James Ehnes retrouve le public avec l’OSM

«Les Recitals from Home» de James Ehnes lui ont permis d’expérimenter un «contact direct avec le public, sans intermédiaire», lors du confinement.
Photo: Ben Ealovega «Les Recitals from Home» de James Ehnes lui ont permis d’expérimenter un «contact direct avec le public, sans intermédiaire», lors du confinement.

Vendredi, l’OSM, sous la direction de Bernard Labadie, lance la saison musicale 2020-2021, celle dont on sait comment elle commence, mais dont personne ne peut anticiper le cours. Le grand violoniste canadien James Ehnes, soliste vedette des concerts de samedi, a été l’un des artistes les plus entreprenants sur Internet pendant la pandémie.

Pour James Ehnes, comme pour d’autres sur scène, les deux concerts de samedi, en après-midi avec Charles Richard-Hamelin et, en soirée, dans le Concerto pour violon, avec l’OSM et Bernard Labadie, seront les premières rencontres avec le public depuis mars. Imaginer ne voir qu’un dixième de la salle remplie ne lui fait pas peur. « Quand j’étais enfant, à Brandon, au Manitoba, Anton Kuerti est venu un jour de blizzard et la salle de 800 personnes n’était remplie que de 60 auditeurs. Il est monté sur scène et nous a dit : “À l’époque de Mozart, cela aurait été un grand honneur de jouer devant autant de monde. C’est donc un honneur pour moi de jouer pour vous aujourd’hui.” Il nous a fait approcher de la scène et a joué comme s’il donnait un récital à Carnegie Hall. »

« Seul le public présent compte et j’espère que nous lui donnerons quelque chose de spécial », ajoute le musicien depuis le chalet où, avec son épouse et ses enfants, il effectue sa quarantaine de retour des États-Unis.

Un entrepreneur audacieux

Nombre d’artistes se sont exprimés pendant le confinement en s’enregistrant avec leur iPhone dans leur salon et en publiant des clips sur Facebook ou sur YouTube. Mais un jour, nous avons découvert James Ehnes dans un décor sobre et épuré vendant à ses admirateurs des miniconcerts dans lesquels il couplait une sonate ou unepartita de Bach avec une sonate d’Ysaÿe. James Ehnes avait transformé une partie de son domicile en studio d’enregistrement après avoir investi dans des microphones (Telefunken M60 Master Set), une interface audio (Audient iD44), des trépieds, un éclairage professionnel et un logiciel de montage vidéo.

« J’aime jouer et il fallait essayer de générer des revenus. Avec ma famille, nous n’étions pas dans une position où il était question de s’assoir dans un fauteuil en attendant que cela se passe. » Ces Recitals from Home ont été importants pour permettre à l’artiste de se concentrer et de travailler, mais aussi pour expérimenter un « contact direct avec le public, sans intermédiaire, présentateur ou commanditaire. J’ai volontairement renoncé à toute commandite, car je voulais voir s’il y avait dans cette relation directe un modèle d’affaires viable », résume James Ehnes qui avoue ne pas connaître la réponse à ce jour.

« Je m’estime chanceux d’avoir pu, à domicile, réaliser un produit dont je puisse être fier et que je n’ai pas à considérer comme un projet circonstancié. Bien des choses produites ces derniers mois l’ont été pour l’occasion, mais ne sont pas du calibre d’un produit artistique durable », analyse-t-il.

Le violoniste canadien a contribué à plusieurs entreprises numériques : « Nous avons transformé mon festival de la Société de musique de chambre de Seattle en événement de streaming, avec 12 concerts, et avons vendu en nombre des abonnements payants parce qu’il s’agissait d’enregistrements nouveaux et exclusifs en direct. » Il a aussi participé au lancement de la plateforme Dreamstage.

« J’ai été fier de contribuer ainsi à aller de l’avant. Beaucoup d’organisations, entre mai et juillet, ont simplement fermé, annulé leurs saisons et dit : “On ne peut rien faire.” Mais “rien” n’est pas une réponse. »

De son expérience personnelle, de pay per view, le modèle qui marquera les mois à venir, James Ehnes retient qu’il y a « un afflux initial de gens qui veulent voir le programme dès qu’il est mis en ligne, puis cela ralentit, se stabilise et remonte au moment où le programme suivant est mis en ligne ». L’épisode le plus vendu n’est pas celui qu’il pensait : « J’imaginais que le succès serait fonction de la popularité du répertoire, par exemple que le programme avec la Partita en ré mineur de Bach vendrait le plus. Ce n’est pas vraiment le cas. Le résultat est fonction de la durée de la mise en ligne ; plus c’est sur le Net depuis longtemps, plus il y a de clients. »

Beaucoup d’organisations, entre mai et juillet, ont simplement fermé, annulé leurs saisons et dit: “On ne peut rien faire.” Mais “rien” n’est pas une réponse.

 

À Montréal

L’OSM aussi va expérimenter le pay per view, puisque les trois concerts de samedi et de dimanche seront mis en ligne les mardis à raison d’un par semaine. Les spectateurs en ligne devront verser une contribution minimale de 10 dollars. Vendredi soir, Bernard Labadie dirigera Coriolan et la 1re Symphonie de Beethoven ainsi que des airs de Mozart, avec Karina Gauvin et Marie-Nicole Lemieux, un concert webdiffusé gratuitement en direct. Dimanche, ce sera la Symphonie pastorale couplée avec d’autres airs de Mozart.

L’OSM n’est pas le seul organisme à s’activer dès cette fin de semaine. Le Vivier ouvre sa saison au Gésu avec une « Journée de l’eau », qui débutera samedi à 15 h et, dimanche, le Ladies’Morning Musical Club accueillera, à 15 h 30, à la Salle Pollack, le quatuor Rolston dans le Quatuor op. 74 n° 3 de Haydn et le Quatuor op. 59 n° 1 de Beethoven. Le vénérable Ladies’Morning a d’ailleurs changé son automne, programmant pour sa 129e saison des artistes canadiens : Matt Haimovitz, Stewart Goodyear, Blake Pouliot et le Nouveau Quatuor Orford.

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