Le Festival international Nuits d’Afrique, au rythme de l’automne

Les troubles politiques qui ont fait rage au Cameroun en 2017 ont incité le musicien Oluwa Banjo à s’installer à Montréal.
Marie-France Coallier Le Devoir Les troubles politiques qui ont fait rage au Cameroun en 2017 ont incité le musicien Oluwa Banjo à s’installer à Montréal.

« Soyez rassurés, nous ferons partie de la relance culturelle et économique ; nous y travaillons déjà », déclarait Suzanne Rousseau, directrice générale des Nuits d’Afrique… en avril dernier. De tous les organisateurs de festivals montréalais, son équipe fut la première à tirer un trait sur l’été pandémique pour se fixer l’objectif automnal, aujourd’hui atteint : dès dimanche, la 34e édition « réinventée » du festival des musiques métissées animera une poignée de salles de la métropole et diffusera des performances sur le Web dans ce qui passera pour un tour d’horizon des musiques d’ailleurs pourtant bien ancrées ici.

À Wesli l’honneur de présenter le traditionnel concert d’ouverture de ces Nuits d’Afrique ce dimanche, 20 h 30, au Club Balattou. L’auteur, compositeur et interprète d’origine haïtienne a sans doute un tas de nouvelles chansons à présenter, auquel cas il s’appuiera sur le matériel de l’excellent Rapadou Kreyôl, présenté il y a deux ans déjà.

Il n’est pas la seule étoile brillante des musiques métissées québécoises à avoir répondu à l’appel du festival : Ilam (3 octobre, Le National), Senaya (4 octobre, Balattou), le Gypsy Kumbia Orchestra (17 octobre, Le National), l’orchestre rap fusion Nomadic Massive (23 octobre, Le National), le maître de la kora Zal Sissokho (Le Gésù, 24 octobre) ou encore l’ensemble Afrodizz (28 octobre, Balattou) seront aussi sur les planches, à bonne distanciation, mais unis par le groove.

Le festival fait à nouveau la part belle aux musiciens d’Amérique latine. Le jeune Mateo avait juste eu le temps de lancer son premier EP Vengo de Frente en février dernier avant que le virus ne frappe ; il prendra sa revanche le 30 septembre au Balattou. Le duo de vétérans de la scène rap latine Sonido Pesao sera aussi au Balattou le 13 octobre, tout comme Ramon Chicharron (20 octobre) et l’orchestre El Son Sono (27 octobre).

Poussant entre les figures établies, la relève abonde sur l’affiche du festival. C’est aussi ça, les Nuits d’Afrique : partir à la découverte du monde. Du Cameroun, par exemple : hormis le regretté Manu Dibango, disparu en mars dernier des suites de la COVID-19, ou de l’immense bassiste Richard Bona, c’est toute une culture à découvrir.

Plusieurs cultures, même. « On dit du Cameroun que c’est l’Afrique en miniature », rappelle l’auteur-compositeur-interprète Oluwa Banjo, en concert au Balattou le 29 septembre. Plus de 300 langues sont parlées dans ce pays d’Afrique centrale, « c’est autant de cultures et de traditions musicales », note quant à lui Just Woan, leader de l’orchestre Bantü Salsa, en concert au Ministère le 14 octobre.

Tous deux originaires du Cameroun, Oluwa Banjo, issu du village de Tika au nord-ouest du pays, dans cette région (anglophone) nommée l’Ambazonie rêvant à son indépendance ; les troubles politiques ayant fait rage là-bas en 2017 ont incité le musicien à s’installer à Montréal avec ses chansons, où il travaille présentement sur son premier album. « Je fais ce que j’appelle de l’afrofusion, mais je préserve dans ma pop les influences bantoues, une influence musicale africaine typique, rythmée et dansante » à travers laquelle, décrit Oluwa Banjo, on reconnaîtra aussi le son du bikutsi, style musical typiquement camerounais.

Issu quant à lui de la communauté francophone du Cameroun, Just Woan – dont la carrière solo est déjà riche de quatre albums – a plutôt imaginé la rencontre entre la salsa et la musique des griots. « Bantü Salsa, c’est mon trip de musicien, dit Just Woan, bassiste-multi-instrumentiste et chanteur. J’ai toujours aimé la musique latine ; j’avais envie de laisser s’exprimer les similitudes entre la salsa et certaines musiques d’Afrique, celles interprétées avec la kora, notamment ». Kessaï, le premier album de Bantü Salsa, impressionnante fusion de salsa, de jazz et de rythmes africains, fut lancé… le 11 mars dernier. Ils seront neuf musiciens sur la scène du Ministère pour nous le présenter enfin.