L’expérience Yoop du Métropolitain

L'Orchestre Métropolitain en répétition avant son concert à l'espace Yoop.
Photo: Courtoisie Orchestre Métropolitain L'Orchestre Métropolitain en répétition avant son concert à l'espace Yoop.

L’Orchestre Métropolitain se dépense sans compter pour toucher les publics les plus divers. Avant le théâtre musical de Pierre et le loup au TNM, à partir de vendredi, et après le film très réussi de la Symphonie pastorale sur le mont Royal, entrecoupé de vues de Montréal et de danse, mais, hélas aussi, par le diffuseur Radio-Canada, dimanche, de publicités entre tous les mouvements, y compris ceux qui s’enchaînent, c’était, mardi, l’heure d’investir l’espace Yoop.

Un problème d’image

L’espace Yoop offre aux artistes la possibilité de jouer sur la scène de la salle Wilfrid-Pelletier devant des écrans où apparaissent les visages des spectateurs connectés. La chose est particulièrement agréable pour les humoristes, qui peuvent entendre les réactions à leurs blagues. En temps d’ouverture des salles c’était inutile pour la musique classique. Mais avec un public totalement absent des auditoriums l’opportunité prend un sens nouveau.

Yoop a beaucoup communiqué sur son application iOS et Android (tablettes et téléphones) au point d’occulter quelque peu le fait qu’il est bel est bien possible de regarder ses programmes sur ordinateur comme avec « DG Stage ». Tablettes et téléphones étant assez étrangers au monde du classique, on ne saurait dire si la soirée de mardi a été un franc succès commercial.

Sur le plan technique nous avons tenté de maximiser l’expérience (1080p) mais devant les incessants sauts d’image pendant l’ouverture des Noces de Figaro nous nous sommes très vite rabattus sur une qualité moyenne (480p) afin d’assurer la fluidité du signal vidéo, stable dans ces conditions. Le son manquait un peu de brillant et l’image était légèrement décalée (même phénomène que pour la 5e Symphonie de Beethoven de l’OSM à l’aéroport). Sur le plan visuel, la réalisation, globalement excellente, dans un décor lumineux et vivant, utilisait des caméras girafes pour créer du mouvement. La chose la plus étrange était le bruit de zombies en décomposition des applaudissements : une sorte de signal distordu à 2 bits et 11 kHz.

Loin du compte

Musicalement, Yannick Nézet-Séguin avait fait d’excellent choix pour un programme populaire et abordable. Il était difficile pour Susanne Taffot de n’intervenir « à froid » que dans un seul air aussi pur que Vocalise. Mais la chanteuse est excellente, nous l’avons déjà noté ici. La très tonique Symphonie italienne montrait qu’il est en fait très difficile de juger artistiquement une webdiffusion : l’excès de présence de la ponctuation des violoncelles dans la balance du 2e mouvement était-il une problématique interprétative ou une question de dosage des microphones ?

Bilan globalement très honorable. On ne reprochera certainement pas à l’OM de se démener pour les musiciens et le public plutôt que de rester assis à la maison à attendre des aides. Il faut saluer cet activisme comme il faut se féliciter de toutes les initiatives telles que Yoop ou le Concert bleu à venir. Mais, à court terme, pour que ça marche, il ne faudra pas avoir à passer de 1080p à 480p pour voir un concert ni avoir des déphasages son / image : 20 dollars, c’était le prix d’un ticket du Met Live HD au cinéma. On est très loin du compte en termes d’expérience, même si l’idée est bonne.

 

L’Orchestre Métropolitain en direct à L’Espace Yoop

Mozart : Ouverture des Noces de Figaro. Fung : Prayer. Grieg : 2 extraits de la Suite Holberg. Rachmaninov : Vocalise. Mendelssohn : Symphonie n° 4, « Italienne ». Susanne Taffot (soprano), Orchestre Métropolitain, Yannick Nézet-Séguin. Espace Yoop de la Salle Wilfrid-Pelletier, en direct mardi 13 octobre à 20 h. Accessible en différé jusqu’au mercredi 14 à 18 h.