Pierre Kwenders et Clément Bazin ont l’âme à la tendresse

Pierre Kwenders (à gauche) et Clément Bazin: le Montréalais et le Parisien collaborent sur un premier EP d’invitantes chansons afropop tropicales.
Photo: Fanny Viguier Pierre Kwenders (à gauche) et Clément Bazin: le Montréalais et le Parisien collaborent sur un premier EP d’invitantes chansons afropop tropicales.

Avant même d’avoir entendu ces quatre chansons originales — et leurs remix — de Pierre Kwenders et Clément Bazin, juste en lisant le titre, on sourit déjà. Cet EP s’appelle Classe Tendresse, titre un peu kitch, mais qu’est-ce que ça donne envie de l’écouter en ces temps menaçants ! Pierre rigole : « Ça fait effet, hein ? Et bon, il faut espérer plus de tendresse dans nos vies — surtout en ce moment. Le monde manque un peu de tendresse… »

Des grooves comme un vaccin aux discours haineux : « Mon opinion sur ce qui se passe, c’est qu’on passe tous beaucoup de temps sur les réseaux sociaux, abonde le musicien. On est tous devenus des médias, et y a beaucoup de confusion qui se crée dans ce brouhaha. Mais moi, j’aime bien répéter ce que d’autres ont dit avant moi : même dans le désordre, il y a des règles. Ce que certains oublient en ce moment. Et le plus important, c’est l’amour. Il faut s’aimer pour passer à travers tout ça. »

Les chansons du EP Classe Tendresse, qui devait paraître au printemps, ont été enregistrées avant la pandémie. À cette époque où on voyageait librement, insoucieusement : Clément Bazin avait rencontré le manager de Pierre à Montréal, des contacts ont été établis, et c’est lorsque ce dernier était de passage à Paris qu’il a tissé des liens avec le compositeur électronique français recruté par le label indépendant Nowadays Records et accompagnateur de scène de Woodkid.

Pourquoi lui ? Parce que, bien que leurs univers soient distincts, les deux se retrouvent dans une musique électronique contemporaine héritée des rythmes d’Afrique. Et « à cause du steel pan », répond Pierre du tac au tac. « Je suis un grand fan de musique caribéenne », comme Bazin qui, pourtant originaire de Paris, s’est initié dès l’âge de onze ans à l’instrument emblématique de Trinidad-et-Tobago. Il en met partout dans ses productions qui goûtent bon le soca, le calypso et la bass music et, mieux encore, l’a enseigné au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris.

J’aime bien répéter ce que d’autres ont dit avant moi : même dans le désordre, il y a des règles. Ce que certains oublient en ce moment. Et le plus important, c’est l’amour.

 

Il y a connivence entre la démarche de Bazin et l’approche de Kwenders, qui transpose les traditions rythmiques et mélodiques d’Afrique dans le cadre de la musique de club — sa manière à lui, dit Pierre, « de parler de l’Afrique, de militer pour l’Afrique : en lui rendant hommage à travers ma musique, et en rendant les gens curieux par rapport à ces sons », la rumba congolaise en filigrane de la belle Ewolo, le rythme du coupé-décalé qui cadence la chanson Ego. « En collaborant, ajoute Pierre Kwenders, on savait qu’on créerait quelque chose de magnifique, d’évocateur, et qui bâtira des ponts entre deux mondes différents. » Après la tendresse, une deuxième chose dont on a bien besoin : bâtir des ponts. Raffermir des liens. S’écouter et se comprendre. Il tombe à point dans l’actualité, l’EP Classe Tendresse.

À propos du mot qu’on ne cesse de potasser depuis une semaine : « Il faut aller au fond des choses, estime Pierre. Comprendre le traumatisme qu’une personne a vécu, essayer de se mettre dans les chaussures des gens qui sont affectés par l’emploi de ce terme — ou de tout autre terme qui peut être vexant pour qui que ce soit d’autre. Il faut avoir de l’empathie : souvent, on ne pense qu’à notre bulle, à ce qu’il y a autour de nous et, même si on fait généralement de bonnes choses, on oublie qu’on peut en faire de mauvaises. On ne réfléchit pas à ce qu’on peut dire. Ce que je demande, c’est qu’on prenne le temps de s’informer — surtout plein de sujets, dont celui du moment — et ne pas se borner à dire : je ne comprends pas, c’est seulement un mot, c’est ma liberté d’expression… Le débat ne porte pas sur la liberté d’expression, mais bien sur le poids que ce mot a sur l’histoire de l’humanité. Moi-même, j’ai du mal à dire ce mot ; il a un impact très fort — pas seulement pour les personnes noires, pour tout le monde. »

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