Zach Zoya, la voix de l’espoir

Zach Zoya, jeune rappeur et chanteur montréalais originaire de Rouyn-Noranda, fait des clins d’œil à la planète entière avec les six chansons, aussi variées qu’accrocheuses, de l’EP «Spectrum».
Photo: Adil Boukind Le Devoir Zach Zoya, jeune rappeur et chanteur montréalais originaire de Rouyn-Noranda, fait des clins d’œil à la planète entière avec les six chansons, aussi variées qu’accrocheuses, de l’EP «Spectrum».

La preuve, pour peuqu’elle soit encore nécessaire, que le rap est la nouvelle pop : Zach Zoya, jeune rappeur et chanteur montréalais originaire de Rouyn-Noranda, fait des clins d’œil à la planète entière avec les six chansons, aussi variées qu’accrocheuses, du Spectrum EP sortant aujourd’hui, accompagnées d’une mise en garde : « Ne me mets pas dans une case dès mon premier single, sinon tu seras déçu de la suite ! »

Tout est dans le titre : Spectrum, comme l’éventail des émotions et des styles musicaux que propose Zach Zoya. « Je veux montrer l’étendue de mon talent, mais aussi celle de mes états d’âme », résume le rappeur qui, avec son équipe de collaborateurs (son DJ Bougo, les compositeurs québécois Ruffsound, Realmind et DRTWRK, entre autres), a mis presque deux ans à fignoler ce premier EP lancé conjointement par le label qui l’a révélé, 7e Ciel, et celui qui mettra tout en œuvre pour tenter d’en faire une pop star mondiale, Universal Music Canada.

Zoya arrive à point nommé. Le paysage pop est de plus en plus peuplé de ces musiciens développant leur propre hybride entre le chant et le rap, absorbant les tendances esthétiques en vogue dans le R&B moderne et le hip-hop pour créer une pop fraîche, mais surtout accessible. Longtemps après Drake, longtemps aussi après que les stars Travis Scott, Mac Miller ou encore Young Thug ont investi la scène pop, de nouveaux talents comme l’étoile montante 6lack, la recrue GANG51E June et, désormais, Zach Zoya sont en train de se tailler une place qui recadre certains clichés (souvent injustifiés) accolés aux rappeurs.

En fait, j’ai toujours chanté — en tout cas, j’ai toujours été très mélodieux, même dans mes raps. Avant de les imaginer, je pense toujours d’abord à sa mélodie.

« Une grosse partie du hip-hop, c’est d’être soi-même, être authentique, abonde Zoya. Or, une chose que je me permettrai jamais de faire dans mes chansons, c’est parler de drogues, de guns ou de violence — ce n’est juste pas moi ! Ça serait littéralement de mentir sur un beat que de faire ça ! » Même les hargneuses In Da Way ou Slurpee demeurent polies ; la révélation de Spectrum demeure toutefois la voix chantée de Zoya, comme sur la magnifique Pillz, ballade R&B qui lui permet de présenter une nouvelle facette de sa personnalité. Zach corrige : « En fait, j’ai toujours chanté — en tout cas, j’ai toujours été très mélodieux, même dans mes raps. Avant de les imaginer, je pense toujours d’abord à sa mélodie. En fait, le rap a été ma fenêtre ouverte sur la performance musicale ; tout ce que je fais aujourd’hui n’aurait pas été possible si je n’étais pas passé par le rap. »

Promu par des extraits accrocheurs, le trap grognon et débile de Slurpee et celui plus mélodieux de In Day Way, Spectrum devait être lancé en mai dernier, juste avant la belle saison. « Ce qui est dommage, lâche Zoya, ce sont tous les gros festivals de l’année tombés à l’eau, tous les  “ Si j’avais pu être là, si j’étais à tel événement, j’aurais pu rencontrer telle ou telle personne” » importante de la scène rap avec qui collaborer. Professionnellement, « ce sont des millions d’occasions manquées. Mais côté personnel, j’ai nouvellement emménagé seul, j’ai amélioré mon hygiène de vie, j’ai surtout fait beaucoup de musique. »

Sur le coup, avoue Zoya, « j’ai eu ce sentiment… pas de découragement, plutôt de frustration que rien n’allait avancer. Puis j’ai compris que ça n’allait pas durer un mois, mais beaucoup plus longtemps, ça allait affecter nos vies pendant au moins un an. Alors là, tout de suite, mon équipe et moi on s’est dit : OK, on doit s’adapter à la situation, que fait-on maintenant ? »

On fait des plans. Dès le mois de mars, Zoya commençait à semer de courts extraits de chansons inédites sur YouTube dans une série de clips baptisée DAYZZ OFF. La crise sanitaire fut inspirante pour le rappeur : « Je n’avais rien d’autre à faire, alors j’ai mis les bouchées doubles » en studio. « Tout ça m’a donné un sursaut de créativité — je me suis beaucoup amélioré depuis le début de la pandémie, et je suis sûr que c’est aussi le cas pour plusieurs artistes de Montréal. » De quoi alimenter la fournaise jusqu’à la parution de son premier véritable album studio, qui paraîtra aussi chez Universal Music.

Car les rumeurs ont longtemps couruque Zoya, qui n’avait jusqu’à aujourd’hui qu’un EP (l’épatant Misstape, collaboration avec le compositeur High Klassified) et une poignée de singles à son actif, était courtisé par les majors. C’est finalement la branche canadienne de Universal Music qui a gagné sa faveur : « Ce qui m’a fait signer avec Universal, c’est Kardinal Offishall », pilier de la scène rap torontoise qui occupe le poste de dépisteur de talents chez Universal à Toronto. « Il a démontré un intérêt personnel pour mon projet, j’ai l’impression qu’il y croit autant que moi et ça m’a mis en confiance, dit Zack Zoya. Aujourd’hui, c’est un peu mon mentor, on se parle tout le temps. »

 

Spectrum EP

Zach Zoya, Disques 7e Ciel / Universal Music Canada