Un automne classique en construction

Charles Richard-Hamelin sera à Québec pour les «Préludes» de Chopin entre ses deux concerts à la salle Bourgie de Montréal en octobre.
Photo: Élizabeth Delage Charles Richard-Hamelin sera à Québec pour les «Préludes» de Chopin entre ses deux concerts à la salle Bourgie de Montréal en octobre.

Hourra, nous avons un automne musical ! La chose n’allait pas de soi. À 500 kilomètres au sud, à New York, Carnegie Hall est fermé, le Metropolitan Opera et Broadway aussi, et le Philharmonique y attend des jours meilleurs. Certes, L’Europe voit les choses plus en grand, mais l’espace y est plus ouvert. Pour le moment.

Élaborer un portrait des saisons musicales, c’est en général faire la synthèse de projets établis longuement à l’avance.

Cet automne, il se pourrait très bien que l’événement le plus couru, au hasard, le retour de Kent Nagano pour ses adieux, quelque part autour du 20 octobre, soit un projet qui n’a absolument pas été annoncé, dont nous n’avons aucune idée et qui ne figure encore à aucun calendrier !

Comme nous l’écrivions en juin, « le court terme, et peut-être le moyen, va sourire à ceux qui ont la capacité de monter avec réactivité des projets créatifs en fonction des règles de l’heure, des attentes et du vivier artistique disponible ». Un Festival Bach aura lieu du 19 novembre au 6 décembre 2020. Mais avec quel contenu ? On en connaît en tout cas le concert final, inespéré : une Messe en si dirigée par Yannick Nézet-Séguin, qui a recentré toutes ses activités sur Montréal et Philadelphie, au grand dam de l’Orchestre de la Radio bavaroise qui l’aime tant.

Hardi OSM

La problématique du Festival Bach, ce sont les invitations internationales. Quand bien même un artiste accepterait de se soumettre à la quarantaine canadienne, de plus en plus de pays européens exigent désormais une quarantaine au retour. L’Orchestre symphonique de Montréal, le plus hardi en matière d’invitations, nous amènera Susanna Mälkki du 30 septembre au 2 octobre, John Storgårds du 18 au 22 novembre et Pablo Heras-Casado du 24 au 26 novembre, dans une saison sans directeur musical lancée par Bernard Labadie en fin de semaine.

250 spectateurs sont admis en salle pour le moment pour des concerts, en général, de 60 à 75 minutes sans entracte. L’Orchestre Métropolitain les a doublés et ne sait comment gérer l’afflux, d’autant que tous sont dirigés par Yannick Nézet-Séguin, à commencer par Le chant de la terre (version réduite) le 20 septembre à 13 h et 16 h, suivi de la version originale du Requiem de Fauré (16 octobre), la 40e de Mozart (6 novembre) et la 5e de Mendelssohn (20 décembre). D’ici là, on espère qu’on aura augmenté le quota de mélomanes admis dans les salles.

Cette augmentation ne touchera pas la salle Bourgie qui, avec la distanciation, va rapidement plafonner, de même que la salle Claude-Champagne, où l’Université de Montréal construit une « super-scène » pour permettre à son orchestre de se produire, ce qui réduira la capacité utile à 150 spectateurs. L’Université de Montréal fait partie des organismes qui, pour l’heure, réservent encore leurs annonces, comme Les Boréades, I Musici ou Clavecin en concert. Quant à l’Opéra de Montréal, on le sait en veilleuse pour l’automne.

Arion ne donnera qu’un concert à Bourgie les 7 et 8 novembre, sans chef, avec un orchestre scindé en deux et deux programmes différents. C’est qu’au moment de reconsidérer la saison d’Arion, la scène de la salle Bourgie ne pouvait contenir que onze musiciens. Avec une distanciation des cordes ramenée à 1,5 m par la Santé publique début septembre, ils pourront désormais être quinze.

