L’Orchestre Métropolitain se recentre

Les concerts de l’OM seront de 75 minutes, sans pause, et accueilleront le maximum de spectateurs permis, soit 250, selon les règles en vigueur pour le moment.
François Goupil Les concerts de l’OM seront de 75 minutes, sans pause, et accueilleront le maximum de spectateurs permis, soit 250, selon les règles en vigueur pour le moment.

L’Orchestre Métropolitain et Yannick Nézet-Séguin dévoilent ce mardi leur programmation automnale reconfigurée. Elle fait l’impasse sur les tournées des arrondissements, double les concerts, qu’elle repense en fonction du nombre de musiciens admissibles sur la scène de la Maison symphonique.

Yannick Nézet-Séguin sera là pour diriger les cinq programmes. « Je vais aller deux fois à Philadelphie pendant une semaine et j’ai prévu deux quarantaines de 14 jours à mon retour », explique le chef au Devoir. Il consacrera son automne exclusivement à Philadelphie et à Montréal, au détriment de concerts à la radio bavaroise et à Rotterdam : « Je ne peux pas multiplier les points d’interrogation, les quarantaines et les voyages », résume-t-il. « Je voulais éviter que l’on fasse du Brahms à six premiers violons et je ne voulais pas d’une programmation purement classique, avec juste du Mozart et du Haydn. Nous avons voulu respecter la programmation de l’OM des dernières années et profiter de l’occasion pour jouer des choses que l’on ne programmerait pas normalement : la version Schoenberg du Chant de la terre, la Messe en si de Bach ou la version 1893 du Requiem de Fauré. »

Dans ce dernier cas, le choix est excellent : la version originale dévoile le vrai visage du Requiem de Fauré. On ne l’entend presque jamais sous cette forme, car il n’y a pas de violons dans l’orchestration. Les orchestres choisissent donc en général la grande version symphonique réalisée en 1900. Ce Requiem sera présenté le 16 octobre en hommage aux victimes de la pandémie. La soprano Suzanne Taffot et le baryton Philippe Sly en seront les solistes et le programme se terminera par The Chariot Jubilee du compositeur afro-américain d’origine canadienne, Robert Nathaniel Dett, choisi afin de « montrer le soutien de l’OM au mouvement Black Lives Matter ».

La saison s’ouvrira le dimanche 20 septembre. En lieu et place de la 6e Symphonie de Mahler, le directeur musical à vie de l’Orchestre Métropolitain dirigera le Le chant de la terre dans la transcription de Schoenberg et de Riehn (légèrement augmentée en effectifs) avec les solistes Michèle Losier et Frédéric Antoun. Prayer, de Vivian Fung, terminera le concert, donné à 13 h (nouvelle représentation) et à 16 h (d’ores et déjà complet par les abonnements). Les concerts seront de 75 minutes sans pause et accueilleront le maximum de spectateurs permis, soit 250 selon les règles en vigueur pour le moment. Avec une telle jauge, sept des dix rendez-vous affichent déjà complet.

Nous avons voulu […] profiter de l’occasion pour jouer des choses que l’on ne programmerait pas normalement

 

Parmi les originalités, le chef québécois a aussi retenu la 2e Symphonie du chevalier de Saint-George, né esclave en Guadeloupe au milieu du XVIIIe siècle. Il la couplera à la 40e Symphonie de Mozart et au 1er Concerto pour violoncelle de Haydn joué par Stéphane Tétreault. La Messe en si de Bach conclura le Festival Bach et, le 20 décembre, l’OM accueillera Blake Pouliot pour les Quatre saisons de Buenos-Aires de Piazzolla, couplées à la 5e Symphonie de Mendelssohn et à une composition de Karen Sunabaka,compositrice métisse. S’ajoutent évidemment les collaborations déjà annoncées avec le TNM sur Pierre et le loup et Le petit prince. Des projets spéciaux pourront se greffer à l’ensemble.

Choix cornélien

Interrogé sur la question soulevée dans Le Devoir, lundi, s’il préférait davantage de spectateurs masqués dans ses salles ou des assistances démasquées et strictement contingentées, Yannick Nézet-Séguin nous confie : « Ce n’est pas à moi ou à nous, en tant qu’interprètes, de déterminer ce qui est le mieux pour nos abonnés de ce point de vue. Mais c’est une question délicate que nous nous posons à l’interne. » Le débat pourrait faire l’objet de consultations et de sondages auprès de la clientèle. « En tant que chef et au nom des musiciens, il faut que nous soyons en sécurité et que notre public se sente bien. En tant que citoyen, je note que je suis plus habitué au masque qu’il y a trois semaines. Notre rapport à l’objet peut donc changer. Mais il est vrai que nous voulons amener la musique au plus grand nombre possible en chair et en os. »

Cela dit, Yannick Nézet-Séguin reste mesuré : « J’essaie de pousser tranquillement la réflexion sans être celui qui va pousser un peu plus vite. Il y a une valeur à avancer et à ne pas le fairetrop vite afin d’éviter un deuxième confinement qui serait très dommageable pour nos institutions. »

La réflexion sur les salles prendra quelque temps pour évoluer. D’une part, le palier de 250 spectateurs n’a pu encore être véritablement testé, puisque tout, ou presque, était à l’arrêt en août. Par ailleurs, la ligne directrice de la Santé publique, au Québec, est que la distance entre les personnes est beaucoup plus protectrice que le couvre-visage. Il y a aussi un champ d’études à ouvrir : la priseen compte de la variabilité des couvre-visages dans une population, alors que les études scientifiques reposent en général sur des masques chirurgicaux normés.

Mais il est sûr qu’une augmentation des jauges des salles durant l’automne donnerait beaucoup d’air aux institutions. Quant à l’Orchestre Métropolitain, il nous doit désormais encore son « plan numérique » au-delà de la retransmission de Pierre et le loup et du Petit Prince par les sites Web de l’Orchestre Métropolitain et du TNM.

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