qu’un piano, même excellemment joué, ne rend pas.

France Bellemare, habillée très années 1930, est excellente dans ce monologue inscrit dans un simple et habile décor. Son désespoir la mène à un suicide scéniquement très bien pensé, pendant lequel il n’était pas forcément capital d’insérer à l’écran un plan de la pianiste !

Si nous avons parlé de projet soigné, c’est parce que ce qualificatif s’applique à la qualité du théâtre filmé mis en scène par Solène Paré et que les deux ouvrages sont intelligemment introduits pour faciliter leur accès par les spectateurs. L’œuvre de Laurence Jobidon raconte le road trip et la rencontre de deux femmes, l’une violentée et enceinte et l’autre ex-violentée révélant son passé, dans l’hiver québécois.

Là aussi l’accompagnement est pianistique. L’écriture musicale, très accessible, de Laurence Jobidon (le langage vocal est très similaire à l’univers Heggie/Potts et autres Nord-Américains en vogue) met en valeur les ressorts dramatiques du texte (beaux passages sur la séquence amenant le titre et sur le récit de deuil). La soprano Vanessa Croome joue la jeune femme de 20 ans, Florence Bourget, mezzo, celle qui a eu recours au refuge du bout de la route. Toutes deux sont excellentes.

Un Fauré grave

C’est vendredi à 14 h et jusqu’au vendredi 13 novembre à minuit que sera accessible le Requiem de Fauré de l’Orchestre Métropolitain, enregistré à la Maison symphonique sans public. Yannick Nézet-Séguin a choisi la version originale, sans violons (le violon solo joue dans le « Sanctus »).

Dès les premières notes, avec un grondement d’orgue sous-jacent, le chef renforce la noirceur de l’interprétation, accentuée par le choix de solistes (Suzanne Taffot, Philippe Sly) aux voix très cuivrées et charpentées pour cette partition. Le « Libera Me », quasiment atterré, confirme que l’espoir se fait peu de place dans un Fauré non point alourdi, mais grave.

La très scrupuleuse distanciation, avec un chœur entourant l’orchestre sur les gradins, pose quelques problèmes de synchronisation très correctement résolus, mais quelquefois audibles, y compris pour Philippe Sly dans sa première intervention : il est difficile de respirer ensemble à une telle distance. Il manque aussi deux chanteurs au pupitre de ténors pour avoir l’effet nécessaire. Mais ce Requiem est un moment d’une intense émotion, marqué par ces temps difficiles.

Le concert est introduit par The Chariot Jubilee, de Robert Nathaniel Dett, composition de 1919 qui semble être la première œuvre symphonique américaine basée sur des spirituals. Sa force hymnique en est contagieuse et Suzanne Taffot est parfaite.

Signalons pour finir que plusieurs autres institutions s’activent sur le Web. Ainsi, l’Orchestre de Laval, durement touché par la fermeture, car il avait investi dans des programmes destinés à être projetés dans les cinémas, redéploie sur son site son Automne numérique. Le concert Par un soir d’Halloween propose de découvrir deux suites du talentueux compositeur Maxime Goulet.

Parmi les prochaines diffusions, les rendez-vous sont, samedi, un nouveau concert de l’Orchestre du CNA, ce week-end, Arion, mardi, l’OSM et jeudi, I Musici en direct. L’hiver sera finalement chargé !