BEYRIES, la rencontre qui conforte et confronte

Le nouvel album de l’autrice-compositrice-interprète Beyries entoure, enveloppe, accompagne, soutient, soulage. Caresse.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le nouvel album de l’autrice-compositrice-interprète Beyries entoure, enveloppe, accompagne, soutient, soulage. Caresse.

Difficile de dire sans emphase à quel point Encounter, le nouvel album d’Amélie Beyries — officiellement BEYRIES tout court, en majuscules — réconforte l’auditeur aux premières écoutes. Encounter entoure, enveloppe, accompagne, soutient, soulage. Berce. Caresse.

La voix si naturellement belle de BEYRIES, ses mélodies si naturellement étonnantes, ses modulations qui épousent si naturellement les corps, ses chœurs immenses, tout rassure.

L'album «Encounter» de BEYRIES

Que cet album bienfaisant nous arrive en même temps que la première neige, novembre, les attentats partout, l’Amérique en jeu et en joue, semble plus que prémédité. Providentiel est le mot. « Et pourtant, ça devait sortir en février… », précise l’artiste. Pas moyen de la voir esquisser un sourire au téléphone, mais on la sent contente d’avoir décidé deretravailler certaines pièces et d’avoir parachevé le tout en août.

À la rencontre de la vie

« On ne contrôle pas grand-chose », constate Amélie Beyries. Que peut-on faire quand on se sent si impuissant, sinon se serrer fort, sinon refuser l’isolement et aller à la rencontre de la vie ?

C’est en gros le propos de ce deuxième album, qui paraît vendredi prochain. Encounter, disque de rencontres. Dans tous les sens du mot. Rencontre avec soi-même, rencontre avec les autres. Et qui plus est, un album qui va à la rencontre de quelques vérités bonnes à rappeler.

Rien n’est acquis, chante BEYRIES sur tous les tons. Pas plus de garanties dans une relation que dans l’air rempli de gouttelettes en suspens. Zéro certitude, nul avenir dessiné distinctement à l’horizon.

Toute rencontre est un risque, et peut mener au bord du gouffre, comme dans la nouvelle chanson Green Green Eyes : « Take your time / Feel the distance / Wide and deep / When you fall / In the canyon ».

La conscience de la fin

C’était vrai avant la pandémie, remarque fort justement Amélie, du haut de ses 41 ans, après deux cancers et diverses carrières. Peut-être s’illusionnait-on alors plus facilement, avant. Quoique. Ça dépendait de l’éclairage dans la salle d’attente. La vérité vieille comme le monde est qu’on ne peut vraiment rien prévoir.

« J’ai quelques amis médecins, ça les atterre, ce côté aléatoire. Annoncer un cancer déjà métastasé à une femme de 49 ans qui a trois enfants, juste après avoir donné son congé à une p’tite dame de 98 ans qui boit encore sa vodka tous les jours ? On meurt tout le temps, indifféremment, depuis toujours. »

La différence avec maintenant, c’est que le sujet a été promu à l’avant-plan. On avait fini par se dire qu’on allait tous vivre vieux, puisqu’on vit généralement plus vieux : la statistique rassérénait, balayait le trépas sous le sofa.

Il y a un découragement et un espoir en même temps. La menace commune nous rassemble et nous distancie en même temps. On est confrontés à nos contradictions.

Depuis mars, le trépas est sur la table. « Et là, on retrouve cette conscience de la mort qui existait au temps des familles nombreuses, quand on en perdait toujours un ou deux à la naissance ou en très bas âge. C’est à la fois terrifiant et nécessaire : il faut réapprendre à vivre avec l’idée que tout peut finir, et que tout finit par finir. »

C’est ce qu’elle chante dans la presque apocalyptique Graceless.« How many more walls will be build […] In the name of Jesus and pretty things / Are you coming to get us […] Is it the end of us […] Are we coming together », chante-t-elle, et mille voix avec elle. Il n’y a pas mille voix, en vérité ils ne sont qu’une poignée : Frank Julien, Marie-Christine Despestre et Amélie.

Effet conjugué de l’écho, de la multiplication des pistes, du mixage de Guillaume Chartrain et de la réalisation d’Alex McMahon, on reçoit la chanson comme un hymne au monde à l’heure de la possible fin du monde. « Il y a un découragement et un espoir en même temps. La menace commune nous rassemble et nous distancie en même temps. On est confrontés à nos contradictions. »

La bonne douche chaude

What We Have, la chanson qui ouvre Encounter, dit une chose et son contraire, sur le même lit de cordes de nylon des guitares acoustiques. Au premier couplet : « My love, I’m building on what we have ». Au second : « My love, I can’t go on the hope is gone ». On se laisse entraîner par la valse des guitares, ça rend supportable l’insécurité que l’on vit, entre ce qu’on a et ce à quoi on renonce.

« Ça permet de mieux apprécier ce qu’on a. Moi, même si je ne sais pas si je pourrai encore faire de la musique dans un an ou deux, je chéris tous ces matins où je sors pour marcher, où je prends mon café, où je sors ma guitare et je joue. Mon statut de musicienne, pas riche, pas sûre du lendemain, est nettement meilleur pour ma santé que ma vie d’avant, qui m’avait menée en dépression et avait sans doute contribué à mes cancers. »

« Il y a des côtés agréables et des côtés troublants à regarder la vie en face, mais aller à la rencontre de soi est le meilleur révélateur. Je me suis réfugiée dans la musique pour me sauver, mais en faisant ça je me suis trouvée, et je n’ai plus peur, ni de la vie, ni de la mort. Je n’ai même plus peur d’avoir peur. Et ça, c’est extrêmement rassurant. Je ne sais pas combien de temps j’ai devant moi, mais ce que je sais, c’est que je le prends, mon temps. »

Le temps de ressentir tout, tout le temps. « Quand je prends ma douche, une bonne douche chaude, je ne perds rien de cette sensation. Pareil quand je me brosse les dents. Tout compte. » Si l’on osait, on ajouterait : tout est rencontre.

Encounter

BEYRIES, Bonsound, à paraître le 13 novembre