L’héroïque jazz-rap d’Original Gros Bonnet

Le septuor de jazz-rap Original Gros Bonnet laisse tomber son sigle O.G.B. pour son nouvel album «Tous les jours printemps». 
Photo: Villedepluie Le septuor de jazz-rap Original Gros Bonnet laisse tomber son sigle O.G.B. pour son nouvel album «Tous les jours printemps». 

Fini le sigle : on dit maintenant Original Gros Bonnet, tout au long, confirment François Marceau, MC, et Samuel Brais-Germain, pianiste et réalisateur, qui discutent avec nous de Tous les jours printemps, l’éloquent second album du septuor jazz-rap faisant le récit de l’année mouvementée ayant suivi leur victoire aux Francouvertes en mai 2019.

Avec l’abandon des trois lettres, les gars cherchaient aussi à éviter une possible confusion avec l’Original Gros Bonhomme, alias OGB, rappeur français très actif dans les années 2000 et membre du collectif Mafia K’1 Fry (aujourd’hui dissous) de DJ Mehdi, Kery James et Rohff. Puis, suggère Marceau, « on trouve que le nom, tout au long, accroche plus que le sigle et représente bien notre musique ». Ah oui ? En quoi, au juste ? « C’est un nom qui ne ressemble pas à d’autres noms de bands que je connais, ajoute le rappeur. Un nom original, comme notre musique. »

Le son d’Original Gros Bonnet est encore plus singulier sur Tous les jours printemps que sur Volume Un (2018), son premier album, également paru à compte d’auteur. Ce Volume Un était pourtant déjà une impressionnante carte de visite conçue par sept musiciens de haut calibre qui chauffaient alors encore, pour la plupart, les bancs des meilleures écoles de musique — le batteur Louis René y est toujours, tout comme Arnaud Castonguay, saxophoniste et multi-instrumentiste, qui signe plusieurs orchestrations de cordes et de vents sur ce nouvel album, auquel neuf autres instrumentistes ont collaboré.

On trouve que le nom, tout au long, accroche plus que le sigle et représente bien notre musique

 

Ils ont mis le paquet sur Tous les jours printemps, un album qui devait justement paraître en mai dernier, mais le confinement forcé a donné l’occasion au septuor de peaufiner son album. Ça s’entend : Volume Un irradiait de l’énergie de ces vingtenaires férus de Kendrick Lamar et de Robert Glasper, de ces liens francs entre le jazz moderne et le rap d’impact ; or Tous les jours printemps a un tout autre ton et un lustre sophistiqué. Pas nécessairement plus cérébral, mais en tout cas moins rompu aux grooves dansants. Leur rap s’éloigne aujourd’hui de celui de Lamar, avec des rythmiques plus rampantes, aux ambiances pleines d’intrigantes zones d’ombre. « Je pense au travail de gars comme [le duo rap parisien] PNL, qui sont capables de faire des tracks beaucoup plus ambiantes, des chansons qui ne joueraient pas nécessairement dans des clubs, mais qui remportent quand même un succès fou », illustre Samuel Brais-Germain, qui cite aussi l’esthétique de Travis Scott, de Playboi Carti et de Gunna. « De mon côté, en ce qui concerne la voix, leurs facettes plus mélodiques, ça m’a influencé. Ensuite, pour ce qui est de la musique, le catalogue des influences musicales est énorme ; il faudrait demander à chaque membre du groupe » qui participe à la composition musicale.

Faire à sa manière

Ces ambiances plus subtiles, presque hantées, sont remarquablement réussies sur des chansons comme Sous stress, l’expansive Glace noire et la fascinante Léo Major. Léo Major, le héros québécois de la Deuxième Guerre mondiale, qui a capturé 93 soldats allemands lors d’une mission et libéré seul la ville de Zwolle, au nord d’Amsterdam ? Le chansonnier Alexandre Belliard avait déjà chanté ses exploits, mais un groupe de rap-jazz faisant une telle leçon d’histoire québécoise, c’est effectivement original, voire rarissime.

