L’innovant MUTEK face à l’inconnu

Cette année,  le festival fait  la part belle  aux créateurs d’œuvres plus contemplatives que dansantes, comme le duo Eauforte, composé de l’artiste sonore Mimi Allard et du musicien et programmeur Gabriel  Lavoie Viau.
EauForte Cette année, le festival fait la part belle aux créateurs d’œuvres plus contemplatives que dansantes, comme le duo Eauforte, composé de l’artiste sonore Mimi Allard et du musicien et programmeur Gabriel Lavoie Viau.

Après le Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue, au tour de MUTEK de tester les eaux troubles de l’organisation d’un festival en temps de pandémie. Dès ce soir et jusqu’à dimanche, le rendez-vous des amateurs de musiques électroniques de pointe et d’arts numériques occupera la Société des arts technologiques (SAT), la Cinquième Salle de la Place des Arts et le Web avec une affiche faisant la part belle aux créateurs d’œuvres plus contemplatives que dansantes, comme Mimi Allard et Gabriel Lavoie Viau, artistes sonores et inventeurs d’instruments numériques.

Sur papier, leur démarche paraît complexe. L’œuvre 4:3, que le duo présentera jeudi à la Cinquième Salle, « explore les rapports d’accord basés sur les mathématiques, ainsi que la synthèse de modulation de fréquence », peut-on lire dans le programme. Il y est question de synthèse modulaire, d’ondes sinusoïdales, de machines générant aléatoirement des phrases musicales, de programmation informatique permettant à Gabriel Lavoie Viau d’inventer de nouveaux instruments de musique et de l’intonation juste, présentée par la paire comme le plus ancien système d’accordage d’instrument, remontant à plus de deux mille ans avant notre ère.

En vérité, le travail de Mimi et de Gabriel — cousins dans la vie et collaborateurs dans la création — paraît beaucoup plus simple et serein lorsqu’on s’y attarde. Les timbres, les harmonies, les structures qui s’appuient parfois sur des effets de répétition rendent leurs créations agréables à l’oreille. « On part de concepts physiques, mathématiques, musicaux, qui servent de porte d’entrée, de prémisse nous permettant de partir ensemble dans un trip et de construire des instruments qui nous amènent à des endroits inattendus », explique Gabriel. « Notre trajectoire à travers nos derniers projets part de quelque chose de conceptuel pour aller de plus en plus vers le son, la musicalité. »

On part de concepts physiques, mathématiques, musicaux, qui servent de porte d’entrée, de prémisse nous permettant de partir ensemble dans un trip et de construire des instruments qui nous amènent à des endroits inattendus

 

« On fait coexister des sons programmés par ordinateur avec d’autres issus d’un système de synthèse », ou un synthétiseur, dit simplement. Pour leur performance, le duo travaillera avec « quelques autres petits bidules sonores et, de plus en plus dans notre démarche, d’autres éléments, tels qu’une vraie cymbale ou un micro pour utiliser la voix — qu’on n’entendra jamais telle quelle, mais qui servira de générateur de sons », explique Mimi Allard, qui compare sa pratique d’artiste sonore à celle d’un sculpteur de sons.

Les cousins, qui ont commencé à travailler ensemble il y a moins de deux ans, se complètent par leurs pratiques, assure Mimi. Compositeur au cinéma et au théâtre, Gabriel profitera de sa maîtrise en composition et en composition sonore pour raffiner les modules de synthèse qu’il a inventés ; quant à Mimi, elle a plutôt fait sa formation en études intermédias et art vidéo, travaillant beaucoup la musique à l’image et la conception sonore — elle a fait partie de la petite équipe, pilotée par Sylvain Bellemare, qui a conçu le design sonore du long-métrage Arrival, de Denis Villeneuve, grâce auquel elle a remporté un Oscar (Meilleur montage sonore) en 2016.

« Pour ce spectacle, je pense qu’on veut aller au-delà de structures attendues ou de styles pour découvrir quelles réactions certains sons qu’on génère provoquent, naturellement », espère Gabriel. Mimi : « Je pense qu’il y a beaucoup d’émotion dans ce qu’on fait. […] Oui, il y a des algorithmes et des trucs comme ça dans notre démarche, mais ce qu’on fait n’est pas froid ou distant. […] Quand ça devient trop cérébral, j’aime moins ça, c’est à ce moment-là [dans la performance] que je m’en remets à l’instinct pour trouver du feeling. »

 

Rendez-vous à MUTEK

Bleue

L’auteur-compositeur-interprète Patrick Watson a trouvé le moyen de s’insérer dans la programmation de MUTEK avec ce projet intitulé Bleue, où on l’entendra jouer du piano en compagnie de son acolyte Mishka Stein, à la basse, et du batteur Saw Woywitka. On y jouera des synthés modulaires lors de ce qui est présenté comme « une étude sur la mélancolie électronique ».

Expérience 1, SAT, 9 septembre, 21 h

Pelada

Nous avons hâte de voir comment la colère et l’énergie de l’explosif duo montréalais Pelada fera écho auprès du public distancé de la Cinquième Salle. Paru l’an dernier, leur fantastique brûlot Movimiento Para Cambio est toujours aussi d’actualité ; en première partie, Tati au Miel risque de nous brasser tout autant les tympans avec une techno expérimentale bruyante.

Play 5, Cinquième Salle de la Place des Arts, 10 septembre, 21 h 30

Softcoresoft

Le premier Nocturne de MUTEK s’annonce alléchant, avec la découverte Neo Edo et trois valeurs sûres de la scène électronique montréalaise : Musique Nouvelle, CMD et la compositrice et DJ Softcoresoft, cofondatrice de l’étiquette Humidex.

Nocturne 1, Satosphère de la SAT, 11 septembre, 22 h 55

Flor de Fuego

En plus des performances en salles retransmises sur le Web, une portion de la programmation de MUTEK a été confiée aux festivals satellites japonais, mexicains, californiens et argentins. Ainsi, Flor de Fuego, nom de scène de la compositrice et programmeuse en temps réel (live coding) Florencia Alonso, diffusera en direct depuis Buenos Aires son projet Fractal, « explorant les relations réciproques entre musique, visuels, programmation et poésie ».

Connect MUTEK.AR 2, montreal. mutek.org, 12 septembre, 18 h (première diffusion)


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