Comment les institutions musicales gèrent-elles les cas de COVID-19?

Le ténor Francesco Meli
Photo: Bertrand Langlois Agence France-Presse Le ténor Francesco Meli

Les 72 dernières heures ont été agitées à la Scala de Milan après le test positif du ténor Francesco Meli, titulaire du rôle de Radamès dans Aïda.

Dimanche, la Scala de Milan annonçait une nouvelle qui, en d’autres temps, aurait fait sourire : « En raison d’une indisposition du ténor Francesco Meli, le rôle de Radamès dans Aïda du lundi 19 octobre sera tenu par Jonas Kaufmann. Le Teatro alla Scala remercie Jonas Kaufmann pour son aimable disponibilité et souhaite à Francesco Meli un prompt rétablissement. » Imaginez : la plus grande vedette mondiale du chant lyrique jouant au remplaçant !

Le piège de la négativité

On apprenait cependant quelque temps après que Meli avait été déclaré positif le samedi 17 à la COVID-19. Il affirmait à l’agence italienne ANSA être asymptomatique. En même temps, ses collègues de la distribution, le chef et directeur musical de la Scala, Riccardo Chailly, en tête, faisaient connaître leur négativité et se réjouissaient de présenter Aïda lundi soir.

Tout cela était aller un peu vite en besogne. Un test PCR détecte l’expression de la maladie et non pas l’infection. Si le test a attrapé Francesco Meli au « jour 0 » de sa maladie, il était contagieux à « J -2 », soit le soir de la représentation du 15 octobre et il y avait fort à parier que l’expression de cette contagion n’était pas encore détectable chez ses comparses le 17 et commencerait possiblement à ressortir les 19, 20 ou 21 octobre.

C’est hélas ce qui est arrivé. Le directeur de la Scala, Dominique Meyer, joint dimanche par Le Devoir, nous avait assuré qu’un nouveau test serait effectué avant la représentation de lundi, et lundi, à 15 h, heure de Milan, on apprenait qu’un deuxième membre (non précisé) de la distribution était positif et que tous étaient mis en quarantaine. Aïda a été remplacé par un concert de grands airs et de chœurs chantés par Jonas Kaufmann et lessopranos Anita Hartig et Aida Garifullina sous la direction de Fabio Luisi.

Le cas n’est pas sans rappeler le Don Carlo de l’ouverture du Bolchoï à Moscou en septembre. La basse Ildar Abdrazakov avait été déclaré positif à la COVID-19. Les représentations (scéniques alors que l’Aïda milanaise était donnée en version de concert) ont été annulées et la star Anna Netrebko s’était réjouie de son test négatif sur les réseaux sociaux. Son apparition subséquente sur Instagram émanait, hélas, de l’hôpital de Moscou, où elle soignait une pneumonie covidienne. Elle est sortie de l’hôpital après quelques jours et a repris ses activités. Elle est attendue à… la Scala de Milan demain mercredi.

La Scala a pris des précautions afin de bien compartimenter ses activités, alternant concerts, ballet, opéras en version concert et programmant de nombreux récitals de vedettes du chant. Par ailleurs la très vaste scène aide à la distanciation.

Des politiques variables

Le maintien des activités même en cas de problème sanitaire est aussi ce qui anime l’Opéra comique de Berlin, qui a choisi des œuvres se contentant de petites équipes. Ces équipes sont doublées ou triplées, ce qui permet de constituer des bulles et de remplacer une bulle par une autre en cas de pépin.

La bulle, c’est ce qu’a choisi aussi, dans une certaine mesure, le ballet de l’Opéra de Zurich pour La belle au bois dormant. Le problème est de n’avoir prévu qu’une seule bulle. Pas d’équipe de remplacement, pas de ballet en Suisse en fin de semaine…

D’autres emploient des mesures plus draconiennes. À Hong Kong, un membre du Philharmonique de Hong Kong ayant été déclaré positif, tout l’Orchestre a été mis en quarantaine, le bâtiment abritant la salle de concert a été fermé pour désinfection pour trois jours et la salle elle-même désinfectée et fermée pour deux semaines. Le soliste qui devait jouer les concertos de Beethoven aurait volontiers donné un récital de sonates. Impossible.

La politique audacieuse du Philharmonique de Vienne, dont nous avons rendu compte récemment ici, est facilitée par le fait que l’institution regroupe 150 membres. Cela permet de mobiliser une équipe « B » advenant un problème qui n’est, heureusement, pas survenu. D’autres n’ont pas cette élasticité : l’Opéra de Prague avait dû annuler son ouverture de saison en raison de la mise en quarantaine de son chœur.

Et comment se débrouille la France avec le couvre-feu ? Une nouvelle vie s’instaure. Personne ne semble songer à réduire ses activités ou ses contacts sociaux, mais on semble plutôt préoccupé de caser entre 18 h 30 et 21 h ses activités de soirée. Les concerts débutent donc désormais à 18 h ou à 18 h 30. Il est un fait qu’en France, comme ailleurs (Allemagne, Suisse, Autriche et même Italie), on ne rapporte nulle part depuis plus de quatre mois d’infections dans le public, discipliné, des spectacles et des concerts.

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