Sentir une forme de retour à la normale

Le musicien James Ehnes
Photo: Benjamin Ealovega Le musicien James Ehnes

L’Orchestre symphonique de Québec organisait mercredi de cette semaine le second de ses concerts devant public : rien de moins qu’un gala Rossini avec Marie-Nicole Lemieux et Julie Boulianne. « Ça m’a submergé quand je suis rentrée sur scène, parce que je m’ennuyais de vous. Mais à ce point… », a déclaré Marie-Nicole Lemieux au public du Grand Théâtre de Québec. Dans le cadre d’une « soirée carte blanche », lui était venue l’idée d’inviter sa cousine, la mezzo Julie Boulianne, à chanter pour la première fois avec elle.

C’est la veille que l’OSQ avait décidé de diffuser le concert en direct sur sa page Facebook et sa chaîne YouTube, où il devait rester pendant 72 heures mais dont il a été retiré jeudi pour des raisons d’exclusivités territoriales assez nébuleuses. Diffusion ultérieure désormais…

Cet exemple est édifiant à plusieurs titres. La retransmission, qui n’a été annoncée qu’une fois la salle remplie et n’a pu compter que sur le bouche-à-oreille, n’a attiré en direct qu’entre 260 et 290 spectateurs sur Facebook et une soixantaine sur YouTube. Toute « stratégie numérique » nécessite donc à la fois cette période de « visionnement à la carte » a posteriori et une confiance ferme quant à la venue du public en salle afin d’être publicisée en amont. Les retransmissions faites de bon cœur pour ouvrir la salle à ceux qui n’ont pu y accéder risquent de se heurter à des contraintes grandissantes, au fil du développement de la marchandisation de l’espace numérique.

Il faudra donc patienter pour savourer les trois moments forts de la soirée : un extraordinaire air de Cendrillon par Julie Boulianne, l’air de « Rosine » du Barbier de Séville, chanté et orné par les deux artistes, et le Duo des chats, en bis.

Parmi les concerts immédiatement accessibles cette fin de semaine, il y a évidemment le quatrième épisode des Beethoven du Métropolitain et Yannick Nézet-Séguin, avec les Symphonies nos 1 et 3 sur DG « Stage ». Au moment d’écrire ces lignes, nous n’avions pas eu le lien pour les visionner, mais il semblerait que notre suggestion d’éviter les fondus au noir ait été retenue dans le montage de ce dernier volet. L’enchaînement visuel des mouvements sera donc un objet de curiosité. Nous attendons désormais aussi avec impatience que DG annonce la diffusion de la Neuvième avalisée par la Santé publique et filmée début août.

L’OSM passe à la saison 2020-2021, qui débutera le 11 septembre par un concert dirigé par Bernard Labadie et diffusé en direct. On regardera donc le « Concert solidaire » de l’Orchestre de l’Agora filmé à la Maison symphonique le 26 juillet dernier.

Dreamstage, un nouvel acteur

L’événement de la semaine est le lancement d’une nouvelle plateforme virtuelle payante, Dreamstage.live, qui vient donc concurrencer DG « Stage » et Idagio « Global Concert Hall ». Lancé par le violoncelliste Jan Vogler associé à Thomas Hesse, ancien président de la branche numérique de Sony Music, et Scott Chasin, spécialiste des nouvelles technologies, Dreamstage démarrera samedi à 14 h avec un récital de Jan Vogler et Hélène Grimaud, suivi, dimanche à 14 h, par James Ehnes et Inon Barnatan qui joueront la 8e Sonate de Beethoven, la 1re de Fauré et la Fantaisie D. 934 de Schubert.

Contrairement à DG « Stage », Dreamstage présente du direct véritable, mais c’est la plateforme la plus onéreuse : 25 $US le concert, le positionnement prix le plus audacieux en « pay per view » classique, une formule qui n’a pas encore fait ses preuves.

Le festival virtuel de Tanglewood se poursuit avec un événement payant (12 $) intéressant, les Sonates pour violon et piano nos 5 et 9 de Beethoven par Joshua Bell et Jeremy Denk samedi à 20 h et la rediffusion gratuite dimanche à 14 h 30 de la 9e Symphoniede Beethoven par Giancarlo Guerrero en 2019.

L’Institut Chopin de Varsovie, qui devait tenir son Concours 2020 cet été, organise un festival virtuel avec des événements gratuits en direct. Vendredi à 11 h, par exemple, Fabio Biondi dirigera du Mendelssohn. La chaîne YouTube de l’Institut Chopin est par ailleurs très riche en archives.

On rappellera que tout Salzbourg est diffusé gratuitement par Arte Concerts, mais avec géoblocage pour nos contrées. Allez donc vers le Festival d’Édimbourg, qui se poursuit en ligne. Il est dommage que le classement des événements manque de clarté. En tout cas, allez-y voir Steven Osborne et Angela Hewitt.

Pour les amateurs de belles voix, medici.tv diffuse vendredi à 14 h un gala Rossini de Juan Diego Florez à Pesaro. On espère que la commandite très voyante de Rolex sera le gage d’une gratuité. Vous pouvez aussi revoir vendredi soir le très beau Simon Boccanegra du Metropolitan Opera filmé en 2010. Pour le reste, l’offre lyrique, jadis surabondante, se tarit.