Priori à plein volume

Le DJ  Francis Latreille proposera  demain soir  une performance en direct.
Marie-France Coallier Le Devoir Le DJ Francis Latreille proposera demain soir une performance en direct.

Il y a un peu plus d’un an, Priori a eu l’honneur d’offrir la performance de clôture de la 20e édition du festival MUTEK, aux belles heures de la nuit : « La salle était super, il devait y avoir trois ou quatre cents personnes qui dansaient, c’était euphorique, se rappelle-t-il. Cette année, le contexte est complètement différent… »

Francis Latreille a eu 30 ans hier. DJ depuis dix ans, compositeur électronique depuis huit, cofondateur de l’étiquette NAFF avec son ancien coloc Adam Feingold (alias Ex-Terrestrial), il a développé une affinité avec ces gens qui peuplent les planchers de danse d’ici — on l’a entre autres souvent entendu au bar Datcha ou au Piknic Électronique — et d’ailleurs. La performance en direct qu’il proposera demain soir, élaborée à l’aide d’un ordinateur, d’un synthétiseur modulaire et d’une boîte à rythme, en témoignera.

« Ce que je trouve vraiment important lors d’une performance, c’est de pouvoir contrôler la durée de certaines séquences ; ça permet de répondre à la réaction des gens dans la salle », en étirant certains passages qui semblent mieux faire danser, ou qui génèrent une réponse particulière de l’auditoire. « C’est plaisant, c’est comme avoir un dialogue avec les gens dans la salle. »

Ou devant leur écran, puisque la capacité de la SAT est réduite à 45 personnes seulement. La majorité des spectateurs prendront part à la soirée Nocturne 2 (avec des créateurs aussi variés que Myriam Boucher et T. Gowdy, entre autres) « depuis leur salon, à l’heure du dessert », s’imagine Latreille. « Oui, je fais de la musique pour danser, mais demain, je vais essayer de proposer quelque chose qui s’apprécie assis », avec une sélection de matériel original inédit, un mélange de « nouveaux démos, de brouillons de pièces prévues pour mon prochain album et d’autres compositions qui ne sortiront probablement jamais ».

Un doux techno

Sous Priori, Francis Latreille diffuse un techno qui se déploie en douceur, mais avec cadence, explorant une palette sonore rappelant le bon son électronique anglais des années 1990 : « Grandissant en banlieue, les sons shoegaze et IDM résonnaient beaucoup en moi — tout ce qui semble un peu mélancolique dans la musique électronique. C’est pour ça que [le profil musical de l’étiquette] Warp était important pour moi à l’époque : les artistes faisaient de la musique de machine, mais capable de transmettre de profondes émotions. » Ça l’a aiguillé à développer sa propre signature sonore avec Priori, soit une musique entre techno et deep house « qui peut exister dans deux mondes, c’est-à-dire être plaisant dans un club ou un rave, mais aussi chez soi, à la maison ».

Or, le matériel qu’on découvrira demain soir risque d’être différent de celui que Priori présentait il y a deux mois sur le EP SCN : « En tant qu’artiste, je sens qu’on est un peu comme une éponge, c’est-à-dire que le contexte dans lequel on travaille va influencer notre création. » Le confinement devrait s’entendre dans ses nouvelles compositions, qu’il décrit comme « plus patientes, plus minimalistes. Je note une différence dans la musique que j’ai envie de composer [depuis le début de la pandémie]. Le fait de ne pas être exposé au nightlife change la musique que je fais. »

« Ça me manque de me retrouver avec des gens que j’apprécie, à écouter de la musique sur un gros système de son », avoue Priori. On ne dansera peut-être pas beaucoup demain, mais sous le dôme de la SAT, le volume devrait être généreux : « La musique qu’on fait, nous les producteurs électroniques, s’apprécie différemment lorsqu’elle joue dans un système de son adéquat et à bon volume. Il y a une physicalité à notre musique, à cause notamment des basses fréquences, et en ce moment, je pense que c’est ce qui manque à plusieurs personnes, moi itou. Ça, et la beauté de rassembler les gens. »

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