Le bonheur du juste milieu à la salle Bourgie

À l’occasion de ce concert, le Nouveau Quatuor à cordes Orford s’est présenté dans une formation inédite, Douglas McNabney remplaçant à l’alto Eric Nowlin, retenu aux États-Unis.
Photo: Tam Photography À l’occasion de ce concert, le Nouveau Quatuor à cordes Orford s’est présenté dans une formation inédite, Douglas McNabney remplaçant à l’alto Eric Nowlin, retenu aux États-Unis.

Les meilleurs athlètes sont ceux qui se sont le mieux entraînés. La salle Bourgie a eu, depuis juin, l’occasion d’accueillir l’Orchestre Métropolitain en résidence d’été et de jauger ainsi la circulation des individus dans ses installations selon les protocoles sanitaires.

C’est possiblement cette expérience qui a permis à la salle attenante au Musée des beaux-arts de recevoir ses premiers visiteurs avec vigilance et sérénité. Le spectateur se sent bien, en sécurité mais sans chape, contrainte particulière ou situation étrange. Il s’agit d’un concert distancié, tout simplement, avec un plan de salle qui donne une sensation d’espacement mais nullement de « vide ».

Par ailleurs, contrairement à la Maison symphonique, dont l’acoustique est considérablement modifiée par la présence de 250 spectateurs et 1850 sièges vides, l’expérience musicale, à Bourgie, n’est pas modifiée. Seule la nature des concerts qui pourront y être présentés sera affectée puisque le nombre maximal de musiciens sur scène est de 15.

Photo: Tam Photography

Les fascinations de Jacques Hétu

C’est une grande composition québécoise qui a ouvert cette 10e saison de la salle Bourgie. Le 2e Quatuor à cordes de Jacques Hétu montre la différence fondamentale entre le compositeur québécois et son homologue et mentor français Henri Dutilleux. Si Dutilleux était très sceptique et mal à l’aise vis-à-vis de l’épanchement émotionnel et de la noirceur des derniers quatuors de Chostakovitch, ceux-ci semblent exercer une fascination profonde sur Jacques Hétu.

Le poignant 2e Quatuor est forgé sur ce modèle : un motif mélodique lancinant et circulant d’un instrument à l’autre dans le 1er volet, un intermède pugnace et lacérant, fugace révolte avant un Finale très intime, composé à la mémoire de la défunte mère du compositeur.

À l’occasion de ce concert, le Nouveau Quatuor à cordes Orford s’est présenté, notamment pour l’un des quatuors médians de Beethoven, dans une formation inédite, Douglas McNabney remplaçant à l’alto Eric Nowlin, retenu aux États-Unis.

Cette substitution n’a eu aucune influence notable dans Hétu. Dans Beethoven, une petite aspérité dans le 2e mouvement n’était guère d’importance, mais des limites notables sont apparues dès l’abord du très virtuose Finale. Cela dit dans l’ensemble ce fut une belle interprétation, illuminée par le violon d’Andrew Wan et sa dynamique complicité avec Jonathan Crow. Pour aller plus loin dans l’Opus 59 n° 3, on peut jeter un coup d’oreille à la récente version du Quatuor Ebène (Warner), vertigineuse. Presque trop…

Un tel concert faisait du bien, d’autant que nous n’y avions jamais vraiment l’impression d’être privés de quelque chose. C’est précieux ces temps-ci.

 

Concert d’ouverture de la salle Bourgie

Nouveau Quatuor à cordes Orford (Andrew Wan, Jonathan Crow, Douglas McNabney, Brian Manker). Hétu : Quatuor à cordes n° 2 (1991). Beethoven : Quatuor à cordes opus 59 n° 3. Salle Bourgie, mercredi 16 septembre.