Beethoven rayonnant et protocoles améliorés

On sentait  l’affinité du chef Bernard Labadie avec l’OSM dans les concerts  de samedi et  de dimanche.
Antoine Saito On sentait l’affinité du chef Bernard Labadie avec l’OSM dans les concerts de samedi et de dimanche.

C’est, fort heureusement, une expérience de concert très nettement améliorée par rapport à la soirée d’ouverture que la Place des Arts a su apporter samedi et dimanche aux spectateurs des concerts de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM).

Les leçons des errements de vendredi ont été tirées rapidement. L’organisation est désormais quasi militaire : l’absurde comptoir de filtration a été déplacé à un endroit logique, les pastilles de distanciation sur le sol abondent aux bonnes places, de même que les distributeurs de gel hydroalcoolique. Les spectateurs du parterre et de la corbeille sont intelligemment divisés au bon moment. Guidés et canalisés avec rigueur, ils entrent par des portes séparées et suivent des parcours clairs. C’est ce à quoi on s’attendait d’emblée.

Une nouvelle expérience

Savoir si, avec ce rituel de caserne, l’absence de contacts interpersonnels et la suppression des entractes, la « sortie au spectacle » reste enviable est l’affaire de chacun. Ce que les mois prochains vont révéler, c’est la part de la soif de spectacle vivant et la part du rituel social dans la consommation culturelle. L’un des enjeux pour les organisateurs qui le peuvent pourrait être d’attirer la clientèle à venir tôt et de leur offrir une expérience de buvette améliorée avant le concert : on le voit se dessiner à la Maison symphonique.

Pour les institutions autant que pour la Santé publique, il est important d’aller de l’avant. Important de montrer qu’avec des mesures claires, des rassemblements codifiés peuvent se tenir. Important de garder le contact avec le public, contact qui passera désormais aussi par la vidéo et la consommation à domicile.

À ce titre, l’OSM va avoir un bien beau produit à vendre le 22 septembre avec son concert de la 35e Symphonie de Mozart et du Concerto pour violon de Beethoven.

Beethoven intime

Ce week-end, l’OSM avait été scindé en deux formations. On sent l’affinité de Bernard Labadie avec l’orchestre mené, samedi, par le violoniste Olivier Thouin, très réactif et subtil dans Mozart, et avec lequel il a pu fournir un écrin souple (vrai Larghetto !) aux nuances millimétrées à James Ehnes. Le soliste manitobain a remercié l’OSM sur les réseaux sociaux pour un « concert très spécial », qu’il « n’oubliera jamais ». Nous non plus, car dans l’Opus 61 de Beethoven, le plus difficile, c’est ce qu’Ehnes, Labadie et l’OSM ont fait samedi : l’intimisme rayonnant, la justesse, la classe et le tact.

Cette ligne esthétique était celle, aussi, de la Pastorale dimanche, nourrie de subtilités dans les équilibres (contrebasses dans I, phrases qui s’enchaînent entre les pupitres de bois dans II) avec une attention portée à la précision des dynamiques, aux notes tenues ou accentuées et le choix d’un vrai Allegretto en V.

Bonheur de revoir Marie-Nicole Lemieux et Karina Gauvin dans des airs parfaitement choisis pour l’entretien de leurs voix. Deux petites curiosités : l’air « Non temer… » était à violon obbligato au lieu du piano, qui aurait sans doute pris trop de place, et l’ouverture Don Giovanni n’était pas jouée avec sa fin de concert la plus usuelle. Deux ultimes points : la COVID-19 semble avoir éradiqué les toussotements dans les salles et, avec 250 spectateurs, le son est nettement mieux défini et balancé (graves) à la corbeille qu’au parterre.

À voir en vidéo

«Les poèmes amoureux de Mozart et Beethoven»

Mozart : Symphonie n° 35 « Haffner », Beethoven : Concerto pour violon. James Ehnes (violon), Bernard Labadie (direction). Maison symphonique de Montréal, samedi 12 septembre 2020.

«Airs de Mozart et Symphonie pastorale»

Mozart : Ouverture de Don Giovanni. Airs « Ombra felice » et « Non temer, amato bene ». Beethoven : Symphonie n° 6, « Pastorale ». Marie-Nicole Lemieux (contralto), Karina Gauvin (soprano), Bernard Labadie (direction). Maison symphonique de Montréal, dimanche 13 septembre 2020.