Valence, vainqueur des 24es Francouvertes

Photo: Maryse Boyce

Au terme de cette 24e édition des Francouvertes amorcée en février dernier et qui, on le conçoit, s’est abruptement transformée en un chemin de croix pour les organisateurs et les concurrents, un vainqueur fut enfin sacré hier soir, en direct du Lion d’Or et de nos salons par la magie de la webdiffusion : l’auteur-compositeur-interprète soft rock Valence — Vincent Dufour au civil —, héritier de la chanson de Beau Dommage et de l’esthétique pop à guitares et aux flûtes traversières de la fin des années 1970.

Cette finale aurait dû se tenir au Club Soda devant public, amis, familles et fans. Elle aurait dû s’être déroulée au printemps dernier, plutôt qu’au lendemain du Gala de l’ADISQ, alors que tombait hier soir sur Montréal la première neige de la saison. Cette finale des Francouvertes revêtait un autre caractère exceptionnel : pour la première fois de son histoire, les trois finalistes du concours, Ariane Roy, Narcisse et Valence, sont tous originaires de la ville de Québec. Un signe de la dynamique croissance et de la créativité qui caractérise aujourd’hui la scène musicale underground de la capitale et qui, souhaitons-le — prions, même —, ne s’éteindra pas en raison de la pandémie.

Cette créativité, Vincent Dufour s’est fait une fierté de la nommer durant sa chaleureuse performance, saluant ses amies (et adversaires hier soir) et le Pantoum, centre de création musicale communautaire du quartier Saint-Sauveur, berceau de plusieurs emballants projets. Valence jouissait hier du labeur d’un très bel orchestre, maître es ambiance rock détente de fin d’après-midi de juin, petite bière à portée de main. Il rendait élégamment ses séduisantes chansons, Cristobal, Pruneau et Sophie en tête ; en plus de sa voix douce et enjouée, Dufour possède de surcroît une personnalité attachante qui lui permet de créer le contact avec le public, même confiné devant son écran, à distance du Lion d’Or. En cette époque où l’art de la scène doit se réinventer sur le Web, ça compte, comme le démontre l’issue de la soirée.

Sa victoire surprend tout de même un peu compte tenu du calibre des propositions des deux autres candidates de cette finale, Ariane Roy et Narcisse. La première semblait destinée aux honneurs, ayant caracolé en tête des palmarès durant les préliminaires et les demi-finales. Sur le plan esthétique, son univers chansonnier n’est pas si étranger à celui de Valence : une chanson pop-rock mélodieuse et groovy, plus riche en guitares, en vulnérabilité surtout. Son authenticité perçait l’écran hier soir, tout comme son flair pour les mélodies. Ariane Roy s’est récemment associée à la boîte Maison Fauve (Dominique Fils-Aimé, Philippe Brach, Éli Rose, Patrice Michaud). Sa carrière ne fait que débuter, nous serons bientôt témoins de la suite.

Pour sa part, la chanson électro-pop explosive et accrocheuse de Narcisse avait d’abord le mérite de se démarquer du registre des deux autres. L’artiste passait en fin de soirée, et sa performance fut, de loin, la plus remarquable : une présence scénique puissante, colorée — ces costumes agencés avec l’interprète, les accompagnateurs et le danseur ! —, chorégraphiée et porteuse d’un message. Les thèmes de Narcisse sont riches et militants, l’artiste queer contestant la binormalité en arrimant sa quête identitaire aux récits de la mythologie grecque. Ainsi présenté, ça paraît lourd, mais sa dégaine, ses refrains puissants référant à ceux de la crème de la chanson synthpop française — Elli & Jacno, Niagara, etc. —, sa présence théâtrale, ont fait mouche avec une efficacité qu’on ne lui avait pas reconnue lors de sa performance durant les demi-finales.

Si cette pandémie finit par s’estomper, les 25es Francouvertes se tiendront comme prévu, du 1er février au 17 mai 2021. Les musiciens désirant soumettre leur candidature ont jusqu’au 15 novembre prochain pour le faire, en ligne sur le site des Francouvertes.

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