La Montréalaise Backxwash remporte le prix Polaris

Backxwash, lauréate du 15e prix de musique Polaris pour son album «God Has Nothing To Do With This Leave Him Out Of It», était en concert le 4 septembre dernier sur la scène du Cabaret de la Dernière Chance de Rouyn-Noranda, à l’affiche du FME.
Photo: Bianca Lecompte Backxwash, lauréate du 15e prix de musique Polaris pour son album «God Has Nothing To Do With This Leave Him Out Of It», était en concert le 4 septembre dernier sur la scène du Cabaret de la Dernière Chance de Rouyn-Noranda, à l’affiche du FME.

Le jury du prix de musique Polaris a récompensé lundi soir l’audace et l’authenticité de la rappeuse et compositrice montréalaise Backxwash pour son premier album God Has Nothing To Do With This Leave Him Out Of It paru à compte d’auteur en mai dernier. En 15 ans d’existence du prix couronnant des « albums de musique canadiens de renom […] sans considération pour le genre musical ou la popularité commerciale », Backxwash devient la sixième artiste québécoise et la première femme transgenre à recevoir cette distinction, ainsi que la bourse de 50 000 $ qui y est rattachée.

En visioconférence de presse après sa victoire, Backxwash a répété que des initiatives comme le prix de musique Polaris doivent accorder plus de place à la diversité, une remarque qui prend différents sens : « Quand je suis arrivée à Montréal, je suis tombée en amour avec cette ville qui m’a donné l’occasion de m’exprimer – du point de vue de mon genre autant que de ma musique », a-t-elle déclaré. La musicienne a aussi confié avoir l’intention d’investir le montant de sa bourse dans la production de son prochain album, qu'elle annonce pour 2021.

Depuis le dévoilement de la liste des finalistes du prix — particulièrement relevée cette année — en juillet dernier, beaucoup d’observateurs de la scène musicale canadienne misaient sur une victoire de la singulière musicienne née en Zambie qui a amorcé sa carrière à Montréal. Avec sa vision à contre-courant du hip-hop qu’elle noircit de batteries bruyantes et d’échantillons d’enregistrements de métal et de musique industrielle, Backxwash (Ashanti Mutinta) souligne à grands traits et avec furie la colère, parfois même la détresse, qu’elle exprime dans ses textes autobiographiques.

« Ce disque explique la perspective du personnage : [Backxwash] a beau s’être fait une carapace, lorsqu’on en pèle quelques couches, au cœur, il y a beaucoup de tristesse, et je crois que c’est là où le personnage et moi nous nous retrouvons. Je suis souriante, je suis plus heureuse, mais à l’intérieur de moi, il y a cette tristesse que j’exprime lorsque j’écris mes textes », nous confiait-elle lors d’un entretien accordé le printemps dernier, au moment de la sortie de l’album. Ces dernières semaines, le public a pu apprécier sa magnétique présence scénique au Festival de musique émergente d’Abitibi-Témiscamingue (FME) et à POP Montréal.

La victoire de Backxwash est d’autant plus impressionnante en raison de la qualité des albums retenus cette année sur la liste des finalistes du Polaris. Trois musiciens établis espéraient d’ailleurs remporter le prix pour une seconde fois : le compositeur électronique Caribou (pour l’album Suddenly), l’autrice-compositrice-interprète d’origine colombienne Lido Pimienta (magnifique Miss Colombia) et le second Québécois de cette liste, Kaytranada (Bubba, une bombe !).

S’ajoutaient à la liste l’excellent disque de U.S. Girls (Heavy Light), lancé juste avant le confinement en mars dernier, le premier album de la révélation pop-R&B Jessie Reyez (Before Love Came To Kill Us) et ceux d’une poignée de passionnantes découvertes musicales que sont la musicienne R&B/éthio-jazz torontoise d’origine érythréenne Witch Project, du trio rock shoegaze cree — il préfère l’appellation « mocassin gaze » ! — nêhiyawak, de l’ensemble torontois Pantayo fusionnant la musique kulintang philippine à la pop électronique et du rappeur torontois Junia-T.

En raison des mesures que la santé publique ontarienne a imposées avec davantage de vigueur ces dernières semaines, le traditionnel gala de remise du Polaris s’est bien déroulé dans la salle du Carlu, rue Yonge à Toronto, mais sans auditoire; en lieu et place des performances en direct webdiffusées, l’organisation avait préparé une émission spéciale constituée de dix courts-métrages originaux sur les œuvres en lices que le public peut encore consulter sur le site cbcmusic.ca. Les onze membres du jury, constitué de critiques canadiens, ont ainsi dû délibérer en visioconférence. Et pour les curieux qui iront découvrir cet album méritoire, Backxwash avait ceci à dire : « Hold on to your seatbelts! »

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