L’histoire du Québec en musique

L’Ensemble Nouvelle-France en répétition en vue du concert commenté de samedi à la Chapelle du Musée de l’Amérique francophone. De gauche à droite: David Jacques, Robert-Patrick Girard, Louise Courville, la fondatrice et directrice musicale de l’Ensemble, et Robert Huard.
Photo: Catherine Ferland Rendez-vous d'histoire de Québec L’Ensemble Nouvelle-France en répétition en vue du concert commenté de samedi à la Chapelle du Musée de l’Amérique francophone. De gauche à droite: David Jacques, Robert-Patrick Girard, Louise Courville, la fondatrice et directrice musicale de l’Ensemble, et Robert Huard.

Elle a fouillé dans la coffre-fort que Marie de l’Incarnation avait fait construire pour préserver ses documents précieux, après l’incendie qui ravagea le monastère des Ursulines en 1650. Et en sont ressortis 120 chants sacrés, dont certains seront interprétés samedi de 19 h à 20 h par l’Ensemble Nouvelle-France, dans un concert en ligne commenté, organisé dans le cadre des Rendez-vous de l’histoire de Québec.

Louise Courville est à la fois musicologue, fondatrice et directrice musicale de l’Ensemble Nouvelle-France, et surtout passionnée de musique ancienne. Grâce à ses découvertes, l’Ensemble Nouvelle-France, fondé il y a plus de 25 ans, a réalisé une anthologie de sept albums qui retrace l’histoire de la musique au Québec de la Nouvelle-France à nos jours.

Ce sont des pièces tirées de cette anthologie que l’Ensemble interprétera lors du concert de samedi, avec différents instruments d’époque.

« Toutes les pièces qu’on joue sont en relation directe avec l’histoire du Québec, dit Mme Courville en entrevue. Et on explique l’histoire de chacune d’entre elles. »

La plus ancienne de ces pièces a été écrite en 1606, avant même la fondation de Québec.

« La première pièce musicale et poétique date du 14 novembre 1606 », dit-elle. Il s’agit de Le Théâtre de Neptune, composé par Marc Lescarbot au temps de Champlain. « Lescarbot, qui était musicien et ethnomusicologue, a noté les chants d’Amérindiens micmacs. J’ai retrouvé ces chants, qui faisaient partie du théâtre de Neptune, ainsi que des chansons très anciennes composées avec de la musique de la Renaissance prébaroque. »

Louise Courville est particulièrement volubile lorsqu’elle en vient aux chants conservés par Marie de l’Incarnation. « Elle savait tout faire, dit-elle, y compris de la musique. Elle chantait, elle peignait, elle écrivait. »

Bien que les chants découverts soient anonymes, Louise Courville croit que certaines pièces ont été composées par Marie de l’Incarnation. Elle en veut notamment pour preuve par exemple cette phrase relevée dans l’une des lettres de la célèbre épistolière. « Je chantais à mon divin époux [Dieu] un cantique que son esprit me faisait produire », écrivait-elle.

Contrainte au silence

Reste que monseigneur Laval, fondateur du Séminaire de Québec canonisé en 2014, tout comme Marie de l’Incarnation la même année, ne trouvait pas les chants passionnés de cette dernière convenables pour une religieuse, et les fait interdire.

« Il a dit : “Je n’ai jamais entendu de la musique comme ça nulle part.” Alors elle a été obligée de se taire jusqu’à sa mort », s’attriste Mme Courville.

Le premier chant de victoire des Français contre les Anglais, qui sera interprété par l’Ensemble Nouvelle-France, a été récolté par Marius Barbeau auprès d’un vieillard âgé de 94 ans, rencontré aux Escoumins, puis gravé sur un cylindre de cire.

Même si le général Phipps y devient le général Flip, la chanson raconte bien, avec une pointe d’humour, la victoire de Frontenac lors de la bataille de Québec du 16 octobre 1690.

Mme Courville a aussi retrouvé un opéra-ballet de 1748, Aéglé, de Pierre de la Garde, dont les partitions avaient été offertes à l’intendant Bigot par madame de Pompadour elle-même, qui était la maîtresse de Louis XV, et pour qui l’opéra avait été composé. « C’est elle qui avait fait les décors », raconte Mme Courville.

L’orgue 1753 de la Chapelle du Musée de l’Amérique francophone devrait avoir la part belle dans ce concert, qui mettra en valeur la version reconstituée de l’orgue qui est arrivé dans la cathédrale de Québec en 1753, avant d’être complètement détruit lors de la bataille de 1759, perdue par les Français. C’est pourtant sur cet orgue que l’organiste Robert-Patrick Girard fera sonner une musique descriptive des éclats de la bataille des plaines d’Abraham, signée d’un Britannique, W.D. de Krifft.

Jolliet organiste

On sait que Louis Jolliet a exploré le Mississippi, mais on sait moins qu’il fut un organiste accompli. Aussi l’Ensemble a-t-il jugé bon de recourir à cet instrument pour interpréter des chants amérindiens d’Illinois, que l’explorateur avait rapporté de ses périples au sud.

On entre dans le XIXe siècle avec un extrait d’opéra de Joseph Quesnel, qui fut le premier compositeur d’opéra en Amérique. Arrivé ici comme prisonnier de guerre, il s’installa à Boucherville, où il est devenu un marchand prospère.

Le concert permettra aussi de découvrir Emma Albani, femme compositrice et cantatrice célèbre du XIXe et du début du XXe siècle. Elle a écrit l’œuvre que l’Ensemble interprétera, Ô salutaris, à l’âge de 16 ans, en 1863.

Le répertoire de l’Ensemble Nouvelle-France atteint le XXe siècle notamment avec une interprétation de L’hymne au printemps, de Félix Leclerc, avec des arrangements de l’organiste Patrick Girard.

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