Le joli foutoir rock «queb» de Comment Debord

Comment Debord propose un rock jovial, <i>groovy</i>, et tributaire d’une tradition populaire québécoise d’il y a près d’un demi-siècle.
Jean-François Sauvé Comment Debord propose un rock jovial, groovy, et tributaire d’une tradition populaire québécoise d’il y a près d’un demi-siècle.

Plus qu’une révérence pour le son rock québécois des années 1970, c’est un amour des instruments naturels et une belle camaraderie qui anime Comment Debord, la dernière recrue de l’étiquette Audiogram. Après s’être fait remarquer au Festif ! de Baie-Saint-Paul, puis aux Francouvertes, le groupe lancera le 2 septembre son tout premier album, réalisé par le leader de Plants and Animals, Warren Spicer.

Comme une fenêtre ouverte sur une époque précise de notre histoire musicale, ce disque sent le patchouli et l’humidité imprégnée dans le carton des pochettes des vieux vinyles de Robert Charlebois. Ça groove comme une version plus pop du Ville Émard Blues Band ou encore comme Diane Dufresne « depuis qu’elle est devenue une fille funky », ainsi qu’elle le chantait sur son album Strip-tease (1979). Et quand ça grouille, ça grouille comme le funk du terroir d’Ovila. Ça, on a dû vous le faire remarquer, non ? « On n’a jamais entendu parler d’Ovila », avouent Rémi Gauvin et Étienne Dextraze-Monast. Ah bon ? L’unique Ovila Blais, l’ovni funk québécois auteur en 1976 de la mémorable Passe-moé un Québec ? Un bijou !

Dans le texte du disco-pop infectieux Papier foil, Rémi Gauvin nomme Beau Dommage et Choses Sauvages, et quelque part entre les deux, Comment Debord a fini par trouver sa propre voie. Oui, c’est hyper-référenciel, mais ce premier album est surtout rafraîchissant en cette époque où la pop est rap ; leurs influences, ces gros flashs mauves des années 1970 québécoises, sont pleinement assumées, affirme Rémi Gauvin, chanteur, guitariste et principal auteur-compositeur de Comment Debord. Tout ça, ce son, cette allure de commune musicale lorsqu’ils débarquent à sept sur une scène armés de leurs guitares, de leurs congas, de leurs orgues, « tout fait partie de notre démarche », explique-t-il au bout du fil, avec à ses côtés le bassiste Étienne Dextraze-Monast.

« On fait de la musique de groupe, en groupe. Y a une tendance en ce moment où y a de moins en moins de musiciens dans les groupes et de plus en plus de sons électroniques… Bon, c’est sûr que ça coûte cher d’avoir un projet de musique, les impératifs économiques peuvent expliquer cette tendance. Mais nous, au contraire, on avait envie de faire de la musique avec beaucoup d’instruments organiques, guitares, basses, claviers, percussions. Quelque chose de peut-être moins léché, pour ainsi dire. »

Le réalisateur Warren Spicer s’est tout de même chargé de donner du lustre à ce joli foutoir rock « queb », aidant ces vingtenaires au point qu’Étienne le considérait officieusement durant l’enregistrement de l’album comme le « huitième membre du groupe ». Lors de sa participation aux Francouvertes au printemps 2019, l’orchestre laissait une impression brouillonne, dans le son comme dans l’exécution, mais une impression attachante. Les dix concises chansons de l’album sont l’œuvre d’un groupe qui a su mettre de l’ordre dans ses idées.

« Rémi a quand même quelque chose de très chansonnier dans son approche, et ça, il l’a apporté dès le début du projet, insiste Étienne Dextraze-Monast. Ensemble, on joue comme un jam band des années 1970, mais à la base, ont fait des chansons. » Ce côté typiquement québécois s’entend dans la musique, mais se ressent aussi dans la manière, dans les mots de Rémi : « Notre son, c’est celui d’un rock groovy dans lequel on met l’attention sur les textes, dit-il. Moi, je suis un grand adepte de l’idée de reprendre les expressions que mon père utilise, je trouve que ça fait naturel dans une chanson. J’aime retrouver un québécisme, ça aussi ça fait partie de notre démarche. Récolter ces expressions et les ressortir dans une chanson, y a de la beauté là-dedans. »

Récolter des [québécismes] et les ressortir dans une chanson, y a de la beauté là-dedans

 

Ce n’est pas du joual à proprement dit, mais l’inspiration est là, dans des titres comme Mots d’église, le splendide groove acoustique de Quatorze piastres de l’heure, Papier foil et cette Bay window chantée par Alex Guimond, une des trois filles du band avec Karolane Carbonneau (guitares, voix) et Lisandre Bourdages (percussions). Le parolier distille sa propre poésie faite d’expressions colorées et d’émotions modernes : « Le ton [de nos chansons] se veut léger, parfois même humoristique, mais en s’attardant au texte, il y a de la subtilité, de la profondeur, des idées qui incitent aux questionnements. C’est dans le nom du band : OK, mais on fait comment, d’abord ? »

On fait comment, d’abord, en temps de pandémie ? Étienne : « Dans ce contexte, on dirait que les gens sont avides de musique. Ils ont envie d’en écouter plus, et surtout d’en découvrir de nouvelles. Cet album, c’est notre carte de visite : salut, on est Comment Debord, voici notre disque. Les oreilles des gens sont attentives. Et puis, on propose un son quand même jovial, bon enfant, notre vibe est positive. Je pense que ces temps-ci, ça peut aider à faire du bien. En tout cas, j’espère que ceux qui l’écouteront vont sourire un peu. »

Comment Debord

Comment Debord, Audiogram, disponible à partir du 2 septembre