Prolixe salle Bourgie

La salle Bourgie (125 places) a publié 56 concerts qui se tiendront entre le 16 septembre et 20 décembre. Parmi les temps forts : l’ouverture avec le Nouveau Quatuor Orford, le 16 septembre, les Préludes de Chopin avec Charles Richard-Hamelin les 6, 7, 26 et 27 octobre, et l’intégrale des sonates pour piano de Beethoven par Louis Lortie du 14 au 18 octobre et du 9 au 15 novembre.

La salle Bourgie plonge aussi dans le « nouveau modèle » du concert vivant et numérique avec ATMA classique : cinq concerts seront captés et diffusés sur la plateforme Livetoune. L’OSM, aussi, enregistrera des concerts en vidéo et les diffusera sur son site, moyennant une contribution minimale. McGill a pour l’heure programmé cinq concerts Beethoven webdiffusés, alors que Le Vivier dit avoir programmé « dix concerts en direct et leur retransmission ».

L’Orchestre symphonique de Laval se projette carrément dans les cinémas dans un automne entièrement numérique avec trois concerts symphoniques et un concert d’Halloween relayés dans dix salles Cinéspectacle au Québec. Coup d’envoi entre le 4 et le 24 octobre avec « Classiques à la demande ».

Septembre bien rempli

Si l’on raisonne en termes de calendrier, le mois de septembre s’annonce déjà bien rempli. Le Ladies’ Morning se lance en fin de semaine, dimanche à 15 h 30 à la salle Pollack, avec le Quatuor Rolston, tout comme Le Vivier, dès samedi, avec une journée autour de l’eau articulée autour de son projet Bruit de l’eau. Le Festival de Lanaudière organise à la cathédrale de Joliette deux fins de semaine de concerts les 18, 19, 20 et 25, 26 et 27 septembre, avec, respectivement, l’OM, Les Violons du Roy, James Ehnes, Marc-André Hamelin, Adrianne Pieczonka et l’OSM. Le 22 septembre, l’ensemble Paramirabo fêtera ses dix ans au Gesù, et la SMCQ débutera le 27 septembre avec un concert autour de Galina Ustvolsaïa avant d’enchaîner les premiers de dix récitals avec Brigitte Poulin et Jean Marchand (octobre), Louise Bessette (novembre) et le Chœur de la SMCQ (décembre).

Ensuite, assurément, de l’eau viendra s’ajouter au moulin. Vous aurez été prévenus d’emblée.

À Québec

Le Club musical de Québec a annulé les venues d’artistes internationaux. Les remplacements ne sont pas encore annoncés, mais Charles Richard-Hamelin sera de passage à Québec pour les Préludes de Chopin entre ses deux concerts à Bourgie en octobre.

Les Concerts Couperin proposeront deux programmes à la Chapelle du Musée de l’Amérique francophone, l’un avec le baryton Hugo Laporte, l’autre avec le pianiste Mathieu Gaudet.

L’Opéra symphonique de Québec fait relâche comme toutes les maisons d’Amérique du Nord, mais à l’OSQ, on ne chômera pas en octobre avec les venues des chefs Alexander Prior, Johannes Debus et Bramwell ToweyBlake Pouliot jouera le Concerto pour violon de Barber, et Kerson Leong et Stéphane Tétreault ont été associés dans le Double concerto de Brahms.

Les Violons du Roy ouvriront leur saison le 25 septembre avec Jean-François Rivest et Charles Richard-Hamelin dans le 23e Concerto de Mozart et la 4e Symphonie de Mendelssohn. Ils donneront notamment un grand concert « Bach Buxtehude, la foi partagée » dirigé par Bernard Labadie, les 4 et 5 novembre à Québec. De leurs dix concerts, c’est l’un des trois programmes également présentés à Montréal (le 7 novembre à la Maison symphonique), les deux autres étant un florilège de bijoux baroques dirigé par Luc Beauséjour du 9 au 11 octobre et des transcriptions de Bach réalisées et proposées par Jean François Rivest les 26 et 28 novembre.