Le périple pas comme les autres

Au niveau de l’interprétation, Yannick Nézet-Séguin ne cède pas à la doctrine musicologique mais construit son propos avec sensibilité.
Photo: François Goupil Au niveau de l’interprétation, Yannick Nézet-Séguin ne cède pas à la doctrine musicologique mais construit son propos avec sensibilité.

Au début, il s’agissait de faire se retrouver le plus de musiciens possible, dès juin, afin de cultiver l’esprit de corps de l’Orchestre Métropolitain. On enregistrerait en vidéo les huit premières symphonies de Beethoven à la salle Bourgie vidée de ses fauteuils et on verrait bien ce qu’il adviendrait. À l’époque, pas question de Neuvième. D’abord, pas question de célébrer quoi que ce soit, et puis le chant choral était une activité supposée dangereuse.

Au bout de l’aventure, il y a une intégrale diffusée sur une plateforme internationale d’une étiquette prestigieuse qui met la lumière sur la qualité, l’engagement et la discipline des musiciens québécois et révèle l’écrin de la salle Bourgie. Ce cadre habille la musique, mais les caméras n’en ont jamais fait un personnage (à coups de gros plan sur les vitraux par exemple). L’attention est restée focalisée sur la musique et l’interaction entre le chef et les musiciens. La Neuvième montre d’ailleurs que cette interaction est de mieux en mieux cernée par les caméras.

La salle Bourgie reste l’atout et la limite de l’entreprise. François Goupil et son équipe ont beau avoir fait des miracles en matière de prise de son, la réverbération est à la limite supérieure de ce qui est tolérable dans l’univers symphonique afin de suivre clairement les imbrications des phrases et la netteté des traits. Par contre, à chaque étape du périple des leçons ont été tirées. Les clés de l’éclairage et de la balance colorimétrique ont été trouvées dans les deux derniers épisodes (Symphonies nos 1, 3, 9), où ont aussi été abandonnés les fondus au noir entre les mouvements. Le Devoir a appris que dans le cadre des rediffusions à rebours du cycle (nos 7 et 8 le 11 septembre ; nos 5 et 6 le 18, nos 3 et 4 le 25, nos 1 et 2 le 2 octobre) les premières symphonies diffusées allaient être calibrées à ce standard.

Des leçons

Le cycle a apporté une réponse à ceux qui disaient que Beethoven à deux mètres de distanciation, cela ne marcherait pas. L’orchestre a trouvé ses marques, s’écoute, et les bois ressortent merveilleusement. Le chef, les musiciens et les techniciens ont créé une cohérence sonore qui perdure dans la Neuvième, même si l’orchestre est placé dans la salle à l’envers par rapport aux huit autres symphonies.

L’existence d’une Neuvième permise par l’élaboration d’un protocole sanitaire soigneux, ajoute à cela que le Finale peut se chanter à 24 voix solides dans une salle de ce modeste volume (cf. l’impact de la tenue à 55’15). Par contre, la réverbération enrobant la prononciation, il aurait fallu que le chœur « crache » littéralement les consonnes pour que le texte ressorte un tant soit peu. Les excellents solistes, placés derrière le chef, détachés et intelligibles, n’ont pas ce problème.

Au niveau de l’interprétation, Yannick Nézet-Séguin ne cède pas à la doctrine musicologique (ces Neuvièmes toniques, liquidées en 61 ou 62 minutes, qui se multiplient en ce moment) mais construit son propos avec sensibilité. Parmi les temps forts, les jeux de crescendos (22’37) mais aussi de decrescendo des timbales dans le deuxième mouvement, et nombre d’interventions de cor, clarinette et de basson dans le troisième mouvement. Au niveau de la finition, tout n’est pas d’une qualité « disque de studio » (par exemple, les cordes graves à 47’33), mais lorsqu’en juin 2021 l’OM donnera son marathon Beethoven à la Maison symphonique, sur la foi de cette vidéo, de toutes les symphonies, le mouvement que nous attendrons le plus est l’« Adagio molto e cantabile » de la Neuvième.

C’est Beethoven à son plus humain, son plus vulnérable.

L’été Beethoven — Finale: Symphonie n° 9. Marianne Fiset (soprano), Rihab Chaieb (mezzo-soprano), Frédéric Antoun (ténor) et Russell Braun (baryton), Chœur, Orchestre Métropolitain, Yannick Nézet-Séguin. Enregistré à la salle Bourgie début août 2020. Diffusion « DG Stage » jusqu’à dimanche 6 septembre 14 h (9,90 euros).

1,5 m : nouvelle norme au coeur des orchestres

Publiée très discrètement en milieu de semaine, une version amendée du « Guide de normes sanitaires pour le secteur des arts de la scène, les salles de spectacle et les cinémas – COVID-19 » contient la mesure suivante : « Chaque chanteur et chaque musicien d’un instrument à vent doit garder une distance minimale de 2 mètres des autres personnes ou être séparé par une barrière physique (cloison pleine). Les autres musiciens peuvent être assis à 1,5 mètre de distance entre eux tout en restant à 2 mètres du chef d’orchestre ». Le guide ne fait aucune mention des modifications effectuées par rapport à son édition précédente ou ne les souligne en rien. Mais en termes clairs, toutes les cordes, les claviers, les percussions, les harpes passent dès aujourd’hui d’une distanciation de 2 mètres à 1,5 m, ce qui permettra potentiellement d’augmenter le nombre d’instrumentistes sur scène avec des incidences sur le répertoire.