Les cours de musique se transportent en ligne

Jean-François Venne Collaboration spéciale
Le nouvel aménagement de la scène de la salle Claude-Champagne, à l’Université de Montréal, permet de respecter une distance d’au moins deux mètres entre chaque musicien.
Amélie Philibert, UdeM Le nouvel aménagement de la scène de la salle Claude-Champagne, à l’Université de Montréal, permet de respecter une distance d’au moins deux mètres entre chaque musicien.

Ce texte fait partie du cahier spécial Enseignement supérieur

La pandémie frappe doublement les départements de musique collégiaux et universitaires, logés au carrefour de l’éducation et du secteur culturel. Ils doivent repenser leur enseignement et les prestations publiques de leurs musiciens.

Les facultés de musique de l’Université de Montréal (UdeM) et de l’Université McGill ont adopté des stratégies différentes pour la session d’automne. La première conservera un certain nombre de cours en personne. La seconde n’offrira que des cours à distance, sauf dans le cas des leçons individuelles, lesquelles pourront se dérouler en personne.

« Nous avons établi une liste de cours prioritaires qui continueront d’être livrés sur place à l’Université et d’autres plus facilement transposables en ligne », raconte Nathalie Fernando, doyenne de la Faculté de musique de l’UdeM. La faculté aaussi réaménagé ses studios pour permettre la distanciation physique des étudiants qui viennent effectuer des répétitions chaque jour. L’épidémiologiste de l’UdeM, la Dre Caroline Quach, et le comité de protection de l’Université ont conseillé la faculté pour orienter ces changements.

À l’école de musique Schulich de l’Université McGill, on a plutôt décidé de n’offrir à l’automne que les cours qui pouvaient être suivis à distance. « Nous ne voulions pas risquer que des cours en personne soient interrompus pendant la session en raison d’un resserrement des consignes sanitaires », explique Stéphane Lemelin, directeur du Département d’interprétation de l’école de musique Schulich.

« Les quelque 500 leçons individuelles hebdomadaires ont été maintenues, mais déplacées dans des sallesplus vastes », ajoute-t-il. Mais les courspratiques d’ensembles (orchestre, orchestre à vent, musique de chambre, etc.) souffrent beaucoup de la pandémie. Les cours d’ensembles de musique classique, par exemple, sont carrément réduits au silence à l’automne à McGill. Ils seront remplacés par d’autres, plus théoriques.

Conserver le lien avec le public

En plus des cours, les étudiants en musique apprennent beaucoup en offrant des prestations devant des spectateurs. À McGill, toutes ces activités se voient toutefois annulées pour l’automne. Les récitals, par exemple ceux que les étudiants doivent donner devant un jury pour obtenir un diplôme, sont maintenus, mais sans public. Ils seront cependant diffusés en ligne.

L’UdeM a pour sa part réaménagé la scène de la salle Claude-Champagne afin de pouvoir respecter les mesuressanitaires entre les musiciens. La Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) exige une distance d’au moins deux mètres entre chaque musicien, ainsi qu’entre l’orchestre et son chef.

Le nouveau plateau, deux fois plus vaste que l’ancien, atteint presque la même dimension que celui de la Maison symphonique de Montréal. Cela permet aux grands ensembles de musique classique, d’opéra, de jazz, etc. de continuer à travailler. L’Orchestre de l’Université de Montréal y a repris ses répétitions.

« Pour les musiciens, s’exécuter devant des salles vides se révèle très frustrant et nous allons trouver des moyens de diffuser leurs prestations, précise Mme Fernando. Jouer pour un public constitue un aspect important de la formation et de l’évaluation. »

Se montrer flexible

Le Département de musique du cégep de Saint-Laurent avait pour sa part dû annuler toutes ses auditions d’admission en mars dernier. Réorganisé en urgence, le processus d’auditions a été repris à distance, avec des prestations musicales enregistrées et des rencontres sur Zoom.

Pour la session d’automne, environ 30 % des cours seront offerts en personne. « Nous privilégions les cours pour les nouveaux étudiants, qui ont généralement besoin d’un peu plus d’accompagnement que les autres », confie Jo-Anne Fraser, coordonnatricede programme du Département de musique. Les professeurs ont cependant tous été invités à planifier leurs cours de manière à ce qu’ils puissent rapidement être transposés en ligne si nécessaire.

Le cégep n’oblige aucun étudiant à assister à des cours en personne. « Si certains souhaitent suivre seulement des cours à distance, ils peuvent le faire, souligne Mme Fraser. Parexemple, des étudiants de régions éloignées ne sont pas rassurés à l’idée de venir s’installer à Montréal en ce moment et nous ne voulons pas qu’ils soient pénalisés. »

En mai, l’éclosion de COVID-19 avait aussi entraîné l’annulation des concerts devant public, qui devaient servir d’épreuves de synthèse de programme pour plusieurs étudiants. Le cégep travaille à élaborer une formulepermettant de tenir ceux prévus à lafin de la session d’automne, éventuellement en les diffusant en ligne.

Tous ces établissements sont donc amenés à revoir leurs méthodes. « C’est une occasion de réfléchir à l’avenir de nos programmes et de développer de nouvelles expertises en interne, notamment numériques », confie Mme Fernando.