« Pour nous, Léo Major [la chanson], en plus d’être une sorte d’hommage à cette figure plus grande que nature, c’est aussi une métaphore exprimant notre volonté d’aller à l’encontre des normes de l’industrie [de la musique] comme lui a fait dans l’armée, en faisant à sa manière, et de tout faire pour déjouer les autorités. » Léo Major, un modèle jusque dans leur démarche.

Original Gros Bonnet fait tout à sa manière, hormis la distribution de l’album, assurée par Select. Les éditions, la gestion, les concerts, un effort indépendant qui s’entend dans la liberté musicale complète que s’accordent les musiciens. Des orchestrations de musique contemporaine sur un rythme hip-hop ? Un fond de post-rock et de musique électronique sous les rimes du MC François Marceau ? Il y a tout ça sur Tous les jours printemps, et c’est d’une remarquable cohérence.

« Les textes ont été écrits de manière sporadique durant l’année 2019, jusqu’au début de 2020 », durant les mois qui ont suivi leur éclatante victoire aux Francouvertes. « Les deux dernières chansons [Watch a Flower Bloom et Le bout du monde] ont été écrites en Gaspésie, au tout début du processus de l’album, mais elles donnaient plutôt l’impression d’en être l’épilogue, explique Marceau. Pour écrire les textes de celles qui mèneraient à la conclusion de l’album, je suis allé puiser dans toutes nos expériences des derniers mois, toutes les émotions qu’on a vécues — et il y en a eu beaucoup, les Francouvertes, la première vague de grosses scènes de festivals qu’on faisait, le moment où ça finit par s’essouffler et où on retourne à nos vies de tous les jours… »

« Cette grande question, surtout : est-ce que ce sera la seule fois qu’on vivra quelque chose de semblable ? Quelle sera la prochaine étape [pour Original Gros Bonnet] ? Toute cette euphorie a laissé place à des remises en question. Tous les jours printemps, ce titre, c’est l’acceptation de ces cycles dans nos vies et du renouvellement constant des expériences, et de la recherche du bonheur là-dedans. » 

RSD 2020… 2.0

Pour de nombreux mélomanes, les disquaires sont des services essentiels, mais la Santé publique n’est pas du même avis : en plein coeur de la crise sanitaire, le Record Store Day (RSD), prévu en avril comme c’était la tradition depuis 2008, a dû être reporté. Prise deux, version déconfinée : pour éviter les longues files devant les boutiques de vinyles, ce n’est plus un, mais trois samedis de célébration du disquaire indépendant qui feront saliver les collectionneurs grâce à une ribambelle d’éditions limitées et exclusives au RSD.

 

Ce samedi, puis lors des deux samedis suivants, les disquaires indépendants du Québec accueilleront les mélomanes, sur place ou sur leurs sites Web respectifs, avec d’alléchants albums. Il y en a pour tous les goûts — oh ! une réédition double vinyle du splendide Phaedra de Tangerine Dream ! Un album live de Billie Eilish (Live at Third Man) exclusif au RSD ! Un nouvel inédit de David Bowie, un concert du Soul Tour de 1974 enregistré dans la foulée de la sortie de Diamond Dogs !

 

La scène locale n’est pas en reste : Marie-Mai (désignée comme une des ambassadrices du RSD canadien) mettra en marché une édition 33 tours de son album Elle et moi ; le duo Milk & Bone lance son EP DIVE en galette noire de douze pouces ; Dumas réédite son classique Le cours des jours en album double (vinyles jaune et rouge), alors que les Cowboys Fringants offriront pour la première fois en vinyle Motel Capri et une version rematricée de Break syndical.

 

À la recherche d’une tranche de notre histoire musicale ? Les presses se sont remises à tourner pour offrir de nouvelles éditions de En fusion, le concert qu’Offenbach et le Vic Vogel Band ont offert au théâtre Saint-Denis au printemps 1979 ; on ramène également dans les bacs Fu Man Chu, 8e album de Robert Charlebois originalement paru en 1972. La liste complète des albums d’ici et d’ailleurs mis en vente ce samedi peut être consultée ici : recordstoredaycanada.ca

 

Tous les jours printemps

En vente dès aujourd’hui