Des dollars pour incuber l’art lyrique

Le premier effet du massif investissement sera la webdiffusion, le 22 octobre à 19 h 30, de «La bohème», de Puccini, présentée en 2017 à l’occasion du 375e anniversaire de Montréal, qu’on pourra regarder gratuitement, sur inscription.
Photo: Yves Renaud Le premier effet du massif investissement sera la webdiffusion, le 22 octobre à 19 h 30, de «La bohème», de Puccini, présentée en 2017 à l’occasion du 375e anniversaire de Montréal, qu’on pourra regarder gratuitement, sur inscription.

L’Opéra de Montréal annonce la réception d’une aide de 700 000 dollars du gouvernement du Québec dans le cadre de l’initiative « Ambition numérique » du ministère de la Culture et des Communications. Cet argent sera mis à profit pour créer un « incubateur numérique ».

L’Opéra de Montréal (OdM) veut voir son incubateur « au service du secteur de l’art lyrique québécois » et vise à « verser plus de 900 cachets aux artistes et aux artisans d’ici trois ans ». Ce dernier point est louable, puisque les aides annoncées récemment vont aux institutions et que l’on s’inquiète de la redistribution à un milieu exsangue, comptant de nombreux artistes indépendants.

L’OdM prévoit sept projets de diffusion en ligne de ses productions grâce à cette aide. « L’incubateur numérique explorera en profondeur les diverses formes de diffusion sur le web, les méthodes de monétisation, la découvrabilité de l’opéraen ligne et les partenariats locaux et internationaux potentiels qui feront rayonner les opéras des différentes compagnies lyriques du Québec », nous dit le communiqué. Ces compagnies partenaires sont l’Opéra de Québec, la Société d’art lyrique du Royaume, Chants libres, Musique 3 femmes et Ballet Opéra Pantomime.

Des consultants

En pratique, une discussion avec Patrick Corrigan, directeur général de l’Opéra de Montréal, ramène les concepts à des choses bien terre à terre. On apprend que l’incubateur est en fait « trois consultants experts qui vont nous accompagner dans nos projets numériques ». Ces trois personnes sont : « Delphine Poux, spécialiste numérique et des méthodes de monétisation ; Christian Roy, spécialiste de stratégie numérique, de l’usage des métadonnées et de la découvrabilité, et Isabelle Longtin de la Fabrique culturelle ».

Dans le communiqué, l’OdM considère que « l’aide financière […]permettra de rassembler les forces vives du secteur de l’art lyrique au Québec et de mettre en commun nos expertises afin de bâtir une stratégie numérique claire et durable. » Le projet numérique de l’OdM, dont le budget annuel est de 10 millions de dollars, coûtera en tout 1,5 million, selon les déclarations de Patrick Corrigan au Devoir. Les 700 000 dollars permettront sa réalisation.

Par contre, aucun argent ne va aux « compagnies partenaires ». « Nous ne nous engageons pas financièrement dans les projets de captation et de diffusion de nos partenaires, mais les consultants seront disponibles. Les sous octroyés vont à l’OdM pour financer nos projets de diffusion et de captation et pour créer cet incubateur qui va bénéficier aux partenaires », précise M. Corrigan. C’est donc l’expertise d’incubation qui sera partagée soit en gros : comment se faire repérer par les moteurs de recherche, comment perdre moins d’argent et comment se faire connaître. Il n’est même pas question de création d’une plateforme spécifique ; ce n’est donc pas un projet de type Concert bleu.

Renégocier

Le premier effet du massif investissement sera la webdiffusion, le 22 octobre à 19 h 30, de La bohème, de Puccini, présentée en 2017 à l’occasion du 375e anniversaire de Montréal, qu’on pourra regarder gratuitement, sur inscription.. Puis, les représentations en salle de La voix humaine de Francis Poulenc et L’hiver attend beaucoup de moi de Laurence Jobidon et Pascale St-Onge, mis en scène par Solène Paré, prévues du 29 octobre au 3 novembre, seront remplacées par une diffusion en ligne à partir du 5 novembre à 19 h 30 au coût de 20 dollars.

L’opéra ne peut pas tourner, alors il y a une importance de diffuser pour se rendre en région

 

Pour qui s’étonne que 700 000 $ soient nécessaires pour diffuser par exemple un programme antérieurement soutenu par le 375e de Montréal, Patrick Corrigan répond : « Oui, nous avions diffusé La bohème au stade Molson, mais il y a des peaufinements à faire et tous les cachets de tous les créateurs et techniciens doivent être renégociés pour cette diffusion. Cela monte le coût assez vite de mettre en ligne en HD 200 chanteurs, musiciens, techniciens, créateurs pour une seule présentation. » Ce poste de dépenses va absorber la majorité des coûts liés à la diffusion de trois œuvres déjà captées et quatre nouveaux projets. « C’est tellement cher à réaliser que nous sommes la seule compagnie au Canada à avoir cela. Nous sommes donc des leaders dans ce domaine », se réjouit M. Corrigan.

Mais, à la base, l’OdM a-t-il analysé les besoins du public ? « L’opéra ne peut pas tourner, alors il y a une importance de diffuser pour se rendre en région », croit M. Corrigan, qui insiste aussi sur l’importance institutionnelle pour l’OdM d’une présence en ligne. Quant à savoir si les objectifs auront été remplis et à partir de quels indicateurs on le saura, le directeur pense que « des recherches et données vont sortir de l’incubateur. Il va y avoir certainement une opportunité d’évaluer l’impact de tout cela : ce sera remis au gouvernement et partagé dans notre domaine pour comprendre l’impact de ce que nous faisons. »

À voir en vidéo